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Crédit: Patrick Poendl

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Destinations

Randonnée sur le Sentier John Muir Trail


Par Chantal Blouin

Difficile de trouver notre chemin dans cette neige. Nous sommes pourtant en juillet… et en Californie! En plus, le sentier n’est pas balisé et nous n’avons pas de GPS. Les deux mètres d’épaisseur cachent l’érosion du terrain qui nous montrerait la voie à suivre. Ça fait deux heures que nous faisons des détours dans la forêt... C’est officiel, nous sommes perdus. Heureusement que c’est sur le plus beau sentier des États-Unis!

Depuis plusieurs années, la John Muir Trail (JMT pour les intimes) est consacrée comme le plus beau sentier américain. Sur plus de 350 kilomètres, ce sentier traverse les parcs nationaux et les régions sauvages de la Sierra Nevada, protégés grâce aux efforts de John Muir lui-même. Cet écrivain américain (1838-1914), qui est considéré comme l’un des premiers naturalistes modernes, avait bien compris l’importance de préserver des espaces où les êtres humains ne feraient que passer. Sommets rocheux spectaculaires, prés alpins débordant de fleurs sauvages, l’insistant parfum des pins tous les après-midis, rivières cristallines, tout y est.

Finalement, en faisant confiance à la boussole et à notre carte, nous retrouvons le sentier. Le soir, au campement, nous sommes rejoints par une randonneuse japonaise qui s’est aussi perdue à deux reprises. Elle a marché durant 12 heures pour couvrir une distance qui aurait dû en prendre six! Elle a rencontré un ours, brisé un bâton de marche et perdu ses crampons. Nous ne sommes pas les seuls à se lancer sur la JMT, malgré la quantité exceptionnelle de neige qui recouvre une bonne partie du sentier. Quelques jours plus tard, nous croisons un groupe de cinéastes professionnels qui transportent chacun 75 livres de matériel vidéo et audio pour réaliser un documentaire. Il y avait aussi le frère et la sœur artistes-peintres qui trainaient leur canevas et tout un attirail pour réaliser leurs œuvres. Pendant presque tout le voyage, nous rencontrons aussi les randonneurs extrêmes qui marchent la totalité des 4 500 kilomètres qui relient le Mexique au Canada, car la JMT se fusionne à la Pacific Crest Trail. Ces barbus souvent maigres aiment bien se moquer gentiment de nous qui ne marchons même pas un dixième de la distance qu’ils couvriront dans leur périple.

Et pourtant, notre trajet du nord vers le sud nous suffit amplement. Notre longue marche, qui a débuté dans le parc de Yosemite, est magnifique : si les premiers cols culminent à un peu plus de 3 000 mètres, le col Forester dans le Kings Canyon National Park atteint 4 009 mètres. Le sentier se termine au sommet du Mount Whitney, la montagne la plus haute des États continentaux (4 421 mètres).

Cette marche californienne durant les mois de juillet et d’août offre un avantage indéniable : il ne pleut presque jamais. C’est idéal pour ceux qui veulent partir sans tente, transporter des sacs à dos légers et admirer les étoiles toute la nuit. Les moustiques sont parfois présents, mais un petit filet sur la tête suffit. Et il est très facile de trouver de l’eau froide à filtrer pour remplir nos bouteilles. Avec la fonte des neiges tardive, nous rencontrons un nombre incalculable de ruisseaux et de rivières. D’ailleurs certains passages à gué sont assez impressionnants, merci! Les bâtons de marche s’avèrent très utiles dans les passages les plus risqués. Bref, tout pour faire une randonnée magique!

Permis

Il faut plusieurs mois de préavis pour préparer cette longue randonnée. Un nombre limité de permis sont délivrés pour les randonneurs. Pour ceux qui veulent faire le chemin du nord vers sud, comme nous l’avons fait, il faut contacter les autorités du Yosemite National Park. Les permis pour le départ de la JMT, à Happy Isles, sont difficiles à obtenir. Deux trucs : partez de Lyell Canyon, dans le secteur nord de Yosemite, 50 kilomètres plus loin ou encore partez d’Happy Isles, mais avec une première nuit sur un autre sentier que la JMT tel que le sentier Illilouette. Ça fait un petit détour de quelques kilomètres, mais c’est beaucoup plus facile d’obtenir ce permis. Pour partir du mont Whitney, il faut contacter le bureau des permis du Inyo National Forest. Ce permis inclut l’accès au sommet du très populaire Mont Whitney.

Ravitaillement

Pour les premiers 150 kilomètres, plusieurs options de ravitaillement sont possibles. Par exemple, à la hauteur de la station de ski Mammoth Lakes, on peut prendre un autobus qui nous amène au village avec ses épiceries, restaurants et hôtels. Le Motel 8 affiche des tarifs spéciaux pour les marcheurs de la JMT, profitez-en! Souvent, il faut plutôt faire du pouce pour se rendre à l’épicerie la plus proche. Pour la seconde moitié du voyage, vous devrez transporter plus de nourriture, car le sentier se faufile dans des aires plus sauvages et plus éloignées des petites villes qui bordent les Sierras. Pour cette section, vous pouvez envoyer une boîte de ravitaillement par courrier plusieurs semaines avant votre départ. Vous pouvez la faire parvenir à un restaurant servant des repas très caloriques pour les affamés de passage, au Vermillion Valley Resort (www.edisonlake.com) ou au Muir Trail Ranch (muirtrailranch.com) qui se trouve à environ deux jours de marche plus au sud. Et n’oubliez pas, dans les hautes Sierras, il faut transporter toute votre bouffe dans un contenant anti-ours, c’est obligatoire!

À LIRE

> John Muir Trail : The essential guide to hiking America’s most famous trail
Inclut beaucoup d’informations sur la géologie et les écosystèmes que l’on traverse chaque jour. (Par Elizabeth Wenk avec Kathy Morey, Wilderness Press, 4e édition, 2007.)

> The John Muir Trail : Through the Californian Sierra Nevada
Écrit par un Britannique, cet ouvrage décrit le sentier dans une direction seulement (du nord au sud). (Par Alan Castle, Cicerone, 2006.)