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Apnée sportive : la première bouffée d’air

Mars 2011 par Alexis Botaya

Je remonte, la tête levée vers la lueur bleuâtre de la surface. Quelques brasses encore, mais j’expire déjà. Les bulles remontent et m’effleurent le visage. J’émerge et aspire aussitôt une grande bouffée d’air. Les champions québécois d’apnée sportive, Nathalie Hébert et Philippe Beauchamps, me fixent du regard après cette première tentative : « Tout est O.K. ! »

La première édition des championnats du monde d’apnée sportive a eu lieu en 1996. Avant cette date, il n’y avait ni fédération ni protocole de sécurité rigoureusement défini et l’apnée sportive était pratiquée par des athlètes en quête de records – comme ceux dépeints dans le film de Luc Besson Le Grand Bleu (1988). De cette époque on a gardé les noms d’Enzo Mairoca (le premier en 1961 à atteindre 50 mètres, une profondeur alors considérée comme létale) et Jacques Mayol (100 mètres en 1976). Dans les années 90, ce sont Umberto Pelizzari, puis Francisco « Pipin » Ferreras et Audrey Mestre qui inscrivent leur nom au tableau d’honneur. Ces deux derniers formeront un couple tristement célèbre puisqu’Audrey Mestre, grande amatrice de no limit, décédera lors d’une plongée en 2002. James Cameron prépare d’ailleurs un film sur leur histoire. Depuis, les choses ont changé et les activités sont encadrées par l’Association Internationale pour le Développement de l’Apnée (AIDA). La no limit n’est pas considérée comme une discipline de compétition.

Pour ma première tentative à vie, nous sommes dans les eaux du lac Kahnawake. Avant de nous lancer à l’eau, mes deux instructeurs testent ma capacité pour retenir ma respiration. À l’instar des acteurs et des chanteurs, il faut d’abord gonfler son abdomen avant de remplir la cage thoracique. Mon temps : deux minutes. Philippe se lance dans une démonstration, après quelques instants, ses côtes se contractent violemment. C’est son diaphragme qui cherche à regonfler ses poumons. Le champion québécois contrôlera plusieurs contractions de ce genre avant de reprendre son souffle. Maîtriser son diaphragme est l’une des techniques de base de l’apnéiste : il faut accepter la sensation de manque d’air. Cela nécessite une très bonne connaissance de soi… et beaucoup de pratique.

Leur truc
Pour se concentrer, certains apnéistes se focalisent sur une couleur ou une partie de leur corps. Nathalie écoute (et se remémore pendant la descente) la reprise hawaïenne de Over the rainbow par Israel Kamakawiwoʻole. Le rythme de cette chanson l’apaise et lui permet d’évacuer toute pensée parasite. Philippe écoute les Gymnopédies d’Erik Satie pour se préparer, mais fait le vide total en descente. 

Je passe une combinaison isothermique et les regarde se parer. Ils enfilent un collier de plombs qui compense la flottaison de leur combinaison. Celle de Nathalie est lisse et sans fermeture éclair pour limiter les pertes de chaleur. À partir de sept mètres, la température de l’eau chute brutalement à 12°C. Les palmes sont immenses et le volume du masque minuscule : avec la pression qui augmente durant la descente, il faudra y souffler de l’air avec le nez.

Le vent est tombé et la surface du lac est lisse. Nous arrivons à une bouée d’où plonge une corde de 30 mètres. Philippe se prépare. Il inspire à grands poumons puis effectue une manœuvre étrange appelée « la technique de la carpe » : il remplit sa bouche d’un peu d’air en gonflant ses joues puis « l’avale ». Il peut ainsi augmenter son volume pulmonaire de 10 à 15 %. Il se courbe et plonge la tête la première. En quelques secondes, il disparaît en ondulant à grands coups de palme dans la brume du fond, là où convergent les rayons du soleil. J’ai la tête dans l’eau. De longues minutes passent et j’ai le temps de reprendre deux fois ma respiration avant de voir sa main réapparaître. Il longe la corde sans la toucher. L’un des apnéistes qui nous entourent plonge à sa rencontre pour l’accompagner dans sa remontée. Une procédure de sécurité obligée.

Mon tour vient. Après quelques rappels de base sur la manœuvre de Valsalva (qui permet de compenser la pression en soufflant de l’air par le nez tout en pinçant ce dernier), je me lance. Mon cœur résonne violemment dans ma cage thoracique. Soudain, je sens que ma flottaison s’inverse : je coule. Je viens d’atteindre ma sink phase. À partir de ce point, il ne reste plus qu’à relaxer et se laisser glisser lentement vers le fond. Grisant paraît-il, mais je suis tellement surpris par cette sensation nouvelle que je fais demi-tour et remonte à la surface.

L’apnée sportive n’est pas plus dangereuse que n’importe quel sport comme l’escalade ou le parachutisme. À condition de respecter les protocoles de sécurité. « Il ne viendrait à l’idée de personne de se jeter dans le vide ou de partir à l’assaut d’une montagne sans un minimum de préparation! », dit Philippe Beauchamps.

Sans précautions, une syncope anoxique peut survenir brutalement et le plongeur s’évanouit sous l’eau. S’il est remonté à l’air libre, il suffira de quelques petites claques et de lui souffler sur les yeux pour qu’il reprenne connaissance. Mais sans secours, c’est la noyade. Il ne faut donc jamais tenter le tout seul, même dans sa baignoire, sans être encadré ni avoir reçu une formation. Pour ceux qui descendent à plusieurs centaines de mètres de profondeur, d’autres risques s’ajoutent : l’organisme est soumis à des pressions colossales. Il faut un long entraînement pour s’y adapter.

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