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Parc national Madidi © Madidi Jungle Ecolodges

Dans la jungle amazonienne, côté Bolivie

Après La Paz et Santiago de Okola, en Bolivie, notre collaboratrice se trouve à Rurrenabaque, au cœur de l’Amazonie, pour découvrir un autre trésor du tourisme solidaire. Mais ce paradis terrestre pourrait être anéanti par le développement économique. Explications.

À Rurrenabaque, changement radical : trois heures de vol en avion de poche, et fini la Bolivie montagneuse, l’altitude et la culture andine. Ici, vous entrez dans l’Amazonie par la porte d’en arrière.

À plus de 500 km de La Paz, Rurrenabaque est un quadrilatère de rues animées, d’échoppes chaotiques ou l’on vend tout à l’avenant : boissons gazeuses, lessive et carburant pour canot. Le sourire en prime.

«En 1994, le parc national Madidi a été créé par le gouvernement, me dit Alex Villca Limaco, le co-fondateur du Madidi Jungle Ecolodges, un regroupement de cinq lodges plantés au cœur de la forêt primaire de l’Amazonie bolivienne. Le tourisme attire ici des voyageurs de partout qui veulent vivre une expérience écotouristique hors du commun.» Tout comme son frère associé en affaires, Alex est un Autochtone Uchupiamona de San José, l’une des communautés établies depuis toujours dans le secteur de Rurrenabaque. 

© Madidi Jungle Ecolodges

Une société des nations tissée par le même goût de voyager hors des circuits touristiques. De voyager, et de randonner sur les multiples sentiers qui quadrillent la jungle, comme celui des Biwa (4 km), le sentier du «singe araignée», que l’on observe à la cime des arbres aussitôt que notre guide, Simon, a repéré son cri strident.

Puis, un fracas déchire le fond sonore de la forêt : un troupeau de plusieurs centaines de cochons sauvages (huabu) passe tout près de nous, si près qu’on peut observer leur déplacement anarchique, perturbé par notre présence sur leur terrain de jeu. Simon pointe les traces fraîches de jaguars dans la boue : «Ils sont passés la nuit dernière, un adulte et un petit», dit-il. 

© Madidi Jungle Ecolodges

Si vous n’aimez pas les araignées, passez votre chemin, car elles abondent sur le territoire. Elles et toutes sortes d’insectes qui sortent, la nuit venue, alors qu’on part en exploration à la lampe frontale. Cucarachas et fourmis géantes, termites, criquets vert fluo, salamandres : la forêt habitée de Madidi n’est jamais au repos.

Ne manquent que les dinosaures pour se croire dans une version soft de Jurassic park.

On se croirait revenu à l’âge d’or avant l’intrusion des humains. Pourtant, à l’instar de la forêt amazonienne du Brésil, cet équilibre naturel est aujourd’hui dans la mire de l’exploitation intensive : un projet de deux barrages hydroélectriques, Chapete et Bala, est à l’étude dans les officines gouvernementales d’Evo Morales, l’actuel président bolivien, pour répondre à la demande croissante du Brésil. Les barrages construits et exploités par la Chine concernent des territoires immenses (800 km2 en tout) et les populations autochtones locales (Tacanas, Araonas, Chimanes, Uchupiamonas, entre autres), devraient être poussées à l’expulsion forcée si l’étude de faisabilité aboutit : 3 000 personnes au bas mot.

« Ce projet menace les populations, mais aussi des sites archéologiques vieux de 4 000 ans, explique Alex Villca Limaco. En tout, 4 000 hectares de forêt primaire devraient être inondés, provoquant ainsi une forte production de métane. Et les emplois promis se résument à environ 300, contre 60 000 annoncés sur les tribunes nationales!» Rien qui arrange l’état de la déforestation alarmante de l’Amazonie… 

© Madidi Jungle Ecolodges

Pourtant, à dériver en pneumatique sur le courant de la rivière Tuichi, on a bien du mal à imaginer la disparition d’un lieu si bien préservé du monde – à ce jour. En marchant sur ce territoire, entre les figuiers de 300 ans et les camina, les «arbres qui marchent» plantant leurs racines nouvelles pour trouver la lumière, j’ai autant de mal à visualiser la construction de 700 km de routes d’accès pour l’édification de ce projet annoncé en grande pompe par un gouvernement déjà soupçonné de corruption.

«Comment les 36 nations autochtones de Bolivie vivront encore en adéquation avec Itchi, la Mère Nature?» s’interrogent Alex et tous les guides du Madidi Jungle Ecolodge animés par un profond attachement pour leur territoire. La réponse est peut-être entre les mains de la communauté des voyageurs du globe, pour qui la beauté du monde a encore un sens. 

L’auteure remercie Village monde, le programme Uniterra du CECI, la Fondation Air Canada pour leur aide précieuse à la réalisation de ce reportage.


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