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Louis Rousseau : L'Himalaya en toute sérénité

Novembre 2009 par Didier Bert

Comment s'est passée la montée vers le sommet du Nanga Parbat?
Nous sommes partis plus tôt que prévu pour aller secourir un ami autrichien, Wolfgang. Il était monté avec une équipe de Coréens. Ils sont arrivés tard au sommet, vers 19 heures. Nous avons reçu un appel de détresse des Coréens peu après 21 heures. Une de leurs équipières, Mi-Sun-Go (qui participait à la course aux 14 « 8000 ») avait des problèmes. Aussitôt, nous avons décidé de grimper dès que possible. Dans l'ascension, nous avons croisé les Coréens. Tous les six pas, Mi-Sun-Go s'effondrait. Ils nous ont affirmé qu'ils n'avaient pas besoin d'aide et que la dernière fois qu'ils avaient vu Wolfgang, il était près du sommet.

Qu'avez-vous fait?
Nous avons presque couru en direction du sommet. À 50 mètres de la cime, nous avons trouvé son sac à dos, une mitaine et son piolet. Il y avait des traces de chute dans la neige. Nous les avons suivis. On distinguait la trace des épaules et des jambes. Nous avons ensuite trouvé sa tuque. Les traces montraient qu'il avait chuté jusqu'à un précipice. Nous ne l'avons pas retrouvé. Nous avons dû prévenir sa famille. Il avait une fille et il était grand-père.

Qu'est-ce qui a pu se passer?
J'imagine qu'il a perdu pied en voulant nous appeler. Les traces montraient qu'il était dos à la pente et qu'il avait enlevé une mitaine. Il voulait nous dire qu'il était arrivé au sommet et qu'il s'apprêtait à descendre.

En bas, une polémique vous attendait...
Nous avons retrouvé le groupe de Coréens. Nous avons appris que Mi-Sun-Go avait fait une chute mortelle dans un passage où la corde fixe avait été enlevée. C'est une autre équipe coréenne qui avait coupé la corde et nous l'avions emportée pour la placer à un endroit plus dangereux. Les Coréens ont reproché l'absence de la corde. Pourtant, toutes les équipes avaient approuvé le fait qu'on la déplace.

Comment les Autrichiens ont-ils accueilli le Québécois que vous êtes?
À la fin de la nouvelle voie, nous nous sommes retrouvés au pied d'une cascade impressionnante. Gerfried, le chef de l'expédition, s'est tourné vers moi et m'a lancé : « À toi le Québécois! ». Nous avons un avantage au Québec : la longueur de notre hiver. Mes équipiers autrichiens ont moins de temps pour escalader des cascades de glace. Je suis donc passé devant. On avait peu de matériel. Je montais. Je fixais les cordes en premier de cordée, ils me rejoignaient et je repartais. Gerfried a appelé cette cascade le « Rousseau Ice Wall. »

Êtes-vous prêt à prendre tous les risques pour aller au sommet?
Il faut savoir s'arrêter et redescendre. En 2007, je m'étais arrêté dans l'ascension du Broad Peak. Les autres ont continué, mais ils n'ont pas pu atteindre le sommet. Wolfgang était venu s'assoir à côté de moi et m'avait convaincu de redescendre. Ce que j'avais fait.

Comment faites-vous pour vous entraîner à Montréal?
C'est simple. Je vais au Mont-Royal que j'attaque par la face du Cepsum! (Rires). Du côté de l'Université de Montréal, il y a un terrain avec une pente de 30 à 35 degrés. C'est la pente la plus longue de Montréal. C'est la pente parfaite pour s'entraîner durant l'hiver. Je me leste avec 20 kilos de poids et je la monte à la course une dizaine de fois, trois à quatre fois par semaine. Je complète mon entraînement avec un peu de natation, du jogging et beaucoup de repos.

Quel sera votre prochain objectif?
Mon vrai défi sera d'arriver à trouver un équilibre entre mes projets en montagne et ma vie ici. Je ne l'ai pas encore trouvé. Ce n'est pas facile pour ma conjointe de me savoir sur les pentes de l'Himalaya, même si c'est elle qui gérait mon site Web pendant que je grimpais.

REPÈRES
K2  :
8611 mètres, deuxième plus haut sommet du monde (après l'Everest).
On compte davantage d'astronautes que d'alpinistes parvenus au sommet du K2. Il est dix fois moins fréquenté que l'Everest.


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Louis Rousseau

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