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Crédit: BackyardProduction, Thinkstock/iStock

La guerre des tiques

Avec 300 000 cas annuels chez nos voisins du sud, la maladie de lyme, transmise par la tique du chevreuil, fait sournoisement son apparition dans les boisés au sud du Saint-Laurent. Pas de panique, vous pouvez déjouer les tiques et éviter l’infection. Voici comment.

Roadtrip à travers l’est des États-Unis où nous commençons par l’Allegany State Park, dans l’État de New York. Une surprise s’invite dans mon voyage : la fièvre. À un point tel que je frissonne toute la nuit. Se joignent aux symptômes une perte d’appétit et la fatigue. Voguant vers l’est, en Pennsylvanie, ce sera un panonceau à l’entrée de la Falls trail au Ricketts Glen State Park qui me mettra la tique à l’oreille : mon mal porte peut-être le nom d’une ville du Connecticut.

Un mal récent?

C’est en 1975 que les habitants de la municipalité de Old Lyme éprouvent des douleurs arthritiques anormales et difficilement identifiables. La maladie est attribuée à la piqûre de la tique Ixodes Scapularis, mieux connue aujourd’hui sous le nom de tique du chevreuil (ou à pattes noires), en raison de sa préférence pour le cerf de Virginie. L’est des États-Unis est une zone touchée par la maladie de Lyme principalement à cause de la très grande présence du cerf, mais c’est aussi par suite de la modification des écosystèmes par l’humain (agriculture, reforestation, proximité des quartiers près des boisés) que la tique trouve un habitat particulièrement adéquat pour sa propagation. Quelque 300 000 cas sont répertoriés chaque année aux États-Unis, ce qui place la borréliose de Lyme dans le top 10 des maladies les plus fréquentes chez nos voisins du Sud. La proximité géographique ainsi que la présence d’une faune similaire ont bien entendu vite propagé la maladie, particulièrement dans le sud-est de l’Ontario et du Québec. Ce sont 707 Canadiens qui ont été reconnus atteints en 2015, et ce chiffre est, de l’aveu des autorités, probablement plus élevé. D’ailleurs, la maladie de Lyme figure maintenant dans le registre des maladies à déclaration obligatoire (MADO) au Québec depuis 2003, au même titre que la rage ou la rougeole.

Une progression fulgurante

Il faut savoir que la tique doit d’abord être infectée par la bactérie Borrelia burgdorferi pour transmettre la maladie. Ce germe cause l’infection connue sous le nom de maladie de Lyme. Selon les données de surveillance établies au Québec, moins de 20 % des tiques seraient porteuses. Si pour l’humain et certains mammifères, le contact avec cette bactérie peut s’avérer tragique, les animaux sauvages ne ressentent souvent aucun inconvénient et ne démontrent pas de symptômes lorsqu’ils sont contaminés.

Bien que la tique adulte se nourrit et s’accouple essentiellement sur le cerf, c’est la souris à pattes blanches qui inquiète les autorités québécoises. C’est sur cette dernière que les larves et les nymphes des tiques acquièrent la dangereuse bactérie. Présent dans le sud de la province, ce rongeur constitue le principal vecteur de transmission. Et le réchauffement climatique contribue à étendre son territoire aux régions plus au nord. Les hivers plus doux favorisent entre autres l’avancée du rongeur et aussi celle de la tique, peu encline aux rigueurs nordiques du climat. Et même si les barrières plus ou moins naturelles (cours d’eau, montagnes, autoroutes) peuvent stopper le lilliputien mammifère, un autre animal menace de prendre le relais. Les oiseaux sont un mode de propagation particulièrement efficace, en raison de leurs nombreux et lointains déplacements. La larve de la tique s’accroche aux volatiles migrateurs et voyage ainsi des zones contaminées vers toutes les régions du Québec, bien qu’il soit peu fréquent de rencontrer des tiques infectées par Borrelia plus au nord.

La guerre des tiques © Agence de la Santé publique du Canada

Au Québec, la région la plus touchée est la Montérégie, et les lieux problématiques se trouvent au sud du fleuve. Le groupe le plus infecté comprend les hommes âgés de 40 à 69 ans tout comme les enfants. Les activités à risques sont celles liées à la forêt.

Des outils de surveillance

Mondher Bouden, chercheur et chargé de cours au Département d’informatique et de génie logiciel de l’Université Laval, travaille à adapter une plate-forme simulant les comportements des populations porteuses impliquées dans la propagation et la transmission du virus du Nil, plate-forme qui pourra aussi être utilisée pour prévoir l’avancée de la maladie de Lyme. L’Institut national de santé publique du Québec a également déployé un plan de surveillance en raison de l’émergence de la maladie. En outre, des données ont été comptabilisées par rapport à la source d’infection des porteurs. Bien que quelques cas d’infection aient été déclarés dans les zones du sud de la Montérégie, la majorité d’entre eux ont eu lieu à l’extérieur de la province. Un des objectifs du programme québécois de surveillance est de cartographier les zones où les tiques sont infectées par la bactérie afin de communiquer le risque à la population et aux spécialistes de la santé. En ce sens, la collaboration entre les personnes infectées et la santé publique est essentielle pour assurer adéquatement l’avancée de la maladie au Québec. 


Trois simples trucs limitent l’exposition avec la tique à pattes noires :

- Mettre les chaussettes par-dessus les pantalons;

- Appliquer un chasse-moustique contenant du DEET sur les vêtements et la peau;

- Demeurer dans un sentier qui est dégagé et balisé. 


La prévention avant tout

La tique du chevreuil préfère les environnements chauds et humides comme les feuilles mortes. Très difficile à identifier et passant souvent inaperçue, la détection d’une piqûre de tique est rarement ressentie. Le délai de contact est primordial : de 24 à 36 heures, les chances sont minimes que la tique infecte son hôte. Après ce sursis, les risques augmentent considérablement. Il est donc fortement conseillé de procéder à l’inspection de la peau et de se doucher tout de suite après une sortie dans des endroits plus risqués. Pour minimiser les zones de contact, il est recommandé de porter des vêtements longs, de préférence de couleur claire où l’on voit facilement les tiques qui s’accrochent.

Que faire lors d’une morsure?

Si une tique est accrochée sur votre peau, il ne faut pas paniquer et la frapper. Cette action pourrait faire éclater l’insecte et causer une infection plus rapide. La tique accroche son appareil buccal dans la peau et ce dernier doit être entièrement retiré pour éviter toute infection. La piqûre d’une tique peut laisser une éruption cutanée circulaire composée de cercles concentriques, comme une cible (bull’s eye), mais ce n’est pas toujours le cas. La rougeur peut aussi prendre diverses formes et même avoir des couleurs différentes. Les autres symptômes aigus s’apparentent à ceux de la grippe (fièvre, douleurs musculaires et fatigue) et apparaissent généralement dans le mois suivant un contact. Les signes qui permettent de déceler la maladie sont souvent trop communs et peuvent survenir longtemps après l’infection et retardent les diagnostics. L’absence de critères stricts permettant d’identifier une personne infectée demeure problématique.

Le traitement à l’aide d’antibiotiques se montre très efficace mais il doit être entamé rapidement. La vigilance est donc de mise et si des signes s’apparentant à une infection surviennent après une sortie dans une zone à risques, il est nécessaire de consulter un professionnel de la santé afin d’assurer un suivi. La maladie occasionne d’importantes dégradations physiques et parfois cognitives si elle n’est pas traitée. Ainsi, la paralysie, des troubles neurologiques et des problèmes articulaires figurent parmi les manifestations cauchemardesques qui peuvent survenir.

Plus de peur que de mal

Même s’il s’agit d’une pathologie dont il faut grandement se méfier, la prévention et l’action rapide en cas de piqûre favorisent les dénouements heureux. Si les Américains sont maintenant bien au fait de la problématique, les différents acteurs québécois impliqués travaillent d’arrache-pied afin d’étendre la sensibilisation et conséquemment d’informer davantage la population québécoise.

Seulement la moitié des patients ayant reçu un diagnostic de la maladie de Lyme ont pu eux-mêmes constater la piqûre de la tique. Ce ne fut pas mon cas. La maladie de Lyme, dont la progression au Québec est assurée, se doit d’être prise très au sérieux. Les mesures préventives, simples et efficaces, permettent une gestion adéquate de cette pathologie qui mérite qu’on s’y attarde.

Regardez ce documentaire (52 min) très complet sur les tiques et la maladie de lyme :


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Commentaires (3)
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Claudette Piché - 09/01/2016 08:49
Il existe un groupe forum qui informe et soutient les québécois voir AQML qui sont atteints ou qui veulent des informations justes de cette maladie de Lyme et SANS OUBLIER les CO-INFECTIONS souvent jointes avec la borreliose. Combien de faux diagnostics car les tests ne sont pas fiables? Combien de faux traitements? Et cela depuis des dizaines d'années!...Le site canadien de CANLYME a aussi de très bonnes informations!
Claudette Piché - 06/08/2015 05:31
Association québécoise : AQML
Canadienne : CANLYME merci de partager pour se PROTÉGER et si l,On en parle dans les médias ...c'est bien à cause de pression des malades car encore trop nombreux sont les médecins qui ignorent ou nient cette maladie qu'on ne vodraient pas soigner de façon chronique...après + ou _ 4 semaines on a droit à un autre diagnostic. Cette maladie est transmise aussi par une tique qui sont transportées par les oiseaux migrateurs et les mammifères...Qu"on cessent de dire que cette maladie seraient limitée au Sud du Québec..c'est seulement par ignorance, par déni ou encore par manque d'études..Car vous comme moi on ne peut ignorer que ...les outardes (gros exemple) vont jusqu'au Nord du Québec! La maladie de Lyme se nomme aussi le SIDA des gens de la nature...Donc protégeons-nous bien..Ce n'est pas la panique mais de l'information..Pourquoi qu'au Québec serions-nous exempts de maladies etc alors que partout dans le monde les maladies transmises par les animaux sont présentes..
Au Québec cette maladie existe depuis longtemps, ma docteur s'est fait mordre en 20003 à St Donat et a reçu un diagnostic de ménopause...! moi ce fut cellulite ainsi que maladie mentale...car supposément je m'inventais des symptômes..et cela suggéré par un infectiologue!!!
Lyme n'est pas banale!
Claudette Piché - 06/08/2015 05:23
Cette maladie n'est pas banale...On se doit d'être bien informé car trop souvent pour recevoir des soins adéquats nous devons traverser les lignes frontalières pour recevoir les soins de spécialistes. Cette maladie n'est pas nouvelle ...seulment méconnue des instances de la Santé au Québec. Le nombre de malades de lyme ne réflète pas la réalité du fait de la méconnaissance de cette maladie ainsi que du peu de fiabilité des tests utilisés au Canada (même Santé Canada en fait la mention) et seraient la cause de faux résultats donc de diagnostics erronés!... Je vous suggère de visiter les sites web AQML et Canlyme 2 sites créé par des lamies québécois ou canadiens. donc pour conclure que nous n'avons plus la maladie il faut se fier aux tests cliniques tout comme le diagnostic...Et encore on ne mentionne pas les co-infections...et on ose à peine à mentionner les modes de transmission: Les dons de sang , d'organes et de celles souches sont interdits au Québec par les lamies , d'autres modes de transmission à risques: possibilité de contaminer la le foetus via la mère, lors de relations sexuelles...NOn la maladie de Lyme n'est pas banale...!

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