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Crédit : Shutterstock

Accro à l’escalade

Les mots varappe, dièdre et « pof » vous sont inconnus? Vous ne savez pas plus ce qu’est un crux ou un prussik? Il s’agit pourtant de termes incontournables dans le milieu de l’escalade. Souvent perçu — à tort — comme un sport d’élite, l’art de se frotter à une paroi est pourtant une activité accessible et enivrante procurant un dépassement de soi exceptionnel. La preuve en quelques exemples et sites incontournables au Québec.

Sport à démocratiser, la grimpe dispose d’un impressionnant bassin d’adeptes au Québec. Une certaine aura de mystère entoure cependant ce sport, et pour cause. Considéré par ses pratiquants comme une religion, perçu comme inaccessible par beaucoup de profanes, cet univers intrigant nous plonge souvent dans le vide.

Mais les barrières de la perception sont plus faciles à vaincre qu’un vertige. L’effervescence qui plane présentement sur la pratique de cette activité en est l’exemple éloquent. La profusion des possibilités de surpassement physique et mental, de même que la convivialité entre grimpeurs y sont pour beaucoup.

Plus que jamais accessible

La seule prononciation du terme « escalade » mène malencontreusement à diverses appréhensions : dangereux, inaccessible, coûteux… La liste des raisons semble longue pour éviter d’affronter le roc. Et pourtant.

Pas un rond pour s’équiper? Au Québec, plus d’une quinzaine de centres d’escalade intérieure vous offrent tout l’équipement nécessaire, en plus d’être une porte d’entrée à privilégier pour l’initiation. Peu importe la saison (ou la température), chacun y trouvera son compte.

Crédit : Alex Bruno Jacob

À l’extérieur, entre l’ascension en moulinette (avec une corde ancrée au sommet), en sport (en premier de cordée, posant les dégaines sur les protections présentes) et en escalade libre/traditionnelle (l’ouvreur pose les protections sur la paroi), vous croiserez autant de débutants que d’experts, en plus de tisser votre réseau d’éventuels partenaires.

L’ambiance décontractée (« chiller sur le crag », pour les connaisseurs), juxtaposée aux judicieux conseils de chacun, est aussi un aspect méconnu de l’escalade. Dans ce milieu, mieux vaut éviter d’être autodidacte, pour d’évidentes raisons!

Envie de faire de la grimpe sans baudrier, mousquetons ni corde? Le bloc est pour vous. Il serait par contre favorable d’apporter une paire de chaussons, un sac de craie (ou « pof ») et un ami, idéalement propriétaire d’un volumineux matelas, qui permettra d’amortir votre chute.

Ce type d’escalade — qui consiste à gravir des formations rocheuses morcelées au sol — multiplie les adeptes. Ces derniers s’attaquent aux puzzles rocheux, aussi sinon plus épineux que ceux en paroi, sans assurage. Un incontournable pour ceux qui souffrent du plus répandu prétexte pour ne pas grimper : la hauteur.

Alors que plusieurs pensent qu’en période hivernale, les grimpeurs ne fréquentent que les centres, nombreux sont ceux qui dépoussièrent leurs crampons afin de s’attaquer à la glace. Variante du rocher, la pratique de l’ascension sur le frimas est plus que jamais à portée du piolet, avec des organismes comme Grimpe en Ville, qui met en avant le parc des Chutes de Rivière-du-Loup. Conférences, formations avec moniteurs brevetés, compétitions, soirées arrosées : les fervents du « picossage » de givre sont servis.

Dans le même ordre d’idées, le milieu saguenéen, lui aussi très actif, propose chaque hiver une journée de formation à la paroi du cap Saint-François, elle aussi située à un jet de pierre du centre-ville de Chicoutimi.

Une communauté hyperactive

Lorsque David Tardif visionnait des clips d’escalade, l’accent mis sur la performance et la difficulté l’agaçait quelque peu. Son désir était plutôt de montrer la passion de chaque grimpeur, en plus de faire connaître le potentiel des destinations au Québec.

Équipé de son bagage de photographe et de son acolyte Jean-François Girard, il a mis sur pied la websérie L’envers du dévers, dont la mission est de visiter les quatre coins du Québec en proposant un site clé dans chaque épisode.

Sans trop se prendre au sérieux tout en proposant une facture visuelle très professionnelle, la bande a produit six épisodes qui démystifient le monde de l’escalade. « Les gens sont attachés à leur région et veulent faire découvrir leurs sites, explique celui qui séjourne souvent en France, où il retrouve la même camaraderie entre grimpeurs. Je demeure très sollicité par plusieurs d’entre eux pour faire la lumière sur leur terrain de jeu. » Pour sa part, c’est le casse-tête excitant qu’offre l’escalade qui a séduit Hugo Drouin, qui est rapidement devenu accro à ces énigmes originales que constituent les parois à franchir.

En grimpant plusieurs voies mythiques, notamment le cap Trinité (reconnu comme un bijou à affronter avec une solide préparation), Drouin avait constamment en tête ces passionnés devant l’inconnu qui ont ouvert une grande majorité de voies au Québec, dans les années soixante. « Ces pionniers, qui ont littéralement pris d’assaut ces falaises inexplorées, ont réalisé des épopées qui ont tendance à se faire oublier », mentionne le varappeur de Québec.

Celui-ci planche présentement, entre quelques ascensions de ces passages peu grimpés depuis 30 ans, sur un ouvrage ressassant l’histoire de l’escalade au Québec. À paraître en 2017 sous le nom Roche, glace et fleurdelisé, la première anthologie du genre en province fera revivre les moments épiques du sport et propagera, aux dires de l’auteur, l’exaltation contagieuse vécue par ces ouvreurs de voies.

Dans cette même mouvance de diffusion de la fièvre du mousqueton, le site Web escaladequebec.com s’est rapidement hissé comme source d’information incomparable à propos de tout ce qui touche l’escalade : sites, matériel, actualités, etc.

Le travail acharné de Ian Bergeron, qui fut derrière le magazine québécois Grimpe, contribue aussi à dynamiser la sphère des varappeurs et à offrir aux apprentis d’immanquables tuyaux. Il a entre autres produit le court métrage Sens unique, portant sur l’ascension de la voie du même nom dans le parc des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie réalisée par Louis Rousseau et le regretté Yannick Girard. Sensations fortes garanties.

Quelques édens bien cachés de la varappe

L’actuelle griserie qui gagne la grimpe au Québec amène une certaine affluence sur le terrain, mais l’étendue du territoire de même que la multitude de massifs auxquels on peut s’attaquer assure toujours d’enlevantes découvertes.

Certains sites sont tellement peu achalandés qu’il n’est pas rare de devoir combattre la broussaille en approche vers la paroi. La région du Saguenay offre à ce titre un potentiel impressionnant : le massif nommé « Le Paradis », près du village de Petit-Saguenay, rend justice à son appellation.

Aussi, une nouvelle paroi récemment équipée par la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade (FQME), le cap à l’Aigle, assure un point de vue imprenable sur le lac Kénogami, en plus d’offrir un refuge à proximité.

Crédit : Jean Luc Vanacker

D’autres sites méconnus ou carrément pas encore répertoriés valent le détour. En dresser une liste exhaustive s’avère difficile, ce pour quoi les ressources nommées antérieurement sont essentielles. Peu importe l’endroit où vous grimperez, le défi personnel que fournit l’escalade assure immanquablement une découverte à tous les points de vue. Chacun est en mesure de dénicher « sa » voie et de s’y surpasser, selon ses capacités.

Il est très difficile de traduire les sensations que procure la grimpe. À cet égard, le nom des voies données par les ouvreurs donne quelques indices quant au ressenti procuré. Vous comprendrez rapidement, à la suite de votre triomphe sur une de ces « lignes », pourquoi elles ont été baptisées « Hallucinorêve » (Val-David) ou encore « Attache ta tuque » (secteur Monts-et-Merveilles, Chicoutimi)!


10 sites incontournables
Crédit : Alex Bruno Jacob

  1. Le mont King (Val-David)
  2. Falaises de Saint-André (Kamouraska)
  3. Les Palissades (Saint-Siméon)
  4. Les gorges de la rivière Sainte-Anne et le lac Long (Saint-Alban)
  5. Le mont du Dôme et le mont Gros-Bras (parc national des Grands-Jardins)
  6. Le mont Wright et le secteur Stonebleau (Stoneham)
  7. Le Paradis et autres massifs du Bas-Saguenay
  8. Les parois de la rive nord de Chicoutimi
  9. Le Grand Morne (Beauce)
  10. Le pic aux Corbeaux (parc national du Mont-Orford)

Vérifier, pour certains sites, la nécessité de détenir une accréditation journalière de la FQME et s’assurer de respecter la nidification des faucons pèlerins, période où l’escalade est proscrite.


Glossaire de la grimpe

Varappe : Du nom d’un couloir rocheux du Salève (dans les Alpes, en France), ce terme est un synonyme d’escalade. Dans la même famille, on trouve « varappeurs », qui renvoie aux grimpeurs.

« Pof » : Dérivé du terme « peuf », qui signifie en savoyard « poussière ». Il s’agit de poudre de magnésium servant à assécher les mains, favorisant l’adhérence.

Prussik : Nœud autobloquant confectionné sur une cordelette, utilisé notamment en descente en rappel autonome.

Dièdre : Mur constitué de deux pans de roche qui se rejoignent en angle.

Crux : Passage clé d’une voie, la section la plus difficile.


FESTIROC, le grand rendez-vous de l'escalade

Du 16 au 18 septembre 2016, la Fédération québécoise de l'escalade organise la 7e édition de ce festival, qui se déroule cette année au parc régional de la Forêt Ouareau. Au programme : pratique, grimpe ouverte, cliniques, conférences et projection de films thématiques. fqme.qc.ca


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