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Équateur

Équateur : L'Eldorado du plein air


Par Frédérique Sauvée

Plus petit des pays d'Amérique du Sud, l'Équateur constitue une mosaïque contrastée de terres propices à l'aventure. En quête de l'or vert de la jungle amazonienne, de l'or bleu de la côte du Pacifique ou de l'or blanc des sommets andins, les conquistadors d'un nouveau genre partent à l'assaut de cette terre promise du plein air.

Sierra : au pays des géants de lave
Cotopaxi, Chimborazo, Tungurahua : ces noms évoquent pour les Équatoriens un caractère aussi sacré que représentait celui des dieux pour le peuple inca. Mais ces volcans, les plus hauts du pays (et pour quelques-uns, les plus actifs du monde) sont aussi craints que la colère divine. Si la dernière éruption du Cotopaxi remonte à 1877, celle du Tungurahua, au pied duquel se trouve la ville touristique de Baños, est continuelle depuis 15 ans et s'est bruyamment fait remarquer en 2010 lors d’une grande explosion de lave entrainant l'évacuation de la population locale. Paradoxalement, l'Avenida de los Volcanes, route le long de laquelle se trouve la majorité des volcans du pays, attire à longueur d'année une foule de voyageurs séduits autant par les phénomènes sismiques que par ce panorama montagneux et verdoyant d'une beauté surnaturelle. De Quito, la capitale du pays, à la ville de Riobamba au pied du Chimborazo, cette Allée des Volcans s'étale sur 325 km et longe le parc national du Cotopaxi. C'est précisément depuis cette terre lunaire à l'altitude vertigineuse (entre 3 000 et 5 600 mètres) que commencent diverses aventures dépaysantes.

Crédit: Ammit Jack, Shutterstock

Pendant que des groupes partent en expédition pour grimper sur le dos enneigé du volcan, d'autres descendent ses flancs sablonneux en vélo. Tous imaginent (ou craignent) assister en direct à une éruption du volcan, comme l'a vécu Edward Whymper en 1880 lors de son ascension du sommet. De nombreuses compagnies, locales ou internationales, proposent d’escalader le Cotopaxi. Bien que la complexité du trek d'approche (5 à 7 heures) ne présente pas de grandes difficultés techniques, sa très haute altitude (sommet à 5 897 mètres) demande une bonne acclimatation lors de treks aux alentours ou avec une nuit au refuge d’altitude. À partir de 4 900 mètres, le sable volcanique se couvre de neiges éternelles, une glace millénaire longtemps considérée comme de l’or blanc par les Équatoriens qui descendaient des blocs entiers à dos de mulet pour les vendre à prix fort aux marchés des villages. Depuis le sommet, le panorama est tout aussi précieux et dévoile l'immensité de cette terre de volcans. Géant parmi les géants, le Cotopaxi, le plus haut volcan actif au monde, porte bien son nom de « cou de la lune » dans la langue locale, puisqu’il semble mener depuis la crête de son cratère si près de l'astre lunaire.
 
Pour les amateurs de descente en vélo, une expérience sensationnelle est offerte sur les sentiers du volcan. Mais attention : cette aventure est fugace et dure quelques minutes à peine! Depuis la selle d’un vélo de montagne, les accros de vitesse dévalent à toute allure la route sablonneuse. L'altitude chute de 1 500 mètres en quelques coups de pédales. Le sentier quitte ensuite la route principale du parc pour se perdre dans une plaine désertique entourée de collines verdoyantes. Il faut slalomer entre les énormes rochers crachés il y a plus de 125 ans par le volcan pour arriver à des vestiges incas, un site de rêve pour reprendre son souffle. Au loin court une horde de chevaux sauvages qui semble sortir tout droit de notre imaginaire. Les étalons sont pourtant bien réels et prennent peur lorsque les étranges montures en métal filent à leurs côtés. L’accompagnement d’un guide est vivement conseillé pour entreprendre cette sortie : le territoire infiniment vaste du parc national du Cotopaxi peut parfois faire perdre complètement le sens de l’orientation.
 
De retour sur l’Allée des Volcans, toujours en direction du sud, une autre route panoramique oblique vers l’est du pays à partir de la ville d’Ambato en direction de la jungle. Cette Allée des Cascades traverse un environnement aquatique et nous conduit à travers une vallée encaissée ponctuée de dizaines de chutes d’eau. Un territoire exceptionnel pour les amateurs de sports d’eau vive, particulièrement de canyoning, mais aussi d’activités aériennes comme le saut à l’élastique ou le parapente au-dessus de canyon. Un circuit sportif qui aboutit à la ville de Puyo, porte d’entrée de la jungle amazonienne.

Jungle : un trésor de verdure
Sur un seul hectare de jungle amazonienne équatorienne, la biodiversité serait aussi importante que dans toute l’Amérique du Nord! Outre les perroquets, toucans, caïmans, serpents et jaguars qui font la renommée de la forêt, la diversité végétale est tout aussi luxuriante. Omniprésente et parfois encore impénétrable, la jungle encadre des rivières qui coulent directement de l’Amazone. C’est le cas du Rio Napo qui traverse le Pérou avant de continuer sa route en Équateur. Les populations indigènes en ont fait leur principale voie de navigation et la sillonnent à bord de longues pirogues colorées. Après les conquistadors du 18e siècle, ce sont désormais des « explorateurs » à bord de kayaks ou de raftings pneumatiques qui déjouent les méandres de la rivière. Depuis son affluent le Rio Jatunyacu, qui signifie « grandes eaux » en langue quechua, les embarcations filent au rythme des coups de pagaies sur des rapides de classes 3 et 4. Combinaison parfaite de vagues puissantes, de passages plus calmes et de points de vue saisissants sur la jungle équatorienne, cette descente en eau vive est une expérience mémorable d’une incursion en Amazonie. Certains circuits – pendant plusieurs jours – permettent d’ajouter une dimension culturelle à l’aventure grâce à la rencontre des populations locales. Les guides indigènes entrainent leurs clients dans leur propre communauté pour leur faire découvrir l’art de la poterie, les danses traditionnelles ou encore la chasse à la sarbacane. Mais un rite bien particulier est également proposé aux néophytes de la jungle : la dégustation de mets locaux des plus… étranges! Les petits cochons d’Inde qui fourmillent sur le sol des habitations rudimentaires sont la principale source de protéines de leurs propriétaires. Rôtis à point, ils sont si juteux et gouteux que les Équatoriens en raffolent. Une autre grande source de vitamines est cuite sur le feu : le ver de palmier! Le choncaturo n’est pas aussi mauvais qu’il en a l’air et se déguste traditionnellement en apéritif. Il a bien entendu le gout de cœur de palmier, son unique source de nourriture. Une épreuve amusante pour distinguer les poules mouillées des vrais aventuriers!
 
Pour la nuit, quoi de mieux que de s’endormir dans un hamac aux sons de la forêt bourdonnante de vie. Depuis les bungalows du luxueux Cotococha Lodge, sur les rives du Rio Napo, c’est un concert de grillons et d’autres insectes auquel on assiste à travers les moustiquaires.

Côte et Galápagos : paradis terrestres de la biodiversité
Alors que dans la cordillère des Andes, les températures frôlent 0° Celsius et que dans la jungle, l’humidité monte à 100 % près de six mois par année, la côte de l’Équateur, à l’ouest du pays, réserve un climat idéal jamais trop chaud, ni trop froid. C’est le paradis des surfeurs et des plongeurs qui se régalent des courants de l’océan, particulièrement puissants et riches en biodiversité. La Costa forme une longue bande de terre de 300 kilomètres, basse en altitude et fertile pour la culture des produits tropicaux. La banane est d’ailleurs devenue le fleuron de l’exportation et de l’économie équatoriennes. La région, pas encore trop touristique, déploie de longues plages de sable autant que de vastes forêts de mangroves, dont certaines abritent des arbres d’une centaine d’années hauts de plus de 55 mètres. Plusieurs réserves écologiques protègent ce territoire unique et fragile. Les oiseaux et les singes hurleurs y sont les rois des animaux tandis que les fougères et les orchidées dominent la population végétale.
 
À mi-chemin entre le nord et le sud du pays se trouve la Mecque du surf en Équateur : Playa Montañita. Son nom vient de sa position géographique : une crique bordée de collines qui plongent au fond de la mer. De février à juillet, les plus hautes vagues (jusqu’à 6 mètres de hauteur) frappent la côte de ce village pittoresque aux maisons en bois colorées. L’ambiance y est bohème et la fête a lieu tous les soirs dans des auberges pleines à craquer de voyageurs et de surfeurs. Les eaux qui bordent les plages d’Équateur sont également excellentes pour la pratique du kitesurf et de la planche à voile.
 
Enfin, pour ceux qui veulent observer l’une des biodiversités terrestres et sous-marines les plus riches de la planète, ils doivent s’envoler vers l’archipel des Galápagos. Sur les pas de Charles Darwin qui y rédigea sa théorie sur l’évolution des espèces à la fin du 19e siècle, l’exploration des iles Galápagos est une aventure onéreuse, mais qui vaut largement le cout. Situé à quelque 1 000 km de la côte ouest de l'Équateur, l’archipel est un véritable sanctuaire naturel, oublié du temps, qui abrite plus de 400 espèces endémiques, tant terrestres que sous-marines. Si les tortues géantes, otaries et iguanes marins se dorent toute l’année au soleil sur les plages et les rochers des 80 iles volcaniques, sous l’eau, c’est le paradis des poissons… et des plongeurs! Situé à la rencontre du contre-courant équatorial et du courant de Humboldt, l'archipel est baigné d'eaux très riches en nourritures diverses. Baleines, dauphins, lions de mer, requins gris des Galápagos, requins marteaux, requins-baleines et poissons-anges se donnent rendez-vous pour un ballet aquatique dans les eaux de ce parc national classé patrimoine mondial par l'UNESCO. L’hiver est une saison idéale pour plonger : de décembre à mai, les vents sont moins forts et les eaux, plus chaudes.
 
Voici sûrement l’une des plus belles manières de terminer le tour de ce petit pays des merveilles. Un éden qui abrite une richesse végétale et animale bien plus précieuse de nos jours que l’or ou le pétrole de son sol. Un Eldorado de nature qu’il faut continuer de protéger et d’honorer en explorant avec respect ses sentiers, ses sommets, ses rivières et ses fonds sous-marins.

INFOS PRATIQUES
Sports : on peut pratiquer à peu près tous les sports de plein air en Équateur, hormis le ski! Les compagnies locales sont nombreuses et encadrent les touristes de manière sécuritaire.

Santé : il est recommandé de se faire vacciner contre la fièvre jaune ainsi que l’hépatite A et B avant de voyager en Équateur. Des médicaments contre le mal aigu des montagnes (pour des séjours dans la Sierra) et contre la malaria (pour des séjours dans la jungle) sont aussi vivement conseillés. Apporter également une moustiquaire et un bon antimoustique (jungle).

Climat : tropical avec seulement deux saisons : sèche et fraiche de juin à septembre, pluvieuse et chaude de décembre à mai. Microclimats suivant les quatre régions (Sierra, Costa, Jungle et iles Galápagos).

Monnaie : dollar américain. Il arrive que la monnaie soit rendue en pièces et billets équatoriens, inutilisables aux États-Unis. Penser à faire l’échange avant de quitter le pays.

Transport : vols réguliers avec escale aux États-Unis en direction de Quito ou de Guayaquil (compter une quinzaine d’heures de transport total). Vols pour les iles Galápagos au départ de Guayaquil.

Sécurité : l’Équateur est l’un des pays les plus sûrs d’Amérique latine. Faire toutefois attention sur la route en raison de la conduite risquée des chauffards équatoriens!