Ski en Inde : Poudreuse à saveur de curry
Au cours de la nuit, miracle : la neige tombe finalement! Nous nous levons avec empressement afin d’être prêts pour la première remontée de la télécabine. On nous informe alors qu’elle n’ouvrira pas de la journée à cause des vents au sommet. Nous nous rabattons donc sur les collines d’environ 300 mètres qui ceinturent le village. Bien que la neige soit lourde étant donné la faible altitude et les températures avoisinant le point de congélation, nous sommes excités comme des enfants.
Le même scénario se répéta durant les deux journées suivantes. Les conditions de ski s’améliorent tous les jours et la faible compétition pour effectuer des virages dans de la neige vierge laisse présager des conditions parfaites pour l’ouverture de la télécabine! Au bout de trois jours de précipitations ininterrompues, le ciel s’éclaircit et la rumeur voulant que la télécabine ouvre enfin court un peu partout! Nous montons avec empressement jusqu’au milieu de la montagne pour attendre l’ouverture de la partie supérieure de la télécabine. Selon les standards nord-américains, une ouverture de la montagne signifie que vers 8 h 30-9 h 00, les remontées ouvrent. Le standard indien est tout autre et prévoit une ouverture vers midi! La foule de skieurs s’entasse près de la porte de la remontée et l’excitation est à son comble. Lorsque les portes s’ouvrent enfin, c’est le plus grand désordre jamais vu dans une station de ski! Ça pousse, ça crie, ça essaie de se faufiler. Moi qui croyais que les skieurs de chez nous étaient avides de poudreuse, ce n’est rien à comparer avec les différentes nationalités présentes à Gulmarg!
En sortant de la télécabine, comme lors de toute bonne journée de poudreuse, c’est la course. Les premières lignes ont déjà été skiées, mais il reste amplement de place pour faire des virages sans rencontrer une autre trace. L’empressement et l’euphorie de la première remontée semblent s’être légèrement estompés et tous ceux qui sont en ligne arborent leur plus grand sourire et s’échangent les faits glorieux (et moins glorieux) de leur descente. La vétusté de la remontée se fait sentir par sa lenteur. Ce qui signifie aussi que le terrain se fait skier moins rapidement. La petitesse du terrain contrôlé pour les avalanches pousse les skieurs à s’aventurer vers les secteurs qui n’ont pas été contrôlés. On constate alors l’imprudence et l’ignorance de certains skieurs par le peu de précautions que ces derniers prennent à skier —dans un chaos monumental —une zone alpine très dangereuse.
Les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas. Certaines journées ensoleillées nous permettent d’explorer à nouveau les bols et arêtes les plus éloignés, et d’autres, nous sommes forcés de demeurer près de la remontée par crainte d’égarement lorsque les tempêtes frappent. Nous réalisons alors la chance que nous avions les premiers jours : nos skis subissaient de l’usure prématurée, mais au moins, nous pouvions explorer à notre guise tout le terrain disponible sans craindre de déclencher une avalanche.
Durant notre séjour à Gulmarg, nous avons vécu trois cycles complets de tempêtes, d’attente interminable, d’envie et de hâte reliée à l’ouverture de la télécabine et de l’euphorie provoquée par la descente rapide de 1 000 mètres de dénivelé vertical de neige poudreuse vierge. La fin de notre voyage arrive tandis qu’un nouveau système annonce d’importantes chutes de neige. Pour une des rares fois, ce n’est pas un voyage de ski que j’ai l’impression de terminer, mais bien une expérience totale qui va bien au-delà des simples virages dans la poudreuse. Malgré l’omniprésence des forces militaires, je ne me suis jamais senti menacé. Se faire aborder par un militaire ici est loin d’être aussi stressant que de se faire aborder par un shérif américain! Je croyais avoir été dépaysé lorsque j’avais skié le Japon, mais je peux vous assurer que ce n’est rien comparativement à l’expérience indienne. Même si tous les restaurants de Gulmarg offrent le même menu, que la disponibilité de l’eau chaude est variable dans la majorité des hôtels et que les singes se nourrissent dans les vidanges, rien ne peut éclipser la gentillesse des gens, leur sourire honnête et franc, la simplicité locale et l’accueil légendaire des Cachemiris.
GUIDE DE DÉPART
Où :Gulmarg, Cachemire, Inde.
Quand y aller :février (manteau neigeux mince en janvier et soleil très fort en mars).
Coût
Avion :prendre un vol sur Delhi (environ 1 200 $). De là, réserver un vol séparé entre Delhi et Srinagar (environ 200 $). Les compagnies les plus recommandables sont Kingfisher, Air India et Indigo.
Bière locale :Kingfisher (eh oui, la compagnie aérienne est la même que celle qui produit la bière!) : 4 $ pour 600 ml.
T-shirt souvenir :la destination n’est pas encore assez développée pour offrir des t-shirts aux touristes. Les foulards en cachemire sont beaucoup plus populaires et abordables (entre 10 et 120$).
Hébergement :comme l’hébergement est variable, il est idéal de réserver une fois sur place. L’information disponible sur Internet n’est pas très fiable et les prix en ligne sont doublés par rapport au prix chargé localement. En cas d’insécurité, je vous conseille le Pine Palace Hôtel (entre 20 $ et 30 $ incluant déjeuner, eau chaude, chauffage central et Internet sans fil).
Repas : tout est bon. Essayez le déjeuner indien, diabétique s’abstenir! Déjeuners entre 3 $ et 5 $, dîner/souper entre 5 $ et 10 $, thé : 0,10 $ à 0,50 $.
Transport : taxis et taxis partagés sont les meilleurs moyens de se déplacer dans le Cachemire et les touk-toukmotorisés sont une merveille dans les villes. Les coûts sont variables selon les distances; toujours négocier avant d’embarquer.
Billet pour une remontée (1000 m) : 5 $
Le meilleur : l’expérience globale, l’accueil des Cachemiris et le dépaysement total.
Le pire : l’installation électrique du village! Les enfants s’amusaient à lancer des balles de neige sur les fils nus, jusqu’à ce qu’un court-circuit plonge tout le village dans le noir…
Le plus bizarre : voir le responsable d’une remontée mécanique enlever ses bottes et pousser, en chaussettes, sur le câble afin de le remettre sur sa poulie...
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Evans Parent est un skieur-globetrotteur commandité par Outdoor Research, Scarpa, Gregory, Leki, IO-Bio, Darn Though, K2 Skis et la boutique Le Yéti. Vous pouvez suivre ses dernières aventures dans l’Ouest canadien, le Kirghizistan et l’Alaska, sur son blogue au snowchasers.blogspot.com
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