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Crédit: Aerosport.ca

Murdochville : Mine de rien, le vent tourne

À l’aube des années 2000, la ville mono-industrielle de Murdochville contaminée par un demi-siècle d’exploitation minière était au bord de la fermeture. Mais avec une abondance de vent et de neige, les Murdochvillois ont réinventé leur village pour en faire un modèle de développement durable.

En plein cœur de la péninsule gaspésienne, Murdochville est le seul signe de civilisation au beau milieu d’une mer de montagnes. Au début des années 1950, la minière Noranda y exploite le minerai de cuivre. En 1974, on y compte plus de 2 000 travailleurs. Après la récession de 1982, la moitié d'entre eux sont mis au chômage. Le village entame alors un long déclin jusqu'à l'arrêt complet des opérations en 1999. Trois ans plus tard, les habitants votent pour la fermeture de la ville par référendum.

Mais pour certains Murdochvillois, il n’était pas question de quitter leur ville. « Les gens déménageaient un peu partout. Il nous a fallu acheter plusieurs maisons pour maintenir le parc immobilier », se rappelle André Lemieux, commissaire industriel de la ville. Le gouvernement a eu beau installer un centre d’appel de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ), on était encore loin du compte. Il fallait viser plus haut et plus loin.

Un premier espoir se matérialise par le biais de l'exploitation d'une autre ressource naturelle abondante : le vent. Dès 2004, la construction de deux parcs éoliens attire des investissements et des entreprises. En 2006, c’est la mise sur pied d'un centre de recherche et développement en énergie éolienne. « Murdochville est un laboratoire parfaitement représentatif des conditions hivernales extrêmes en terrain complexe », explique Frédéric Côté, directeur général du Technocentre éolien qui emploie six personnes à temps plein et reçoit plusieurs stagiaires provenant des quatre coins de la planète.

La filière est porteuse, mais n’est pas suffisante pour que la communauté reprenne son envol. Il faut diversifier les pôles de développement. « Chez nous, c’est l’hiver qui est attirant. Ici, c’est le paradis de la poudreuse! », lance la mairesse Délisca Ritchie Roussy. Avec raison : à 580 mètres d’altitude, l'hiver ensevelit Murdochville sous sept mètres de neige chaque année. « L’industrie récréotouristique dynamise le milieu. Ça revitalise notre coin de pays. »


Crédit: Eric Marchand, AérosportGuide de plein air à Gaspé, Guillaume Molaison avait bien pris note de l’abondance de neige dans la région. En 2006, il s’achète un chalet à Murdochville à une époque où les propriétés se vendaient pour une bouchée de pain. « Au départ, c’était pour pouvoir skier et avoir accès au Chic-Chocs. Au fur et à mesure que les amis venaient nous visiter et en voyant le bonheur sur leur visage à la fin de la journée, le potentiel touristique est devenu une évidence. J’ai failli m’expatrier dans l’Ouest, mais je me suis finalement rendu compte que ce qui existe ici ne demandait qu’à être développé. »

Rapidement, il troque le chalet pour deux bâtiments afin d’augmenter sa capacité d’accueil à 50 places. l’Auberge Chic-Chac était née. « Murdochville est le seul endroit au Québec qui présente aux skieurs une offre aussi variée qui va de la station de ski aux secteurs hors-piste extrêmes ». À moins de cinq minutes à pied, 20 pistes de neige naturelle et 340 mètres de dénivelé attendent les skieurs au mont Miller. À quelques minutes de motoneige, les monts Copper, Porphyre et York sont tous des royaumes du hors-piste et c'est sans compter les dépôts de l’ancienne mine recouverts de poudreuse.

Évidemment, se lancer en affaires dans une ville presque « fantôme » n'est pas simple : « Les banques ne voulaient pas nous prêter d’argent », dit Guillaume Molaison. Au début, il reçoit les gens dans un endroit un peu moins alléchant, mais ses prix sont concurrentiels : hébergement, trois repas et une journée de hors-piste (jusqu’à 20 descentes avec remontées en motoneige) pour 200 $, taxes incluses. Qui dit mieux? Autour, il est aussi possible de tâter du kiteski, de l’escalade de glace et de la randonnée. Depuis, les choses ont évolué. Le confort augmente, mais on tente tout de même de garder intact le bon rapport qualité-prix : « En évoluant avec nous, la clientèle a modelé le Chic-Chac à son image ». Les retombées commencent à se faire sentir et l'hiver dernier, l’entrepreneur a dû embaucher cinq nouveaux employés.

L’été, Guillaume Molaison poursuit ses efforts comme agent de développement de la Coopérative Accès Chic-Chocs. « Après avoir développé notre expertise à Murdochville, on offre nos services à d’autres promoteurs partout en Gaspésie ». Avec l’aide de l'ingénieur forestier Bruno Béliveau, l'équipe de la coopérative travaille incidemment sur l’aménagement de domaines skiables pour bonifier le nombre de jours de poudreuse de qualité durant la saison.

Lorsqu’il reste du temps mort au printemps, le jeune passionné trouve le moyen de se divertir encore un peu plus : « On était blasé, alors on est allé descendre les pistes de ski du mont Miller en kayak ». Il n'en fallait pas plus pour organiser en 2009 un festival de kayak... en montagne!

Malgré ce dynamisme évident, le commissaire André Lemieux soutient qu'il ne faut pas en rester là : « Nous partons de très loin. D’une ville au bord de la fermeture, contaminée au plomb et à l’arsenic ». Avant de partir, la compagnie Noranda a dû décontaminer le sol en enlevant un pied de terre partout en ville. Mais les vestiges des mines ne comportent pas que des désavantages : en recyclant les anciens puits de ventilation, on a conçu un système de géothermie qui permettra de chauffer des bâtiments déjà existants et de futures entreprises dans les domaines des serres agricoles, de la pisciculture ou encore du séchage du bois.

Pour l’industrie récréotouristique, la municipalité a défriché 300 km de nouveaux sentiers de motoneige, rénové son Centre d’interprétation du cuivre et fait des investissements majeurs dans le centre de plein air du lac York (où l’on pratique la pêche, la randonnée pédestre et cycliste, et le camping). Et on attend toujours les subventions pour obtenir un nouveau chalet et un télésiège neuf au mont Miller.

Seul le temps dira si Murdochville réussira à se sortir du sombre destin qui planait sur elle. « Tout est encore fragile, mais nous faisons en sorte que l’avenir soit assis sur des bases solides », conclut André Lemieux.

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