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Apnée sportive : la première bouffée d’air

Mars 2011 par Alexis Botaya

Étape suivante : la monopalme. Presque tous les apnéistes professionnels l’utilisent. Elle s’apparente à une grosse queue de sirène. La nage devient fluide et esthétique et les nageurs vont beaucoup plus vite, à tel point qu’ils jaillissent hors de l’eau jusqu’aux genoux à la remontée. La puissance développée par ces palmes est impressionnante, mais la nage s’avère difficile et contraignante. En quelques minutes, des crampes m’enserrent les mollets. La monopalme nécessite un réel effort et une technique particulière : selon les pros, il faut adopter un mouvement du bassin similaire à celui d’un homme en plein ébats amoureux…

Nous sortons de l’eau et restons sur la rive à discuter. Je cherche à comprendre ce qui les pousse à aller toujours plus loin, à endurer les contractions du diaphragme. Nathalie me confie rechercher sans cesse cette sensation de la première gorgée d’air. Quant à Philippe, il avoue trouver son plaisir en sentant la progression de la descente, qui lui donne l’impression de voler et durant laquelle il fait le vide : « Quand j’entends le décompte en compétition, tout se ferme. C’est une expérience très pure. Je perds le son et la lumière. Pendant une minute ou deux, il n’existe plus rien. » Chaque apnéiste développe une relation intime (quasi mystique) avec sa pratique de l’apnée. Le sport permet d’approfondir sa connaissance de soi et de développer un parfait contrôle de ses capacités physiques. Un vrai voyage intérieur. Mais pour comprendre, il faut l’essayer.

J’ai donc retenté l’expérience autour de l’île Bonaventure, au large de Percé. Au pied d’une immense falaise, depuis le zodiac du Club Nautique de Percé, l’émerveillement est immédiat. À un mètre à peine sous la surface, je croise déjà de minuscules et magnifiques créatures marines : des cténophores (du plancton). De vrais extraterrestres marins multicolores. Je remonte prendre mon souffle et m’assurer que mon accompagnateur est toujours là. Je replonge et réalise à quel point la ceinture de plombs est indispensable pour compenser la flottaison de la combinaison. Arrivé au fond, je m’accroche à un rocher, me concentre et observe. Des formes noires et massives tournoient au loin : des phoques gris, qui sont nombreux autour de l’île. Curieux, ils s’approchent et m’entourent. Je dois remonter reprendre de l’air et redescends aussitôt. Cette fois, l’un d’entre eux se prend de passion pour mes palmes : il y frotte son visage moustachu et les mordille! Il fait soudainement demi-tour et plonge dans les herbiers de laminaires, ces longues algues brunes qui ondulent au gré du ressac. Il m’observe par en dessous tout en jouant dans les algues avec l’énergie d’un jeune chien. Sa fourrure mouchetée ondule à chacun de ses mouvements.

D’autres, plus imposants, me suivent à une distance respectable. Il y en a au moins sept qui disparaissent dans la brume aquatique. Je croise une méduse que j’évite avec soin et je découvre dans les herbiers un phoque, les yeux fermés, ses nageoires repliées sur son ventre. En m’approchant, il se réveille et s’éloigne mollement. Ces animaux sont capables de rester en apnée plus d’une dizaine de minutes et en profitent pour faire des siestes sous-marines. Chaque fois que j’expire en remontant, le bruit des bulles les fait fuir. Ils me jettent un dernier regard. L’eau commence à se faire froide et je dois laisser mes compagnons aquatiques pour rejoindre le bateau. Ce qui est certain, c’est que je suis désormais accro à l’apnée!

Les différentes disciplines

En piscine et compétition :
Statique : le record du monde est de 11 min 35 s! 
Dynamique : la performance est mesurée en distance.

Profondeur en compétition :
• Poids constant avec palmes (descente sans autre aide que celle de palmes)
• Poids constant sans palme (descente en brasse)
• Immersion libre (descente sans palmes mais en s’aidant d’une corde à la descente comme à la remontée)

Hors compétition : le plongeur est entrainé vers le fond par une gueuse.
• No limit (remontée avec un parachute gonflé depuis le fond)
• Poids variable palmes (remontée à la simple force des palmes)

Encore plus
• Association Internationale pour le Développement de l’Apnée : aidacanada.org
• Club d’Apnée Sportive de Montréal : casm.info


Comment s’entraînent les pros 
Tous les exercices qui permettent d’améliorer la tolérance de l’organisme à un taux de CO2 sont intéressants. Pour les pros : spinning en apnée, piscine et entraînement en lac dans des conditions de compétition. Tous les exercices sont réalisés sous la supervision d’une personne compétente. Nathalie Hébert et Philippe Beauchamps pratiquent également le yoga régulièrement. Avant une compétition, ils s’entraînent quatre à cinq fois par semaine. Hors de la période de compétition, leur fréquence d’entraînement est de trois fois par semaine.

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