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  • © Mont Sutton

Tyrolienne de Sutton : vol au-dessus d’un nid de couleurs

En août dernier, on inaugurait une tyrolienne double géante, sur l’un des flancs du mont Sutton; Espaces est allé tenter l’expérience. Survol.

– 5, 4, 3, 2, 1… Go!

La voix de l’opérateur de la tyrolienne résonne comme celle du mec qui fait le décompte de la mise à feu d’une fusée, sur une base de lancement. Le parallèle est d’autant plus indiqué que le bruit qui suit, tout juste après, rappelle celui de la tuyère d’une turbine qui est en train de se réchauffer et qui prend de la vitesse, avant le décollage.

–WiiiiiiiiiiiiIIIIIIZZZZ!

Ce bruit, c’est celui des roulettes du chariot qui accélérent sur le câble, à mesure que la gravité fait son œuvre sur le corps du participant en train de glisser, de plus en plus vite, sous le robuste fil de fer.

À cela s’ajoute invariablement le cri dudit participant, en général profondément guttural ou puissamment primal, qui laisse souvent évacuer la pression de l’adrénaline lorsqu’il se jette dans le vide, casqué et maintenu en l’air sans effort grâce au baudrier (communément appelé harnais) qu’il porte à la taille.

–YiiiiiiiiiiiIIIIIEEEAAAAOOOUUUU!

Surtout que les câbles de la tyrolienne double de Sutton sont les plus inclinés au Québec, ce qui permet à quiconque, pour peu qu’il prenne la forme d’un boulet ou qu’il tende les jambes pour favoriser son aérodynamisme, d’atteindre des vitesses de pointe de 100 km/h, par moments.

Que les tyroliens du dimanche, les adeptes de balades pépères et autres âmes sensibles se rassurent : un système d’aimants intégré au chariot permet de ralentir la course de ceux qui atteindraient des vitesses trop extrêmes, à cause de leur poids – et du degré d’inclinaison des câbles, il va sans dire.

« Surtout, ne touchez pas au chariot vous-même, après l’activité : laissez le préposé le ranger lui-même dans votre sac à dos : il sera très chaud! », m’avait-on dit à l’avance. C’était bien tant mieux : trop confiant envers les prévisions de la météo et donc sous-habillé, je grelottais ferme, au sommet de la tour de départ, à 680 m d’altitude. Mais après la descente de 1000 mètres du premier segment de la tyrolienne, le chariot réchauffé par la friction des roulettes a eu l’effet d’une bienfaisante bouillotte dorsale, une fois dans mon sac à dos.

« Allez, avoue papa, t’étais gelé parce que t’as eu des sueurs froides en descendant! », aurait pu me dire Fiston, qui m’accompagnait lors de l’activité. Mais non. Loin d’être terrifiante, la descente est surtout fort exaltante.

Il faut dire que dès le début, on se sent bien pris en charge par un préposé, certes zélé (on aime, dans les circonstances) mais à son affaire et capable de pointes d’humour pour détendre l’atmosphère. « En passant, j’ai des élastiques pour ceux qui ont les cheveux longs : mieux vaut les attacher pour éviter qu’ils se coincent dans les roulettes et que vous vous retrouviez comme moi », de dire l’homme à la calvitie généralisée.


Tour de départ © Mont Sutton

Quelques instants plus tard, Fiston et moi nous retrouvons côte à côte, suspendus à notre câble respectif, en attendant d’être libérés. Puis c’est le départ : Fiston d’abord, moi ensuite. Mon héritier dévale bientôt à vive allure sous son câble, et je le rattrappe bien vite, charge pondérale supérieure oblige. « Heille el’ gros, tu m’dépasseras pas! », semblent me lancer ses yeux tandis que je m’approche de lui. M’en fiche, c’est en bas que se déroule le spectacle, en ce troisième week-end de septembre.

Au début, les câbles s’étirent entre deux rangées d’arbres, comme si on dévalait une pente de ski. Puis ils s’élèvent à 47 mètres au-dessus de la canopée pour recréer un tant soit peu la sensation de voler en hauteur. En contrebas, les folioles des arbres n’ont pas encore atteint leur flamboyante apogée, mais la courtepointe qui en résulte, encore largement piquée de vert, crée un remarquable tapis au-dessus duquel nous planons sans effort, la bouche emplie de vent, les prunelles gonflées d’admiration.

À la station intermédiaire, Maxime le préposé-directeur des opérations de la tyrolienne est très enthousiaste, comme s’il recevait de la visite chez lui. Ça change des employés blasés des tyroliennes du Sud, qui vous regardent à peine d’un câble à l’autre. « Maintenant, il ne vous reste plus qu’une tyrolienne de 400 mètres, mais vous aurez droit à des points de vue entièrement nouveaux sur la montagne, dit-il. Laissez-vous pivoter sur vous-même et profitez du décor! »

Vrai que ça en jette, quand on admire le mont Sutton depuis le pied de la montagne vers le sommet. Mais le clou du spectacle, c’est à n’en point douter, demeure cet emballant  kilomètre aérien que nous venons d’avaler. Le tout, Ô joie, sans avoir à porter de masque.


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Pour en savoir plus

Depuis son inauguration, la popularité de la tyrolienne double de Sutton ne se dément pas, et il y a fort à parier qu’il en sera de même jusqu’à la fin de la saison, le week-end de l’Action de grâce. Les réservations sont donc fortement recommandées, d’autant que l’activité n’est offerte que les fins de semaine.

Celle-ci est à la portée de quiconque possède un bassin (pour maintenir en place le baudrier), une tête (pour enfiler le casque), une paire de bras (pour se tenir aux poignées stabilisatrices) et une masse corporelle de 75 à 240 lbs (34 à 109 kg). Il faut aussi mesurer un minimum de 3’ 11’’ (1,2 m) et être âgé de 10 ans et plus, sans limite : à ce jour, la plus vieille participante accusait 89 ans bien sonnés.

Seul hic, le tarif : 79 $ pour les 16 ans et plus, 68 $ pour les enfants (taxes incluses), ça fait plutôt cher la minute dévalée. Cela dit, la virée en télésiège et l’accès à la montagne pour la journée sont inclus dans le prix.


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