Cross-country pour clébards
Pour la première fois en Amérique du Nord, les meilleurs compétiteurs de canicross, bikejoring et autres disciplines canines ont posé leurs valises sur le sol québécois au mois d’octobre dernier, le temps du Championnat du monde Dryland. Une bonne occasion pour découvrir ces sports encore méconnus au Canada.
La truffe pointée vers le sentier et les pattes prises de tremblements, un Greyster noir attend fébrilement dans son harnais. Le compte à rebours se déclenche et ses oreilles se dressent vers l’arrière à l’affût des commandes de son maître. Un « Yep! » de départ, et c’est parti pour une course effrénée sur le parcours de cross-country. Les deux compagnons (homme et chien) ne font plus qu’un pendant plus de six kilomètres. Reliés l’un à l’autre par une sangle extensible, ils parcourent des sentiers forestiers particulièrement difficiles : le territoire du Centre de plein air Bec-Scie (Saguenay), où se déroule la compétition, offre une belle variété d’altitude et de technicité pour les coureurs.
Depuis plus de six mois, le parcours est quadrillé et entretenu par les organisateurs du Championnat du monde Dryland. Il traverse une forêt et longe la Rivière-à-Mars. Une aubaine pour les chiens qui entraînent parfois leur maître jusqu’à l’eau pour se rafraîchir… et une déconvenue fâcheuse pour les coureurs qui peuvent perdre de précieuses minutes au chronomètre. À l’arrivée, les chiens sont toujours prêts à repartir après ce qui semblait n’être pour eux qu’un simple échauffement. Il faut dire que ces véritables « athlètes de haut niveau » sont choisis génétiquement par leurs maîtres et entraînés depuis leur naissance à courir et à tirer.
Croisements entre Husky alaskan, Pointer allemand et Greyhound, il s’agit de chiens minces et plutôt petits, mais très hauts sur pattes et robustes. La rapidité et la puissance font d’eux des sprinters remarquables qui défient les chronomètres. Préférés aux Huskies de traîneau (endurants, mais moins rapides), ces nouvelles races de chiens de course viennent tout droit d’Europe et plus particulièrement de Scandinavie. Pays de la pulka (petit traîneau tiré par un skieur ou par un chien), la Norvège est maîtresse de ces sports canins, praticables l’hiver sur patin et ski ou encore l’été (comme ici au Dryland) lorsque les coureurs sont reliés à leur bête par un harnais (canicoss) ou bien montés sur un vélo de montagne ou un traîneau à roue tiré par leur attelage (bikejoring et kart à chien). Toutes ces disciplines sont pratiquées depuis plus d’une trentaine d’années en Europe et sont très prisées des Suisses, des Polonais, des Russes et des Français.
Plus de 200 chiens et 90 athlètes de sept nationalités ont fait le voyage jusqu’au Québec pour participer à ce championnat du monde et tenter de rafler une place sur le podium, depuis longtemps monopolisée par les Scandinaves. Du côté nord-américain, les délégations états-uniennes sont venues en masse pour prouver au vieux continent qu’elles ont, elles aussi, leur mot à dire sur les sentiers. Une vingtaine de Canadiens portent fièrement leurs couleurs, dont la moitié sont Québécois. À la tête des coureurs les plus applaudis, Ludovic Couleaux (participant et organisateur des courses) et les compétiteurs québécois luttent tant qu’ils peuvent face aux mastodontes médaillés.
Contrairement aux compétiteurs, le public n’est pas nombreux, en dépit d’une bonne couverture médiatique. Malgré tout, les athlètes sont dignement acclamés, car il est toujours impressionnant de les voir partager l’effort avec leur chien. Aussi couverts de boue l’un que l’autre, ils profitent ensemble du moment de symbiose qui se crée lors de la course. « On se motive vraiment l’un et l’autre pour courir, même si le chien, lui, est toujours prêt à se dépenser », raconte Lucille Janin, jeune coureuse québécoise. « Lors de montées difficiles, quand il commence à se fatiguer, je l’encourage pour relancer le rythme. Par contre, à la fin d’un parcours, quand c’est moi qui n’en peux plus, alors c’est mon chien qui tire un peu plus fort pour me forcer à avancer. Un vrai partage! » Et pour cela, rien ne vaut l’amour qui lie le chien à son maître. « Un animal peut tout faire pour son maître, mais s’il court avec une autre personne et qu’il ne se sent pas en confiance, il peut devenir exécrable et refuser d’avancer », ajoute Amélie Janin, la sœur de Lucille et aussi compétitrice au championnat.
Un bon entraînement est nécessaire, car même si les disciplines de canicross et de bikejoring sont accessibles à quiconque possède un chien sportif, il faut apprendre à l’animal le plaisir de courir et la technique de tirer. Pour cela, des clubs et des groupes amateurs se créent un peu partout au Québec depuis quelques années. « Par petits groupes de coureurs, nous nous retrouvons sur les sentiers et nous parcourons ensemble plusieurs kilomètres chaque fin de semaine », explique Amélie. « Cela nous permet de nous motiver entre nous, d’écouter les conseils des plus expérimentés et d’apprendre aux chiens à courir au milieu d’autres chiens. »
Ces rencontres sont aujourd’hui facilitées par les forums Internet et des sites comme sortiedechien.com qui encouragent les rencontres entre amateurs. Julie Carrier, l’éditrice de ce site explique : « C’est difficile à estimer, mais il y aurait environ 400 adeptes de canicross au Québec. Un chiffre qui augmente grâce au réseau qui se crée. Toutes les activités canines se développent ces temps-ci, en pleine ère de la santé et de la nature. Mais le canicross est très facile à pratiquer, l’équipement au complet ne dépasse pas cent dollars et il n’y a pas besoin d’être affilié à un club pour le pratiquer. »
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