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Énergie vs écologie

Novembre 2011 par Gil Thériault

Dommages post-exploitation
Prenons les levés sismiques. Où il s’agit d’envoyer un son et d’analyser le retour de celui-ci avec des appareils sophistiqués. Sa force est d’environ 255 décibels (dB). En comparaison, lorsque l’on se tient à 25 mètres d’un jet qui décolle, on encaisse 130 dB. Santé Canada avertit qu’une exposition de plus de 5 minutes par jour à un son supérieur à 105 dB peut entraîner un dommage permanent à l’audition. Lors d’une série de levés effectuée en septembre/octobre 2008, on a utilisé des sons de 252 dB pratiquement 24h/24h entre 20 et 30 jours sur une surface de 779 km(à des profondeurs entre 40 m et 350 m). Et l’eau n’absorbe pas tout : à 350 mètres (à un angle de 30 degrés), le son atteint encore 177 dB.

Dans un rayon de 1,5 mètre, les organismes sont possiblement tués. À moins de 100 mètres, ils sont assommés et un impact différent pour chaque espèce est ressenti jusqu’à 10 km! Bien sûr, les poissons ne possèdent pas le même système auditif que nous, mais ces bruits répétés pourraient affecter plusieurs éléments : les zones de distribution, les communications entre individus, l’interaction prédateur/proie et finalement la croissance et la reproductivité des individus.

Ensuite viennent les rejets exploratoires : les fluides de creusage, les eaux usées et le torchage du gaz naturel. Lors d’une étude effectuée dans le golfe du Mexique, on a observé, dû aux déversements de fluides, une absence totale de végétation marine à l’intérieur de 300 mètres d’un puits de forage et une perte significative jusqu’à 3 700 mètres du site. Bien que moindre, la pollution des eaux de forage demeure considérable et on sait que le brulage du gaz peut définitivement désorienter certaines espèces d’oiseaux marins.

Ces phénomènes nécessitent de plus amples recherches, mais déjà, on sait que les impacts sur la nature sont importants : stress toxique, dérangement pendant la période de reproduction, bouleversement des patrons de migration, disparition d’habitats. Certains impacts peuvent être observés rapidement, d’autres (impacts négatifs sur la reproduction, baisse de la biodiversité) prendront du temps à être analyser. Et évidemment, afin de mesurer les dégâts adéquatement, il faudrait en connaître davantage sur l’état actuel du Golfe. Comment savoir ce que l’on a perdu si l’on ne sait même pas ce que l’on possède? Et que dire des opérations de chargement/déchargement et transport? En augmentant le trafic maritime dans le canal Laurentien (déjà important), on augmente d’autant les risques d’accident.

Les communautés côtières qui vivent des ressources naturelles qui les entourent (pêche, tourisme) sont-elles prêtes à mettre en péril les richesses renouvelables qui les ont fait vivre pendant des siècles pour exploiter une richesse non renouvelable qui profitera à d’autres? Près d’un quart de siècle après la tragédie de l’Exxon Valdez, la communauté de Prince William Sound en Alaska en sait quelque chose...

Au minimum, la prudence

La grande différence entre l’exemple fictif d’une centrale nucléaire sur les Plaines et le projet très concret de Old Harry, c’est que la ville de Québec compte près d’un demi-million d’électeurs et constitue la capitale politique où se retrouvent tous les députés. Les Îles, de leur côté, renferment un seul député et 8 000 électeurs. Si Old Harry était situé tout près des centres de décision québécois, il y a fort à parier que les discussions prendraient une autre tournure. L’ex-ministre Normandeau a d’ailleurs décrété un moratoire, en mai dernier, suite au dépôt de l’Étude environnementale stratégique 1 (ÉES1) sur l’exploitation pétrolière et gazière dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent.

Depuis, la firme d’ingénierie Génivar a été embauchée pour produire le ÉES2 (dépôt à l’automne 2012) qui se concentrera sur la partie du golfe et cette deuxième étude se déroule sous la supervision du nouveau ministre québécois des Ressources naturelles et de la Faune, Clément Gignac.

Dans son rapport préliminaire, Génivar semble appuyer la mise en valeur des hydrocarbures du golfe, mais recommande 23 activités de gestion, dont la tenue d’un Bureau d’audience publique sur l’environnement (BAPE) afin d’en assurer l’acceptabilité sociale.

Sans s’opposer drastiquement au projet, certains citoyens des maritimes se sont mobilisés afin d’exiger que l’on analyse attentivement chaque étape du projet. La Coalition Saint-Laurent cherche à rallier les communautés côtières des cinq provinces concernées autour d’un objectif commun, car il demeure clairement impossible de gérer ce dossier chacun dans son coin. Que les administrateurs et les bureaucrates aiment ou pas, le Golfe ne peut être morcelé. Selon cette coalition, la gestion du Golfe exige une approche intégrée et si la réglementation ne le permet pas, elle doit être changée.

Les participants au Forum interprovincial sur l’exploitation des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent, qui s’est tenu en avril dernier aux Îles de la Madeleine, ont abondé dans le même sens en demandant unanimement un temps d’arrêt et une commission d’examen fédérale (et indépendante) pour bien analyser ce dossier des plus complexes. Même OCTNLHE propose un examen indépendant. Ce processus garantirait au minimum que, comme société, si l’on décide d’aller de l’avant avec ce projet, ce sera fait en toute transparence et dans les meilleures conditions possibles. Puisqu’ils mettent carrément leur qualité de vie dans la balance, les communautés maritimes de l’est du Canada méritent au moins ça.

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