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Crédit: Todd Prekaski

Cyclo-cross : cyclisme tout-terrain

Chemins forestiers, asphalte, sable, prairies, le cyclo-cross fait feu de tout bois. Organisé à l’origine en France durant l’automne et l’hiver, le premier championnat a vu le jour dans l’hexagone en 1950. Ce sport multi-saisons, aujourd’hui largement dominé par la Belgique, s’est ensuite étendu à travers l’Europe. Avec l’annonce d’une première Coupe du monde en septembre, la discipline tout-terrain prend aussi de l’élan au Québec. « Il n’y a jamais de temps mort », prévient l’athlète Maghalie Rochette. Envie de vous initier? Suivez le guide.

Prenez une vague de cyclistes issus du monde du vélo de route et du vélo de montagne, placez-les sur un même parcours qu’ils devront boucler le plus de fois possible en 15, 30, 45 ou 60 minutes : intensité garantie.

Ajoutez-y des obstacles naturels – des côtes abruptes, des virages serrés, de la boue, du sable, même de la neige – et des obstacles artificiels – comme des escaliers, des haies ou des barrières –, et vous avez la recette d’un sport au rythme effréné dans lequel les cavaliers à deux roues peuvent se défoncer au grand plaisir des spectateurs.

En Belgique, le sport attire des foules de 75 000 personnes. Ici, il s’agit du sport cycliste qui accuse la plus forte croissance en Amérique. La Fédération québécoise des sports cyclistes (FQSC) la chiffre à 100 % dans ses événements depuis 2008. En pratique, le peloton de la discipline se résume pour l’instant à environ 150 cyclistes par course et la foule, aux amis et à la famille.

La nouvelle Coupe du monde à Montréal devrait toutefois catapulter la popularité du sport au-delà du cercle des initiés, en tout cas c’est ce qu’espèrent ses partisans.

Le cyclo-cross pour étirer sa saison ou la diversifier

« La saison de cyclo-cross commence en septembre ici, et on peut en faire jusqu’en novembre, environ. C’est idéal : on peut se lancer en cyclo-cross après sa saison de vélo de montagne ou de vélo de route, quand le froid complique les longues sorties sur l’asphalte ou que les conditions en forêt rendent les petits sentiers moins sécuritaires », dit Fabien Blot, coordonnateur hors route de la FQSC.

Les athlètes qui participent aux rencontres de cyclo-cross en sol québécois proviennent d’ailleurs pratiquement tous du milieu du vélo de route ou du vélo de montagne. Le cyclo-cross réunit ces deux mondes dans des rendez-vous où la franche camaraderie se sent même de l’autre côté du ruban.

Ils sont encore rares, mais quelques sportifs sans bagage compétitif se lancent eux aussi de plus en plus dans cette véritable course d’obstacles sur deux roues. Et c’est une bonne chose, selon David Gagnon, entraîneur de cyclo-cross et de vélo de montagne :

« Le cyclo-cross ne devrait pas être qu’un sport de fin de saison pour des cyclistes compétitifs! C’est en fait la plus belle porte d’entrée dans le monde du cyclisme. Ce n’est pas dispendieux, les obstacles ne sont pas imposants ou dangereux, et on roule moins d’une heure, ce qui ne demande pas un grand volume d’entraînement ».

Du vélo en apparence extrême, comme néophyte?

« Ça peut paraître impressionnant comme sport, mais tout le monde est capable de rouler environ 45 minutes. On peut rouler à la vitesse à laquelle on est confortable, tout simplement. Les parcours sont aussi assez accessibles, beaucoup plus qu’en vélo de montagne. Et si l’on n’est pas à l’aise, on peut courir à côté de son vélo! Ce n’est pas gênant, ça fait partie du sport du cyclo-cross », encourage Maghalie Rochette, l’une de ses athlètes.
« Et l’ambiance! C’est comme un party. Ce n’est pas intimidant. C’est d’ailleurs ce qui me fait autant triper sur le cyclo-cross! », continue la cycliste.
 

Nouvelle coupe du monde à Montréal

Crédit: Mary Topping

Le 19 septembre prochain aura lieu à Montréal la première Coupe du monde de cyclo-cross de l’Union Cycliste Internationale (UCI) en sol canadien. Une semaine plus tôt, Las Vegas accueillera la première Coupe du monde en sol américain. Ainsi, on peut dire que le sport européen dont la Belgique a fait son sport national s’exporte internationalement pour une première fois de l’autre côté de l’Atlantique.

L’emplacement exact n’était pas encore confirmé au moment de mettre sous presse.

La FQSC estime que l’événement attirera près de 200 athlètes venant d’une vingtaine de pays.
Raphaël Gagné Jérémy Martin et Maghalie Rochette, trois athlètes québécois qui se démarquent dans la discipline sur le circuit américain, prévoient être du nombre.
 

S’entraîner en cyclo-cross

Exit le plan rigide. L’entraînement du cyclo-cross se qualifierait d’opportuniste, plus précisément d’opportuniste tordu : « L’idée, c’est de se mettre dans le trouble », image David Gagnon.

« Il faut se permettre de sortir d’une routine d’entraînement en fin de saison. Par exemple, tu vas au mont Royal, et tu peux rouler sur le sentier principal, puis te lancer dans les petits sentiers, pratiquer la montée de côtes abruptes sur le vélo, et à côté du vélo, grimper les marches à la course en portant le vélo, choisir de rouler dans le gravier quelques mètres… tu improvises avec le terrain », explique David Gagnon.

Même en se « mettant dans le trouble », le danger est moindre : « C’est vraiment accessible à tous. Si l’obstacle te semble dangereux, par exemple un fossé trop casse-gueule, tu descends de ton vélo, et tu cours, voire tu marches. Ce n’est pas comme en vélo de montagne ou en vélo de route où descendre de son vélo est mal perçu », dit Maghalie Rochette.

Dans des conditions difficiles, il arrive que les coureurs courent, carrément, pratiquement le tiers ou le quart du parcours. Intégrer des entraînements de course à pied semble du coup une bonne idée pour avoir du plaisir en cyclo-cross.

« Mais attention, on parle de 15 à 20 minutes une ou deux fois par semaine, et des sprints ici et là de 10 à 15 secondes, juste pour habituer la musculature. C’est un danger d’en faire trop et de se blesser, si l’on n’est pas habitué de courir », prévient David Gagnon.

Raphaël Gagné, athlète de vélo de montagne et de cyclo-cross, adapte son entraînement de vélo de montagne en y ajoutant des séances spécifiques pour pratiquer ses transitions et le portage dans différentes situations, par exemple dans les escaliers. « Je pratique aussi mes sauts avec des barrières. La petite compétition de Bunny Hop, c’est un beau show rassembleur! » dit Raphaël.

Une communauté qui grandit

Avec la popularité du sport se forment quelques groupes — improvisés ou non — qui roulent ensemble. Au mont Royal à Montréal et sur les Plaines à Québec, notamment. Entre septembre et novembre, des événements de cyclo-cross sont organisés pratiquement toutes les fins de semaine dans la province, de quoi meubler son automne.

Si participer à une épreuve de la Coupe du Québec vous semble a priori intimidant, rassurez-vous, une catégorie « sportif » est réservée aux néophytes ou aux cyclistes moins compétitifs.

S’équiper

Les meilleurs au monde arrivent à une compétition de cyclo-cross avec une armée de vélos et encore plus de roues, afin de choisir la monture idéale selon le terrain et ses conditions. Pour le commun des cyclistes, un seul vélo fera l’ouvrage, et il n’est même pas nécessaire que ce soit un vélo spécifique à la discipline.

Le matos incontournable : des pneus cramponnés assez larges (32 mm à 36 mm). En général, les vélos hybrides ou de cyclotourisme laissent assez de dégagement pour installer un tel pneu, alors que ce n’est pas le cas des vélos de route. Pour ce qui est des vélos de montagne, on voudra plutôt remplacer ses pneus par des pneus plus étroits avant de se lancer.
Enfin, à moins qu’on soit déjà équipé d’un système de pédales pour le vélo de montagne, on opte simplement pour des pédales plate-forme simples, sans cale-pieds, et des souliers de course avec crampons.

« En cyclo-cross, ça va bien, et tout à coup, tu es dans le trouble », dit David Gagnon en riant. Vous êtes prêt! Eh bien tant mieux, car en cyclo-cross, il faut être prêt à tout.

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