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Yves Tessier, le mort-vivant de la TDLG

Il s’est attaqué au célèbre K2 himalayen, a traversé les Pyrénées à vélo et les Laurentides sur des skis de fond… L’ex-cardiologue et aventurier Yves Tessier aura bien vécu. Condamné par la maladie, cette figure de la Traversée de la Gaspésie refuse de s’apitoyer sur son sort, préférant jouir jusqu’au bout de ses dernières provisions.

« Excuse-moi, c’est pas une toux de fumeur, c’est une toux de cancer du poumon. » Ça a commencé comme ça, ma première rencontre avec Yves Tessier, en février 2016, lors la Traversée de la Gaspésie, la TDLG pour les intimes. J’avais eu vent de la maladie qui lui vidait ses batteries Très vite au cours de la discussion, j’ai mesuré son appétit de vivre malgré le diagnostic, le bouclier fendu mais le glaive encore en main. Je n’étais pas le premier à écouter cet ancien cardiologue épris de défis me livrer quelques pans d’une existence de course vers l’aventure à bride abattue. 

Ce printemps, quand je l’ai appelé chez lui à Québec, les nouvelles n’étaient pas bonnes et la toux rôdait encore dans les parages. « Mon état s’est détérioré, je suis en traitement palliatif, je me sens comme un ours polaire sans sa banquise. » Cette nouvelle épreuve n’avait entamé ni son moral ni sa sérénité. « J’ai toujours le goût de vivre, j’essaie d’en profiter le plus possible. Je ne sais pas ce qui se passera après, mais de ce côté-ci, je mesure la chance que j’ai de vivre au Québec. »

Une grosse cure de câlins

Mascotte de la TDLG, qui l’a rebaptisé « le mort-vivant » — ce qui fait bien rire l’intéressé, lui aussi enclin à se jouer de la Grande Faucheuse —, Yves Tessier est aussi devenu le symbole d’une famille qui se serre les coudes, rapièce le costume de l’ego et tire profit du présent. 

Lors des trois dernières éditions de cette aventure humaine portant l’empreinte de Claudine Roy, autre personnage singulier, il a eu droit à de grosses doses de bonheur, des radiations humaines qui lui ont inspiré ce joli néologisme : « tsunamour ».

L’affection accumulée a été d’un grand secours lorsqu’il a fallu affronter les « tempêtes de chimio », comme il dit, en particulier durant ce terrible mois de décembre 2015 qui a marqué son esprit au fer rouge et donné tout son sens au mot résilience. « En même temps qu’on m’annonçait que la tumeur progressait et qu’on arrêtait les traitements, ma conjointe décédait. J’ai eu ben de la misère. »

À l’assaut du K2

Malgré la maladie et la fatigue, Yves Tessier continue comme il peut de cultiver son jardin des petits plaisirs avec, dans le regard, cette lumière des gens qui ont bien vécu. 

© Courtoisie Yves Tessier

Homme de plein air ne refusant jamais une invitation de la nature, ce personnage débonnaire a cumulé les expéditions en montagne et les randonnées en ski, notamment dans l’Arctique canadien. Le septuagénaire aura emmagasiné quelques expériences indélébiles, comme lorsqu’il a tenté de gravir avec d’autres le mythique K2. « Un des faits marquants de ma vie », confie-t-il en se remémorant comme si c’était hier cette première tentative hivernale à la fin des années 80.

« Rien que l’organisation, c’était déjà un exploit! » ajoute-t-il avec un air amusé. L’expédition himalayenne avait de quoi frapper les esprits : « Pas moins de 21 grimpeurs, 14 tonnes de matériel et 600 porteurs. On a fait 20 tentatives pour parvenir au sommet, sans succès. » Ils frôleront tout de même les 8000 mètres, à moins d’un kilomètre du crâne de ce géant réputé plus difficile et meurtrier que le mythique Everest, un parcours qui demeure à ce jour invaincu durant cette saison.

Les Pyrénées à vélo

Dans son armoire débordante de souvenirs, Yves Tessier déplie aussi cette traversée des Pyrénées à vélo, avec des copains, toujours durant les années disco. « De Bayonne à Perpignan », avec l’ascension du col du Tourmalet, légende parmi d’autres du Tour de France, en guise de point d’orgue. « Je revois les Français qui nous disaient qu’on n’y arriverait jamais avec nos vélos lourds et nos sacoches. Je crois que ça nous a motivés! » 

© Courtoisie Yves Tessier

Il y a aussi la Traversée des Laurentides (ancêtre de la TDLG), qu’il relate avec modestie malgré l’ampleur du défi. C’était en 1984, en compagnie d’autres fondus de ski de fond, dont Claudine Roy, qui a pratiqué ce sport à haut niveau et ne se lasse pas de raconter l’expédition hors norme qui a scellé leur rencontre. « Nous sommes partis de Gaspé pour rejoindre Hull, soit 2000 km dans les mollets en 35 jours. »

Depuis qu’elle a appris qu’il était atteint d’un cancer, la Gaspésienne veille à distance sur ce complice « généreux et fidèle », dont elle vante l’esprit et le sens de la formule, avec toujours une pensée positive ou un texto en réserve pour le soutenir. Et c’est justement le sens de la formule qui a valu au sursitaire cette dernière confidence : « On parle souvent de l’aide médicale à mourir, mais je peux témoigner qu’il existe aussi l’aide amicale à vivre. »

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