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Crédit: Guillaume St-Pierre

Les Murailles du Saguenay

C’est le sifflement des rafales s’engouffrant dans l’entonnoir naturel qui borde le lac Emmuraillé qui me prive de sommeil. Une fois dehors, le blizzard empêche de voir plus loin que nos skis plantés dans la neige. Les kilomètres à avaler demain se franchiront dans la neige vierge et les rafales. L’excitation procurée n’aide en rien l’insomnie.

Il est paradoxal que cet éden situé dans l’arrière-pays du Bas-Saguenay se nomme Les Murailles. À travers les quelque soixante et un kilomètres qui sillonnent les trois principaux hameaux jalonnant le fjord, le sentiment d’être enfermé n’est procuré que par l’imposante topographie. La minime affluence en ces contrées assure en revanche des sentiers immaculés, heureusement bien balisés. Le retranchement est souvent total : le territoire est quasi vierge.
 
L’incertitude me gagne lorsque je constate que mon partenaire farte ses skis au départ de cette première étape menant au refuge. Les peaux d’ascension qui habillent mes planches me semblent plus adéquates afin de franchir les treize kilomètres qui nous mèneront au Trottius, repaire dominé par la vertigineuse paroi qui forme la ceinture rocheuse donnant son nom au lac. 
 
Les blasphèmes jaillissant des merisiers derrière moi confirment rapidement qu’il ne faut pas sous-estimer le relief saguenéen. En fait, ce premier segment du sentier n’est pas une mince tâche. Les dénivelés se succèdent et fréquemment, les sections ne sont pas tapées. Les traces de traîneaux à chiens de l’entreprise Plein air de l’Anse qui surgissent à la mi-parcours offrent un agréable répit, en plus de confirmer que nous approchons de l’Anse-Saint-Jean. 
 
La traversée du lac s’accomplit en silence, et seuls les craquements du couvert de glace se répercutant dans les falaises viennent déranger cette méditation. Le spectaculaire refuge tout en billes de bois au bout du plan d’eau nous accueille afin de recharger nos piles en vue de l’approche vers le Mont-Édouard prévue pour le lendemain.
 
Le véhicule laissé la veille au stationnement du domaine skiable anjeannois nous permet de troquer les skis pour des planches à neige afin d’affronter les boisés récemment aménagés. Pas d’efforts cette fois-ci, ce sera la remontée mécanique qui nous hissera au sommet, direction la yourte d’Édouard, même si le sentier y conduit moyennant certains efforts. De là, nous aurons facilement accès au secteur haute-route tout en étant parfaitement reposés pour trouver un endroit où laisser nos traces.
 
Crédit: Guillaume St-Pierre
 
Rarement l’occasion de dormir en pleine montagne, de façon rustique, est si accessible, à un jet de pierre du secteur hors-pistes. Au retour de ces jouissantes mais exténuantes descentes et montées, nous trouverons la force d’aller observer, via les quatre belvédères, le soleil déclinant à travers les contreforts de la région. Le lendemain, quelques pas nous séparent de la piste familiale de la station. Cette facilité est appréciée par nos muscles courbaturés par le secteur non-patrouillé. Quelques virages sur la surface damée permettent de rejoindre l’automobile tout en bas. Nous sommes déjà fébriles pour la suite.
 
Notre dernier arrêt se fera dans le secteur du cabanage, en bordure de la route 170, à Petit-Saguenay. Le fort dénivelé qui mène au camp Cardinal est une fois de plus couvert de 30 centimètres de flocons, personne n’étant passé par là depuis belle lurette. Les imposants massifs réverbèrent nos souffles haletants ainsi que le rythme de nos raquettes. Symbole de la fréquentation minime, il nous faudra pelleter afin de s’engouffrer dans cette nouvelle yourte, dont la coupole vitrée recouverte de neige ne sera dégagée qu’après de nombreuses heures plus tard par la chaleur du poêle à bois.
 
Au réveil, le mercure qui a fortement dégringolé remet en question notre itinéraire vers le lac Cardinal. Même les forts vents n’ont pas raison de notre détermination mais nous constatons rapidement que le tronçon vers le point de vue des Conscrits n’a vraisemblablement pas été emprunté de l’hiver. À certains endroits, les accumulations avoisinent les 60 cm, ce qui rend la progression lente et pénible. Le sommet se vaincra les fermetures-éclair béantes, le givre couvrant abondamment nos barbes : le paysage en vaut assurément tous les efforts. La vallée glaciaire au fond de laquelle repose le bassin est stupéfiante.

Véritable trek isolé en autonomie ou randonnée accessible offrant d’intéressantes options d’activités et d’hébergement, le sentier Les Murailles permet de découvrir une contrée impressionnante et sauvage. Les multiples remparts offrent une expérience à la fois dépaysante et originale, où les contemplatifs pourront se mesurer à de bons défis.

Les nombreux points d’accès (plus de 5, à travers 3 municipalités) permettent de rejoindre le sentier selon les diverses sections qui le façonnent. Leur isolement lui confère une dimension hors-pistes intéressante, qu’il ne faut pas négliger lors de la planification d’un séjour. Il n’est pas rare que des tronçons n’aient jamais été empruntés de la saison hivernale.

Crédit: Guillaume St-Pierre

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