Rechercher dans le site espaces.ca
Parc national d'Ordesa © Lukasz Janyst - Shutterstock

Sur la route des glaciers des Pyrénées espagnoles

Canyons vertigineux, cascades bouillonnantes, flore verdoyante et cimes enneigées à l’année : rares sont les sites naturels d’Europe où se succèdent des paysages d’une telle diversité. Bien que le parc national d’Ordesa et du mont Perdu soit classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, cette partie des Pyrénées aragonaises demeure peu fréquentée.

Après deux heures à gravir la corniche escarpée du Senda de los cazadores – le Sentier des chasseurs –, mes jambes tremblent sous l’effort, mais surtout sous l’effet du vertige. À ma gauche, 600 mètres séparent l’étroit sentier rocailleux du bas de la vallée d’Ordesa; à ma droite, quelques conifères ont savamment trouvé le moyen de croître sur la paroi rocheuse qui monte abruptement vers un ciel dégagé.

Une fois au mirador de Calcilarruego, qui culmine à 1 950 mètres, c’est l’extase : par-delà la rambarde où s’agglutinent les randonneurs, le canyon d’Ordesa se déploie sur 11 km de long par 3 km de large. Devant ce spectacle géologique fascinant marqué par la fonte des glaciers s’installe un sentiment d’invincibilité mêlé à celui d’être aussi petite qu’une fourmi, qui invite à la contemplation et au recueillement.

Le Grand Canyon de l’Espagne

Vallée d'Ordesa © J.Santaugini - Shutterstock

S’il est souvent surnommé le Grand Canyon espagnol, le canyon d’Ordesa, aussi appelé vallée d’Ordesa, s’en distingue par ses parois où le vert foisonnant des arbres abonde parmi les strates de calcaire tantôt grises, tantôt marron. En arrière-plan se détachent les sommets des Pyrénées en une multitude de pics blancs, si bien qu'il est difficile de les dénombrer. On arrive tout de même à distinguer certains d’entre eux, dont ceux du Casque du Marboré et du pic des Enfers, qui s’érigent au-delà de la frontière hispano-française. Ce territoire transfrontalier, qui s’étire sur plus de 150 km2, est l’un des rares sites protégés par l’UNESCO à la fois pour son caractère naturel et pour des raisons culturelles, au même titre que le Machu Picchu.

La fumée de cigarette exhalée par des marcheurs que je rattrape me tire de ma contemplation, plaisir coupable européen pour le moins paradoxal en ce lieu d’air frais. En me voyant seule et fronçant les sourcils devant ma carte topographique, un randonneur m’interpelle dans sa langue maternelle. C’est l’étonnement général parmi son groupe au moment où je dévoile mes origines : peu de touristes d’outre-mer semblent en effet fréquenter cette réserve naturelle, surtout en solo! Il m’indique sur un ton un peu paternaliste que c’est par le sentier Faja de Pelay que je pourrai atteindre le fond du canyon, à deux heures de marche. « Cuidado! » (Prudence!), lance-t-il en guise d’avertissement. Le chemin se poursuit en lisière d’un précipice où vaut mieux ne pas perdre pied... et où les selfie stick sont à proscrire.

Mont Perdu 

Cascade Cola de Caballo sous le mont Perdu © Holbox - Shutterstock

Le doux dénivelé du Faja de Pelay est un repos pour les quadriceps et son panorama, un délice pour les yeux. Un paysage à la beauté rehaussée par le silence rompu uniquement par le rythme de mes bâtons de marche qui piquent le sol. Rapidement se dessinent au loin davantage de sommets, dont ceux des massifs des Tres Sorores – le massif des trois sœurs.

Avec Cilindro à sa gauche et Anisclo à sa droite, le mont Perdu trône du haut de ses 3 355 m, ce qui en fait le troisième plus haut sommet de la chaîne pyrénéenne. C’est aussi là que l’un des derniers glaciers résiste au temps et au réchauffement climatique. On dénombrait 45 glaciers en l’an 2000, alors qu’il n’en reste aujourd’hui pas plus de 30; leur disparition complète est prévue d’ici une cinquantaine d’années, selon le fondateur de l’Association pyrénéenne de glaciologie, Pierre René. Malgré les bordées de neige constantes, ce sont les étés de plus en plus chauds qui sont à l’origine du phénomène.

Randonnée pour tous les niveaux 

Le soleil réchauffe maintenant ces neiges éternelles, mais aussi mon front ruisselant. Le sentier entame enfin une descente progressive vers le cirque de Soaso, en forme de U, que le mont Perdu surplombe plus que jamais. Une affiche indique un chemin menant au refuge de Goriz, où les marcheurs auront le choix de poursuivre leur ascension encore quelques heures afin d’y passer la nuit. Les alpinistes les plus aguerris entreprendront le lendemain l’ascension du géant mont Perdu; les autres concluront la boucle de 18 km par les Gradas de soaso, situés au creux du canyon et représentant l’itinéraire le plus populaire, compte tenu de son faible dénivelé.

Tout au fond du cirque déferle l’immense cascade de la Queue de cheval, où les randonneurs profitent des eaux fraîches pour remplir leur gourde. J’y croise Kevin Troulé, un bio-informaticien de Madrid rencontré la veille. Muni de sa caméra et de son trépied, il est loin d’être le seul photographe à capter la somptuosité des lieux. Le Madrilène explique avoir fait la route depuis les Gradas de soaso, où les cascades s’enchaînent tout au long de la rivière Arazas. Puisqu’il terminera la boucle en sens inverse, je ne manque pas de lui lancer à mon tour « Cuidado! ». Un itinéraire non recommandé, car il vaut mieux monter le Sentier des chasseurs plutôt que le descendre.

Le son des cloches à vaches s’ajoute maintenant à celui de l’eau qui coule. La présence de ces ruminants rappelle le mode de vie agricole des montagnards d’autrefois, du temps où les ermites du Moyen Âge se terraient dans la vallée et celui, plus tard, où des contrebandiers transitaient entre la France et l’Espagne, notamment durant la guerre civile espagnole, de 1934 à 1939. Les époques qu’elles évoquent contrastent étrangement avec l’artillerie ultramoderne des randonneurs et photographes qui immortalisent les vestiges des glaciers. Peut-être un jour notre époque sera-t-elle contemplée de la même manière par les générations futures, avec nostalgie et fascination. 


Pratique

S’y rendre

La location de voiture demeure la façon la plus simple de visiter la région pyrénéenne. À partir de Barcelone, il faut 4 heures pour atteindre le village le plus près du parc national d’Ordesa et du mont Perdu. De juin à septembre, des navettes assurent le transport entre le stationnement du parc et le village de Torla.

Hébergement 

Quelques gîtes ancestraux proposent des lits confortables en formule B&B, comme la Casa Lordan, à Torla. Le village voisin, Broto, possède aussi son lot d’hôtels charmants.
hotelruraltorla.com

À voir 

Le centre des visiteurs de Torla permet d’en apprendre plus sur l’histoire et la formation de la vallée d’Ordesa. Le dédale de ses rues charmantes et celles de la ville fortifiée d’Aínsa, à une heure de route vers le sud, valent le détour.

Info

spain.info/fr 


Espaces vous propose également : 

>> À pied à travers les Pyrénées

>> Guide de survie : que faire face à un ours ?

Commentaires (0)
Participer à la discussion!

À decouvrir