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Panorama sur le parc © Xavier Bonacorsi

Parc national Auyuittuq : la « terre qui ne fond(ait) jamais »

Dans les années 70, alors qu’il survolait le futur Nunavut avec sa fidèle épouse Aline, un jeune et obnubilé Jean Chrétien lui aurait promis de créer un parc national en son honneur.

« De retour au bureau, j’ai consulté le ministre des Affaires autochtones — qui était moi-même —, le ministre des Affaires du Nord — qui était moi-même — et le ministre responsable de Parcs Canada — qui était moi-même —, et ils étaient tous d’accord », racontera-t-il plus tard. Résultat : en 1976, la réserve nationale du parc Auyuittuq voyait le jour, avant de passer au statut de parc national en 2000.

De nos jours, on ne se rend pas visiter ce joyau de l’Arctique par hasard ou à l’improviste, et le périple doit être méticuleusement organisé.

Il faut d’abord gagner l’île de Baffin par Iqaluit, capitale du Nunavut; prendre ensuite un vol local jusqu’à Pangnirtung (28 km au sud du parc) ou Qikiqtarjuaq (34 km au nord du parc); et terminer le tout par bateau-taxi l’été, ou par motoneige l’hiver.

Mais tous ces efforts sont largement justifiés : bien que le parc national Auyuittuq soit l’un des moins accessibles du réseau de Parcs Canada, il compte assurément parmi les plus inoubliables au pays.

Le col Akshayuk

Si la superficie du parc Auyuittuq fait plus de 19 000 km2 et qu’il est permis de s’y aventurer partout, l’activité la plus courue demeure la randonnée du col Akshayuk, un corridor naturel emprunté par les Inuits depuis des générations pour relier la baie de Cumberland (Pangnirtung) au détroit de Davis (Qikiqtarjuaq). Il faut dire que le reste du parc est en grande partie recouvert de glace…

La « promenade » complète fait 97 km, mais la plupart des randonneurs optent pour un aller-retour de la partie sud seulement, celle qui longe la rivière Weasel, du mont Overlord au lac Summit. C’est une région spectaculaire : la parcourir deux fois, dans un sens comme dans l’autre, n’est aucunement lassant. Il est par ailleurs plus économique (côté transport maritime et aérien) de retourner à son point de départ (Pangnirtung).

Normalement, il faut prévoir de 5 à 6 jours pour l’aller-retour, mais comme j’ai voulu faire durer le plaisir, j’en ai pour ma part profité une douzaine de jours, en passant quelques fois deux nuits au même endroit afin d’explorer les montagnes avoisinantes sans mon sac à dos, qui pesait 40 kg au départ… La prochaine fois, j’irai l’hiver, afin de faire glisser tous ces kilos de nourriture, de combustible et d’équipement dans un traîneau plutôt que de les avoir sur le dos!

Un climat impitoyable

Parc national Auyuittuq © Parcs Canada - Jean Poitevin

Comme dans toute région montagneuse et, de surcroît, arctique, le climat peut changer très rapidement à Auyuittuq. C’est particulièrement le cas à Akshayuk, une vallée bordée de part et d’autre par un relief montagneux très escarpé, où les vents (catabatiques) rendent parfois les déplacements hasardeux, voire impossibles. J’ai d’ailleurs été cloué dans ma tente durant 24 heures par des vents dont j’ai su plus tard qu’ils avoisinaient les 100 km/h.

Mais le danger le plus menaçant est la traversée des torrents de montagne, qui sont alimentés par la fonte des glaciers. Leur débit fluctue donc constamment durant le jour, en fonction de la température et de l’ensoleillement. Leur niveau est au plus bas au petit matin; il est donc sage de prévoir les franchir en matinée.

Enfin, en plus d’être en possession de l’équipement pour faire face à toute éventualité météorologique, il faut un minimum d’expérience et de compétence en autonomie en région (très) éloignée pour arpenter ce parc.

Divines montagnes

Avec des noms tels que Odin (2147 m) et Asgard (2015 m), issus de la mythologie nordique, les montagnes du parc Auyuittuq n’ont rien de banal, on s’en doute. Avec leur morphologie très particulière et leurs parois vertigineuses, dont plusieurs n’ont jamais été escaladées, elles attirent alpinistes et grimpeurs des quatre coins du monde. On y compte d’ailleurs la plus longue paroi verticale au monde (1250 m), sur l’emblématique pic Thor, qui culmine à 1675 m.

Auyuittuq forme également un lieu idyllique pour les expéditions en ski de randonnée et en traîneau à chiens. L’hiver est toutefois si rigoureux — grande obscurité et températures sibériennes — que les autorités du parc recommandent fortement d’attendre le mois de mars et le retour du soleil pour y pratiquer des activités… hivernales.

La terre qui ne fond(ait) jamais

Parc national Auyuittuq © Parcs Canada - Grant Klassen

En inuktitut, Auyuittuq signifie « la terre qui ne fond jamais ». Les changements climatiques ont aujourd’hui modifié le temps de verbe de cette traduction, en passant du présent à l’imparfait — dans tous les sens du terme.

Comme la plupart des glaciers sur terre, ceux d’Auyuittuq fondent à un rythme alarmant. Quelques jours après la fin de mon aventure, le parc a même connu une période de plusieurs jours de pluie où la température était anormalement élevée. Une crue éclair (flash flood) s’est développée, a inondé la vallée et emporté le pont piétonnier qui permettait de franchir la rivière Weasel. Les visiteurs qui étaient toujours présents dans le parc furent évacués par hélicoptère, et le parc a été fermé. Depuis, le pont a été reconstruit, mais l’événement s’est inscrit dans l’esprit des habitants de la région comme la confirmation du sérieux des changements climatiques; ceux-ci se font particulièrement sentir en Arctique.

Bien que la difficulté d’accès de ce parc ne le rende pas à la portée de toutes les bourses, ceux qui décident d’y aller peuvent considérer leur dépense comme un investissement à très long terme : c’est un voyage dont ils se souviendront et dont ils parleront pendant longtemps. Se retrouver dans une nature sauvage si éloignée et s’imprégner de spectacles aussi grandioses de glaciers et de sommets à perte de vue nous rappelle que nous sommes de bien petits êtres dans l’univers. Et ça, ça n’a pas de prix.


Pratico-pratique

L’été, au-delà du 66e parallèle, on a droit au soleil de minuit : n’oubliez pas vos cache-yeux! Mettez aussi dans votre sac des bottillons en néoprène pour traverser les torrents de montagne, ainsi qu’un surplus de piquets et de corde pour bien arrimer votre tente.

Souvenez-vous également qu’en Arctique, tout coûte cher et que le choix des denrées est très limité : soyez méticuleux dans la préparation de vos listes de nourriture et d’équipement.

Un vol aller-retour Montréal-Pangnirtung coûte environ 4000 $. À cela, il faut ajouter les frais de bateau-taxi pour se rendre au parc, dont le montant varie en fonction du nombre de personnes dans votre groupe : à organiser à l’avance avec l’un ou l’autre des voyagistes locaux.

À faire dans le parc

Randonnée pédestre, camping sauvage, ski de randonnée et de haute montagne, excursions sur glacier et en traîneau à chiens, escalade.

Pour aller plus loin : 

pangnirtung.ca
nunavuttourism.com
pc.gc.ca/fra/pn-np/nu/auyuittuq/index.aspx 


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