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Kayak avec Mer et Monde © Marc Loiselle

L’écotourisme est-il toujours écolo?

Terme galvaudé s’il en est, l’écotourisme est souvent utilisé à toutes les sauces, même celles qui ne sont pas vertes. Tellement qu’il est parfois ardu de se retrouver sur sa portée réelle, de nos jours. Tour du jardin.

Le concept

Créé par un architecte mexicain dans les années 80, le concept d’écotourisme a, depuis, été défini par la Société internationale d’écotourisme (TIES) comme « une forme de voyage responsable dans des espaces naturels, qui contribue à la préservation de l’environnement et au bien-être des populations locales ».

En 2003, le Bureau de normalisation du Québec (BNQ) a inscrit dans le marbre la définition de l’écotourisme, en reprenant ses trois éléments de base : préservation des espaces naturels, interprétation et pédagogie du milieu naturel, soutien aux communautés locales.

Zéro impact sur l’environnement?

L’écotourisme n’est pas la solution miracle à la dégradation du milieu naturel. Il ne règle pas tous les problèmes, mais il permet de canaliser les impacts humains dans une marge plus réduite.

« L’impact zéro n’existe pas, tranche Alain Adrien Grenier, professeur au Département d’études urbaines et touristiques à l’UQAM. C’est là tout le problème de la notion d’écotourisme.
Elle met dans le même sac divertissement dans la nature, sensibilisation à l’environnement et durabilité du milieu. On détruit une partie de l’environnement, même minime, pour préserver le reste. La durabilité va en contradiction avec l’écologie. » Ainsi, pour protéger plusieurs hectares de forêt des randonneurs aléatoires, on sacrifie un bandeau d’un mètre de largeur de boisés pour aménager un sentier.

Le professeur suggère donc de parler plutôt de tourisme de nature durable. « C’est plus réaliste d’aller vers la durabilité que vers l’écologie. Mais le train de l’écotourisme est parti, il sera difficile de corriger la situation. »

Peu développé au Québec

Camping Mer et Monde © Marc Loiselle

Chez nous, Aventure Écotourisme Québec (AEQ), qui regroupe 118 entreprises en tourisme d’aventure, fait figure d’autorité. Seules onze entreprises ont développé des activités certifiées écotouristiques par l’AEQ (voir la liste en encadré). « La norme écotouristique vise une activité, une expérience, non pas une entreprise, indique Pierre Gaudreault, son président. L’écotourisme reste marginal dans l’industrie. Ce terme a été galvaudé : 90 % de nos membres ne respectent pas les normes. »

Parmi le club des onze figure Mer et Monde Écotours, une entreprise des Bergeronnes spécialisée en guidage en kayak de mer sur le Saint-Laurent. « Les excursions d’observation des baleines sont très encadrées, explique Christine Hersberger, sa directrice générale. Avant d’aller sur le terrain, nous faisons une introduction au milieu marin. Une fois sur l’eau, nous continuons notre mission d’information. Les guides partagent leurs connaissances sur les baleines, les oursins, les bélugas… »

L’entreprise est aussi consciente des règles de bonne conduite à adopter sur l’eau, lors de l’observation des baleines. Car cette activité peut rapidement devenir un prétexte au grand n’importe quoi, comme le rappelle Alain Adrien Grenier : « Au fil du temps, l’écotourisme est devenu synonyme de plein air; c’est une grave erreur! L’exemple des mammifères marins est intéressant. On considère que les observer en kayak plutôt qu’en embarcation motorisée est, en soi, écotouristique, car plus écologique. Pas forcément… Certains kayakistes finissent toujours par vouloir faire de l’équitation avec les baleines! Ils ne résistent pas à l’envie de s’en rapprocher. Ce n’est pas seulement le kayakiste qui fait l’écotourisme. C’est un mode de gestion, un comportement qu’il est parfois nécessaire d’encadrer par des guides. »

Quelles activités?

Canot à la Vallée-Bras-du-Nord © Philippe Jobin

La randonnée pédestre (et la raquette, son pendant hivernal) ainsi que les activités aquatiques, comme le kayak de mer, sont les deux axes forts de l’écotourisme au Québec.

D’autres activités sont d’emblée exclues : le rafting, le kayak d’eau vive, l’hébertisme aérien, la tyrolienne… « Ce sont des produits qui misent principalement sur l’adrénaline plutôt que l’interprétation et l’éducation à l’environnement, analyse Pierre Gaudreault. Ces activités représentent une grande partie de nos entreprises membres. Mais cela ne les empêche pas d’impliquer des comportements écoresponsables. »

Quels apports pour le grand public?

L’idée centrale de l’écotourisme est de réduire au maximum l’empreinte de l’homme sur la nature, avec des activités qui n’excèdent pas la capacité d’accueil du milieu naturel.
Bien installée à la table des acteurs écotouristiques au Québec, la coopérative Vallée Bras-du-Nord est certifiée pour ses activités de randonnée pédestre, de canot et de raquette. « Notre organisation est en croissance, avoue Marie-France Tessier, coordonnatrice de l’expérience client et des communications. Mais on reste dans cette philosophie écotouristique du développement. Ce n’est pas au touriste de prendre le dessus sur l’environnement. » La coopérative a ainsi aménagé ses infrastructures de manière réfléchie et intelligente. Par exemple, une passerelle installée à bonne distance d’une chute d’eau évite de dénaturer visuellement le site.

La coopérative a aussi parfaitement intégré la composante sociale de l’écotourisme, en soutenant activement la communauté locale. Depuis 2003, grâce à un programme de réinsertion sociale, des jeunes avec des problèmes personnels sévères, dont le décrochage scolaire, la délinquance et la dépendance, assurent le développement des sentiers. Un programme en plein air a également été mis en place avec les écoliers de l’école secondaire Louis-Jobin de Saint-Raymond.

Quels gestes à poser individuellement?

L’écotourisme n’est pas seulement l’affaire d’activités encadrées par des entreprises. Chacun peut (et doit) fournir sa part d’efforts, à titre personnel. « Les amoureux de plein air doivent faire leur autocritique et évaluer leur comportement, estime Kim Marineau, biologiste et présidente de Biodiversité Conseil, entreprise de services-conseils scientifiques. Adopter les principes du Sans trace, c’est la base! »

Ne pas nourrir les animaux, ne pas sortir des sentiers, rapporter ses déchets… Quelques-uns des conseils et recommandations du Sans trace (voir l’encadré), dont le maître mot est le respect de l’autre et de l’environnement.

C’est Alain Adrien Grenier qui résume le mieux l’état d’esprit à adopter : « Comportez-vous dans la nature comme dans un musée. » Bref, on ne touche qu’avec les yeux! 

Parc de la rivière des Mille Iles © André Chevrier

Le club des onze et leurs activités écotouristiques accréditées :

Aventureraid — canot et traîneau à chiens.
École internationale d’étude de la terre — nautique (canot et canot-camping), activités hivernales (raquette et ski de fond) et équestres.
Ex Situ Expérience — randonnée pédestre.
Éco-Nature, parc de la Rivière-des-Mille-Îles — nautique : canot, kayak, rabaska et pédalo.
Fjord en Kayak — kayak de mer.
Mer et Monde Écotours — kayak de mer.
Kayak Lévis — kayak de mer.
Matapédia Nature Aventure — plongée en apnée.
Sentier international des Appalaches – Québec — GR®A1 — randonnée pédestre.
Vallée Bras-du-Nord — randonnée pédestre, canot, raquette.
OrganisAction – Le Québec hors circuits! — kayak de mer, croisières d’observation, randonnée pédestre et raquette. 


Les 7 commandements du Sans trace

1. Prévoir et se préparer
2. Installer son campement sur une surface durable
3. Bien gérer ses déchets
4. Laisser intact l’environnement
5. Minimiser l’impact des feux
6. Respecter la vie sauvage
7. Respecter l’autre
sanstrace.ca

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