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Gaspésie : Le dernier des caribous

Mai 2010 par Gabriel Béland

La réponse longue, elle, est moins simple. Car si les prédateurs prolifèrent, c’est en grande partie à cause des coupes forestières autour du parc de la Gaspésie. Dans les forêts récemment rasées poussent les petites baies et courent les lièvres. « C’est comme un bar ouvert pour le coyote et l’ours », illustre Claude Isabel. Les écologistes ont soutenu la stratégie du contrôle des prédateurs comme ultime recours. « On n’a pas le choix d’appuyer cette mesure parce qu’il faut protéger les petits. Mais on voit ça comme une disposition à court terme », explique Patrick Nadeau, directeur québécois de la Société pour la nature et les parcs (SNAP).

Selon lui et plusieurs autres écologistes, la seule manière de sauver le caribou de la Gaspésie, c’est de mieux protéger son territoire. Cela passe par un agrandissement du Parc ou encore par la mise en place de « zones tampons » dans sa périphérie, où les coupes forestières seraient interdites. « La solution principale consiste à contrer la perte d’habitat, car il s’agit de la raison numéro un du déclin mondial de biodiversité », explique Patrick Nadeau. « C’est la menace principale pour le caribou de la Gaspésie. Contrôler les prédateurs, c’est reporter le problème à plus tard. Il faut agrandir le parc de la Gaspésie », tranche-t-il.

Dans une région où le taux de chômage est supérieur à 20 %, tous les emplois comptent. Voilà pourquoi le projet de Margaret Kraenzel et du Comité de protection des monts Chic-Chocs n’est pas bien reçu de tous. Si les vœux de la biologiste sont exaucés, une zone de 544 km2 serait protégée autour du mont Logan. En comparaison, la superficie totale du parc national de la Gaspésie est de 802 km2. Dans cette réserve de biodiversité, aucune activité industrielle ne serait tolérée : « Ça veut dire pas de coupes et pas de mines », lance celle qui enseigne au cégep de Matane.

« Quel impact est-ce que ça va avoir? », demande Gilles Michaud, le directeur général de la Société d’exploitation des ressources de la Vallée. « Il y a l’aspect du caribou, je suis d’accord, mais il y a aussi l’aspect humain. Il y a des emplois en jeu. » Celui dont l’organisme regroupe des entreprises forestières de la région a préféré ne pas commenter davantage. « On va regarder ça aller et on prendra position plus tard », dit-il.

Le député péquiste de Matane, Pascal Bérubé, fait partie de la longue liste de ceux qui appuient la démarche du Comité de protection des monts Chic-Chocs, dont le maire de Matane et la Sépaq. « Oui, il y a des emplois en jeu, mais le tourisme et l’interprétation de la nature créent aussi des emplois. Et le caribou est dans notre cour arrière. Juste là, il y a une figure emblématique de la Gaspésie », dit le jeune député de 34 ans. Celui qui a fait le choix de protéger le caribou assume sa prise de position : « Il y a le présent et les coupes forestières dans ce territoire, mais il y a aussi le futur qui consiste à protéger notre environnement. Je pense qu’il faut trancher et choisir le futur. »

En novembre dernier, Pascal Bérubé a déposé à l’Assemblée nationale une pétition de 9000 noms en faveur du projet. La prochaine étape sera la consultation publique. Si les vœux du député sont exaucés, la Gaspésie pourrait ajouter 544 km2 de territoire protégé dans quelques mois. Une « grosse victoire pour le caribou », clament ceux qui portent le projet à bout de bras depuis des années. Mais aussi une victoire pour l’industrie touristique : « Le caribou est une richesse pour la biodiversité, mais aussi pour l’économie locale », dit la naturaliste Raymonde Mercier. « Beaucoup de visiteurs viennent au Parc pour voir le caribou. Viendraient-ils encore s’il n’y en avait plus? » Ils sont plusieurs, en Gaspésie, à espérer ne jamais devoir répondre à cette question.

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