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Japon : Hyperactivement zen

Mai 2010 par Mélanie Pageau

Randonnée pédestre et Japon semblent former un couple mal assorti. Pourtant, l’archipel volcanique offre de multiples possibilités avec, en prime, un bain culturel dépaysant et rafraîchissant.

Voilà sept heures que nous avons quitté la foule en talons hauts de Kamikōchi, au pied de la montagne, pour gravir 1600 mètres dans les Alpes japonaises. Le refuge où nous voulons planter notre tente ne devrait plus être très loin, mais il n’y a rien en vue. Devant une pancarte qui doit indiquer le sommet Oku-hotaka-dake, nous cherchons à savoir si nous sommes dans la bonne direction, mais nous sommes analphabètes devant ces mots en kanji japonais.

Nous n’avons pas croisé âme qui vive au cours de la montée, qui se fait parfois sur cordes ou échelles, entre le roc et le vide. Avec nos sacs chargés pour quatre jours, un faux pas ici serait fatal. Entre les pics, aucun espace pour s’installer pour la nuit. Nous poursuivons à la lampe frontale. Sur une pente descendante, nous apercevons enfin le refuge, perché sur un col, entre deux pics. Soulagement!

Après une délicate descente sur des échelles, on installe la tente sur une mini terrasse entre les roches, au bord du vide. Mais nous avons droit à des toilettes avec bancs chauffants! Les Japonais ne sont pas à une contradiction près : ces refuges cinq étoiles, construits dans des endroits difficilement accessibles, sont desservis tous les jours par hélicoptères, qui apportent eau et autres ravitaillements le long de cette voie alpine très respectée.

Notre deuxième jour devait être celui du fameux Daikiretto, une succession de cheminées bordées par le vide de chaque côté. Il est conseillé aux randonneurs ayant le vertige de s’abstenir. Nous ajouterions aussi les randonneurs en autonomie complète! Car nos gros sacs à dos sont difficilement compatibles avec ces passages qui s’apparentent à l’escalade (mais sans assurage!), sur des échelles, des chaînes et des barres de fer. Mieux vaut partir légers, dormir et manger dans les refuges : c’est d’ailleurs ce que font les Japonais. Et, surtout, il faut bien suivre les indications peintes sur les roches : un cercle indique la voie à suivre, alors qu’un X devrait vous arrêter net.

Après une petite exploration sans nos sacs, nous avons décidé de ne pas nous y aventurer et de prendre la sortie « côté jardin » vers Karasawa, où nous avons dormi dans un champ de roches, entouré de montagnes. Heureusement qu’on nous a prêté une planche pour mettre sous la tente! Tenez-vous-le pour dit : les Alpes japonaises ne sont pas pour les enfants et surtout pas pour les escargots transportant leur maison. Ces pics dégageant une forte personnalité offrent néanmoins un formidable défi aux randonneurs expérimentés.

Des singes nous ont salués sur le chemin du retour vers Kamikōchi. Nous y avons aussi croisé des marcheurs octogénaires, qui avançaient à pas de tortue en observant la faune et la flore. Tableau typiquement nippon : l’homme en harmonie avec lui-même, avec les autres et avec la nature.

suite...

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