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Crédit : Steve Shannon photography

Mélanie Bernier : la sensation de l’ascension

Dans la pratique d’un sport très prisé des Européens, une Québécoise sort du lot. Membre de l’équipe nationale canadienne de ski alpinisme, mais aussi architecte bien établie à Revelstoke, en Colombie-Britannique, Mélanie Bernier a fait de la montagne son église et du ski, sa religion.

Comment décrirais-tu le ski alpinisme?

C’est une course d’aventure dans les montagnes, individuelle ou en équipe, sur un parcours tracé. On gravit la montagne avec des peaux d’ascension sous ses skis, puis on la descend après avoir retiré les peaux. Il y a aussi des portages, pour lesquels on enlève ses skis et on court vers le sommet. Le ski alpinisme, c’est un marathon en montagne, skis aux pieds!

Qu’est-ce qui te plaît dans ce sport?

J’aime être en montagne. Je m’y sens tellement bien! J’y trouve la paix et le calme. C’est mon église, ma méditation personnelle. C’est ce dont j’ai besoin pour être heureuse. Les compétitions sont aussi des moments très forts, très intenses, surtout lorsqu’on est en équipe. Le fait d’être avec un coéquipier me permet d’apprécier encore plus les sommets, car la course est plus longue. 

Crédit : Aaron Orlando

Il y a donc plusieurs types d’épreuves?

L’épreuve individuelle dure entre 1 h 30 et 2 h, sur environ 1 500 m de dénivelé positif. L’épreuve par équipe est plus longue, avec 2 000 à 2 500 mètres à franchir en 3 à 4 h. Une nouvelle discipline est aussi apparue il y a cinq ans : le sprint, qui regroupe tous les aspects du sport – montée, descente, transitions, portage – en un même circuit de 4 à 5 minutes. Enfin, le kilomètre vertical ne compte qu’une montée, que l’on doit compléter le plus rapidement possible.

Quelle est l’épreuve où tu excelles?

J’ai fait quelques belles performances en individuel, avec des Top 5 mondiaux, mais c’est au sprint où je réussis le mieux. Il y a une première manche de qualifications, où les dix premières arrivées chez les femmes et les 24 premiers chez les hommes sont retenus. La deuxième étape repose sur un système éliminatoire, avec des départs de six skieurs, ce qui est très excitant : tout peut arriver! Dès le début, tu sais si tu es dans la course ou non. 

Comment en es-tu venue au ski alpinisme?

J’ai commencé à faire du ski de fond vers l’âge de trois ans : il y avait un sentier en face de la maison, à Sainte-Brigitte-de-Laval, d’où je suis originaire. À sept ans, ce fut le ski alpin. Puis, après avoir suivi tous les cours, je me suis lancée dans le ski de bosses. Une fois terminées mes études en architecture, je suis venue m’établir dans l’Ouest canadien, à Whistler, pour répondre à l’appel des montagnes. C’est là que j’ai découvert le ski backcountry. Et comme j’aimais la compétition et le ski de randonnée, on m’a donc suggéré de participer à des courses de ski alpinisme, d’abord au Canada, puis dans le monde.

Crédit : courtoisie Mélanie Bernier

Quelles qualités physiques et mentales cette activité demande-t-elle?

C’est un sport complet… et complexe. L’athlète doit être endurant, capable de faire des transitions rapides. Comme dans un triathlon, on peut perdre beaucoup de temps si on tarde à enlever ou à mettre ses peaux d’ascension : il faut donc bien maîtriser les aspects techniques de l’activité. Il faut aussi être fort en descente : les skis que l’on utilise sont fins, pas très stables et mal adaptés à la grosse poudreuse. Enfin, quand tu es fort, tu peux te reposer tout en gagnant du temps en descente : c’est souvent là où la compétition se joue.

Quel type d’entraînement suis-tu?

Je suis avant tout une skieuse. Je ne peux pas m’en passer, même dans mes périodes d’entraînement. Je vais à la salle de sport pour me constituer une base, tandis que le vélo de montagne et la course à pied m’aident beaucoup en été. Mais en hiver, l’entraînement consiste principalement en des intervalles sur les pistes de ski. Sur la neige damée, je monte le plus vite possible pour faire des intervalles et travailler les transitions. Je peux ainsi pratiquer tous les éléments du sport à la fois.

Crédit : courtoisie Mélanie Bernier

Comment arrives-tu à mener de front ta vie professionnelle et sportive?

Il faut de la discipline. C’est à la fois mon amie et mon ennemie, mais habituellement, je suis disciplinée, même si c’est parfois difficile de respecter les horaires. J’essaie d’évaluer mes engagements au travail, pour une année. Je suis très occupée à l’automne et au printemps, alors que l’entraînement de ski, c’est 11 mois sur 12. Le ski fait partie de mon mode de vie, même si l’entraînement est quelquefois abrégé  quand j’ai beaucoup de travail. En moyenne, cela représente 17 à 20 heures par semaine. 

Que peut-on te souhaiter pour la suite de ta carrière?

J’ai déjà atteint mon but : me faire plaisir en montant sur le podium ou en me classant parmi les cinq premières, ce que j’ai fait plusieurs fois. Maintenant, j’ai le goût de partager mes connaissances avec d’autres filles qui veulent pratiquer ce sport. Je veux les inspirer, les inciter à sortir et à aller en montagne. J’ai aussi envie de faire moins de compétition, mais de profiter toujours autant de la neige. Je voudrais aussi faire davantage de course à pied en trail. Toujours autour ou sur la montagne! 



The Commitment Series Ep. 4 - Mel Bernier: Fulfilment from Rab on Vimeo.


Questions pour une championne

La plus belle place pour skier?
Revelstoke et Rogers Pass, ma cour arrière. C’est facile d’accès, loin des foules, avec de la très bonne poudreuse.

Le plus bel endroit pour vivre près des montagnes?
Les Alpes, notamment le village d’Arêches-Beaufort, en Savoie. C’est ma vallée préférée, là où se déroule chaque année la Pierra Menta, une célèbre course de ski alpinisme.

La plus belle montagne que tu as gravie? 
J’en ai plusieurs en tête : l’emblématique mont Blanc ; le plus haut sommet d’Islande dont j’ai oublié le nom [NDLR : Hvannadalshnúkur!]… Tout comme une montagne en Autriche, près de Sölden!

L’accessoire de plein air qui ne te quitte jamais?
Mon foam roller, un tube en mousse pour les étirements et le renforcement musculaire. Un véritable instrument de torture!

Ton expression de plein air préféré? 
« That’s awesome! » Je le dis tout le temps, car une journée en montagne, ça n’a pas de prix.

Crédit : courtoisie Mélanie Bernier

Une personne qui t’a inspirée?
Le skieur Jean-Luc Brassard, mon idole quand je faisais du ski de bosses. Je l’ai rencontré à Revelstoke. C’est quelqu’un de très sympathique!

Une personne que tu aimerais emmener en montagne?
Mes parents. Je leur montre des photos, mais je voudrais leur faire vivre ce que c’est le ski en montagne. Peut-être un jour en héliski…

Une personne que tu aimerais rencontrer?
Le dalaï-lama.

Un livre que tu recommandes?
La Mort suspendue (Touching the Void), en version originale anglaise, de Joe Simpson.

Un pays que tu aimerais visiter?
L’Inde… et le Japon pour y faire du ski

Crédit : courtoisie Mélanie Bernier

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