Chic-Chocs : Skier en toute liberté
Skier dans les Chic-Chocs, c’est profiter à fond du paysage québécois et des joies du ski à la manière qui prévalait avant l’invention des remontées mécaniques : une longue montée pour quelques courts instants de pur bonheur.
La pente devient enfin moins abrupte et le sommet est en vue. Essoufflé, mais avec un grand sourire étampé sur la figure, j’ai déjà hâte à la descente. La vue est magnifique au sommet du Bol des Patrouilleurs. Au loin, une « mer de montagnes » s’étire à perte de vue. Isamie, qui était juste derrière moi, arrive enfin et nous nous préparons pour la descente. Avec les derniers rayons du soleil, nous descendrons en quelques minutes ce qui nous a pris près d’une heure à grimper. Après avoir enfilé nos skis et jeté un dernier coup d’œil au paysage grandiose, nous nous dirigeons vers la pente abrupte. Je prends une grande inspiration d’air frais. Tant d’efforts pour en arriver à ce moment précis…
Il y a longtemps que je voulais faire ce périple et tâter le ski hors-piste dans les Appalaches gaspésiennes. Lorsque Marie-Christine et Isamie (deux collègues passionnées de ski) ont lancé l’idée l’hiver dernier, j’ai sauté sur l’occasion pour les accompagner. Avec Martine, une autre amie de la bande, me voilà donc parti avec mes « Chicks in the Chocs »! L’automobile est remplie à ras bord de nos skis, planche à neige, télémark, peaux de phoques, raquettes, bâtons de marche, nourriture et alcool. Huit heures de route nous mènent à Sainte-Anne-des-Monts et une demi-heure de plus permet de s’enfoncer suffisamment dans les terres pour rejoindre le Centre de découverte et de services du parc national de la Gaspésie.
À notre arrivée, il y a déjà foule. C’est Pâques, le moment rêvé de l’année pour les passionnés de se retrouver dans l’arrière-pays et l’une des dernières belles journées pour profiter de la neige gaspésienne. Plusieurs activités sont offertes pour les amateurs de ski hors-piste durant cette longue fin de semaine : projection de films, cours de sécurité et de prévention d’avalanches, 5 à 7 avec bières locales, souper de crabe, etc.
Pour notre première journée, nous optons pour le mont Hog’s Back (830 m). Facile à monter, il servira d’introduction pour le reste du week-end. Le stationnement situé à quelques kilomètres en dehors du parc de la Gaspésie est presque plein, la température est parfaite et la bonne humeur règne auprès des gens rencontrés. Après la vérification de notre équipement d’avalanche, la montée se fait agréablement et nous rencontrons plusieurs connaissances aussi attirées par la vue exceptionnelle du coin. Heureux de cette première montée, notre groupe se prépare à la première descente tant attendue. Les peaux de phoques et les raquettes disparaissent rapidement. Le tracé est choisi et les premiers virages s’enchaînent sur une surface durcie par la froide température et les vents qui balaient la neige sur ce versant. Qu’importe, la joie d’être au milieu de ces montagnes est partagée par tous.
Un passage plus étroit se dessine vers la fin du parcours. Juste avant de s’y élancer, Marie-Christine effectue un virage anodin pour mieux attaquer cette portion et pose la main par terre pour conserver son équilibre. Une douleur atroce l’envahit et elle s’immobilise brusquement. « Je pense que je me suis foulé la main, mais je peux continuer! » Avec un bandage de fortune, nous poursuivons la descente jusqu’au stationnement. Comme sa main ne semble pas enflée, nous entamons notre 5 à 7 dans le stationnement avant de terminer la journée avec un délicieux souper de crabe et la projection du film The Fine Line.
Au lever, sa main ne semble pas prendre du mieux lorsque nous entamons la marche d’approche du Bol des Patrouilleurs. Nous testons en même temps les « alpine-trekkers », une pièce qui transforme des skis « normaux » en skis « tout-terrain » (« All-terrain »). Conclusion : cette fixation lourde et peu commode. S’ils constituent certes une solution pour ceux qui ne veulent pas utiliser des raquettes en fixant leurs skis sur leur sac à dos ou qui ne possèdent pas de skis avec des fixations « tout-terrain », ces adaptateurs ajoutent du poids et de la hauteur à la fixation originale des skis et rendent l’aventure beaucoup moins plaisante.
En plein cœur du parc de la Gaspésie, nous atteignons la base du Bol des Patrouilleurs après 5 km de marche sous un ciel bleu parfait. Le paysage est superbe et les pistes invitantes. Aucune file d’attente à l’horizon. Ici, c’est le ski en liberté totale. Enfin presque : certains coins sont déconseillés à cause des risques d’avalanches évidents. Ces contraintes dictées par la montagne laissent tout de même un vaste terrain de jeu que tous veulent essayer. Marie-Christine prend la décision de rester au bas de la montagne : sa main élance maintenant d’une manière constante et elle appréhende la descente. Sa déception est évidente. Tant d’anticipation depuis des semaines pour skier cette magnifique pente enneigée tombent subitement à l’eau. Heureusement, elle n’est pas seule à rester au bas de la piste : de nombreuses personnes s’arrêtent ici pour profiter d’une pause bien méritée et pour visiter le kiosque installé par la boutique Le Yéti, qui est venu expressément de Montréal pour proposer aux skieurs d’essayer les nouveaux modèles de skis télémark de l’année suivante. Durant la journée du samedi, plus de 250 personnes passeront devant ce kiosque monté à 5 km du stationnement le plus près.
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