BC Bike Race : Le plus dur, c’est de ne pas y retourner
La course par étapes de vélo de montagne BC Bike Race en sera à sa cinquième édition en 2011. Et elle possède une réputation enviable. Les participants viennent d’une vingtaine de pays pour découvrir ces magnifiques sentiers enivrants, situés dans un décor de carte postale.
Moins long et plus varié que le Raid TransRockies, moins compétitif que le Raid TransAlp, le BC Bike Race représente le meilleur des deux mondes. Des étapes juste assez longues pour se défoncer et des kilomètres de singletracks à perte de vue.
Après un prologue (relativement facile et terminé en une dizaine de minutes), nous prenons le traversier vers Nanaimo, où seront disputées les deux premières étapes. La première est la plus longue : 70 kilomètres qui s’achèveront par une longue descente. Les premières sections en forêt sont marquantes. Ça se voit que nous sommes sur la côte ouest, car les arbres sont immenses. Rampes, sauts et passerelles en bois (pas toutes en bon état) ralentissent les participants. Situés à proximité de la célèbre station de ski alpin de Whistler, les sentiers de Lost Lake font davantage penser à un jeu géant de mécano en bois qui aurait été construit dans un labyrinthe. Toutes les 30 secondes, on peut prendre un embranchement différent qui mène à d’autres sentiers aux noms les plus bizarres tirés du répertoire de Frank Zappa : Pinnocchio’s Furniture, Fountain of Love ou bien Jeeze, I love your pants! Pour les plus agiles, certaines sections offrent un raccourci où la passerelle ne fait plus qu’une dizaine de centimètres de largeur. Étant donné que le peloton roule en file indienne, je passe mon tour afin de ne pas créer un bouchon.
Si la Colombie-Britannique a la réputation d’être « bikers friendly », il n’en reste pas moins que les adeptes du vélo de montagne sont confrontés aux mêmes problèmes que les cyclistes québécois : ici aussi, les sentiers demeurent à la merci des promoteurs immobiliers et de l’industrie forestière. Une fois la deuxième étape terminée, tout le monde est invité à venir se détendre au bar. Les organisateurs prennent soin de nous rappeler qu’une partie des profits de la vente du houblon sera versée au club cycliste local qui tente d’acheter un terrain convoité par des compagnies forestières. « Achetez une bière et sauvez un sentier! » se plaisent-ils à scander pour nous rallier à leur cause.
Lors de la quatrième étape présentée entre Earls Cove et Sechelt, on prend le départ dans une légère bruine. La montée est longue dans cette piste qui a été beaucoup travaillée : on dirait un col pour vélo de route, sauf qu’au lieu du bitume, c’est de la terre battue. Dans les virages, il y a même du pavé uni pour prévenir l’érosion du sol. Vient ensuite la section la plus dépaysante de tout le raid : le sentier longe sur trois kilomètres une zone où une coupe à blanc a fait son ravage. Le sol sablonneux reflète le soleil qui plombe et la chaleur monte. Nous roulons dans un four. Au loin de ce décor de bois mort et de troncs massacrés, on aperçoit l’Océan Pacifique et d’autres sections d’une verdure resplendissante. D’un paysage lunaire, on passe à un paysage terrien. Une expérience mémorable et côté paysage, disons que c’est difficile à battre.
La majorité des sentiers se trouvent sur des terres qui appartiennent à la Couronne, ce qui est plutôt rare au Québec. Les coureurs se mettent instinctivement en file indienne dans une montée parsemée de virages serrés. Après une dernière ligne droite, nous apercevons l’entrée de la piste Half Nelson de Squamish. Construite en collaboration avec différents paliers de gouvernements au coût de plusieurs milliers de dollars, cette piste est en voie de devenir une attraction majeure du vélo de montagne sur la côte ouest. Et ça se comprend : cette descente dure une dizaine de minutes! Imaginez la scène : trois kilomètres de long, 68 virages et une centaine de dos d’âne. Placez cette piste dans un décor digne de la forêt des Ewoks de Star Wars et vous avez l’impression de dévaler une piste accidentée de bobsleigh. Comme si ce n’était pas assez, les nombreux ponts sont souvent inclinés pour faciliter le pilotage. Les spécialistes de la descente trouveront que cette piste ne représente pas un grand défi technique, cependant, les amateurs de cross-country apprécieront le fait que leur vélo peut facilement franchir ces obstacles, tout en gardant un bon rythme du début à la fin. Ne serait-ce que pour descendre cette piste, votre séjour en vaudra la peine. Même si ça fait maintenant six jours de suite que nous roulons, le bonheur d’entamer une piste aussi exceptionnelle nous fait rapidement oublier la fatigue qui s’accumule.
À fond la caisse
Pour certains, la gestion de l’effort est de repousser les crampes ou de franchir la ligne d’arrivée complètement exténués. Pour d’autres, les motivations sont bien différentes. Dans la dernière montée à deux kilomètres de l’arrivée de la dernière étape qui nous amène à Whistler, je rattrape un duo féminin qui se bat pour une bonne place au classement général de sa catégorie. Alors que l’une des participantes a des crampes dans les mollets, sa coéquipière l’encourage à surmonter sa douleur. « Pense à ton accouchement! », qu’elle lui lance. Tous les autres concurrents autour échappent un petit rire. Y’a pas à dire, elles prennent ça au sérieux! Quelques minutes plus tard, nous franchissons la ligne d’arrivée située en plein cœur du village hôtelier. En débarquant du vélo, je remarque que les organisateurs semblent aussi fiers que ceux qui ont complété le parcours. Au cumulatif, j’ai passé près de 27 heures assis sur mon vélo. Pas mal comme vacances!
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