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Suède : Un Arctique accessible

Septembre 2010 par Sylvie Paré

Pour ceux qui rêvent du Grand Nord, mais ne se sentent pas d’attaque pour un trek à la Terre de Baffin (ou n’en ont pas les moyens), il existe une solution : les régions arctiques de la Norvège, de la Suède ou de la Finlande. Au nord de la Scandinavie, au-delà du 67e parallèle, se trouve un immense territoire très peu visité des Nord-Américains. 

Petite ville minière suédoise située à l’extrémité nord du pays, Kiruna constitue le point de départ idéal pour préparer provisions et équipement. Situé à deux heures de route plus loin, juste au-dessus du cercle polaire, le parc national d’Abisko (crée en 1909) offre tout un réseau de petits refuges de montagne qu’il est facile d’atteindre. C’est dans ce parc qu’on trouve le mont Kebnekaise ; le plus haut sommet de la Suède, culminant à 2127 m. 

À l’entrée du parc Abisko, nous préparons nos bagages pour une semaine complète sous les instructions de notre guide. Micha, notre chien, se chargera de tirer la pulka alors que nous alternerons entre skijoring et ski de randonnée. Après un copieux déjeuner scandinave (le buffet du matin typique comprend harengs, mousse de saumon fumé, charcuteries, céréales entières, yogourts, crudités, les fameux craquelins de seigle et les délicieuses confitures de canneberges), j’ai tout le carburant voulu pour débuter cette randonnée.

Le début du sentier longe une rivière gelée au creux d’un petit canyon. On aperçoit au loin des majestueuses montagnes arrondies qui rappellent les Chic-Chocs. La découverte s’établit dans un mélange de familiarité et d’exotisme. Le bouleau nain arctique sera la seule végétation que nous verrons pendant les sept prochains jours.

Les sentiers sont faciles et le paysage est à couper le souffle. Nous nous adaptons tranquillement aux pulkas et à diriger les chiens. Aucun doute, nous sommes bien en Suède : les cabanes rustiques sont construites en planches peintes rouge foncé et sont agrémentées de bois de rennes. À chacun de ces refuges, un gardien s’assure que tout va bien et que nous époussetons bien nos bottes avant d’entrer. Rien de tel que l’efficacité suédoise mariée à la rusticité du nord et à l’isolement arctique. À mon premier soir sous les étoiles, je rencontre un Allemand qui fait l’itinéraire seul à la recherche des aurores boréales. Les conditions météorologiques mettent rapidement fin à nos espoirs de spectacles célestes pour cette soirée. 

Le lendemain, un parcours d’une vingtaine de kilomètres nous attend. Le mercure se maintient autour de cinq degrés sous zéro. Nous entrons dans l’univers du blanc infini et des véritables paysages du Grand Nord. Au détour d’un sentier, une vallée et un col de montagne composés de flancs enneigés et d’aspérités rocheuses se déploient devant nous. L’immensité est à couper le souffle : me voilà enfin dans le rêve que je caressais depuis plusieurs années. Une sorte d’ivresse s’installe : je me laisse glisser dans le grand océan blanc et je rêvasse. Je regarde les sommets tout autour et aperçois un parc à rennes abandonné pour l’hiver. La neige tombe et remplit tout l’espace de sa propre nuance laiteuse. Les contours deviennent flous. Le lointain disparaît. C’est le début d’un blizzard qui nous hantera trois jours durant. De drôles de piquets surmontés d’une croix rouge semblent se perdre dans le paysage : ces balises deviendront nos fidèles amies au temps fort de la poudrerie. 

Au refuge Alesjaure, la salle à manger est grande. Dans ce pays réputé pour son design et son respect de la nature, les installations sont exemplaires : grandes cuves d’aluminium pour l’eau propre (les utilisateurs doivent aller la chercher dans la rivière glacée) et l’eau usée, bacs de recyclage parfaitement empilés, peaux de rennes décorant les murs et grand poêle au gaz complétant le tableau. La camaraderie a tôt fait de s’installer entre les différents randonneurs. Le sauna y est aussi typique : on y entre par un sas où l’on s’asperge d’eau chaude ou froide avec de grandes bassines. En Suède, les gens ne jettent que très peu d’eau sur l’élément chauffant avant d’aller prendre un bain de neige. Et pas de séparation hommes/femmes : l’ambiance est naturelle et décontractée. 

Après un bon repas, et dans les chambres bien chauffées au poêle à bois, même les plus insomniaques sombrent dans les bras de Morphée. Cette nuit, l’un de nos trois chiens dormira avec nous dans la chambre : il est maigre et il faut lui offrir une nuit à la chaleur. Dans ce grand parc national, certaines chambres sont réservées à ceux qui font la traversée avec leurs meilleurs amis.

Lendemain matin, direction Tjaktja où se trouve un peu avant le col le plus élevé de la randonnée : le Tjaktja-passet, situé à 1150 mètres. Un renne nous salue au passage et continue sa route vers un sommet. Pendant l’hiver, la plupart de ces cervidés sont au creux des vallées. C’est certainement l’un des endroits les plus spectaculaires de notre trajet : autour de nous se déploie toute une série de cols et de sommets arrondis avec au milieu un profond ravin creusé par un cours d’eau. Nous voilà suspendus entre ciel et neige.

suite...

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