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Biere et yoga © Studio2sim - Shutterstock

Bière yoga, la nouvelle tendance sur les tapis

Le yoga nourrit une sensibilité intérieure; la bière l’engourdit. A priori, marier l’un et l’autre a de quoi étonner. En réalité, cela choque même les puristes de l’art de vivre indien. Découverte de la version québécoise du beer yoga, nouvelle tendance à la mode dans certaines villes d’Occident.

You Gotta Fight for Your Right to Party vient de se calmer dans les haut-parleurs, mais le vrombissement de la foule persiste. En plein Festival mondial de la bière, on imagine mal comment on pourra prendre conscience des sensations dans nos ischions d’ici quelques minutes.

Lima Bourhis, biérologue, et Sara Di Blasio, professeure de yoga, montent sur la scène, tout sourire. Les deux fondatrices de « Savoure ton yoga » tiennent habituellement des séances intimistes dans des microbrasseries et entreprises privées, où l’ambiance est plus propice à l’introspection.

« Aujourd’hui, le contexte n’est pas idéal, me prévient Sara. La bière sert pratiquement d’appât pour motiver les gens à s’initier au yoga avec nous. Mais cela ne nous dérange pas. Même si un mince 5 % des participants fait une découverte positive, nous serons contentes. »

Il ne nous reste plus qu’à faire abstraction de l’agitation tout autour pour nous intérioriser. Le défi ne sera que plus grand. Le défi n’est que plus pertinent.

Le yoga d’abord

Les asanas s’enchaînent, comme dans une séance régulière de hatha-yoga. On est invités à respirer, à prendre notre temps, à nous étirer et à solliciter nos muscles. Pas question d’enfiler des gorgées houblonnées en passant de la position du guerrier à celle du chien renversé, comme en Allemagne et aux États-Unis, sous prétexte que la recherche de plaisir est la voie rapide vers la conscience.

Comme bien des yogis, Lima et Sara considèrent cette adaptation ridicule et dangereuse : « Boire en faisant du yoga, c’est loin d’être zen et c’est carrément contradictoire. Comme l’alcool gèle les sensations, on perd l’écoute de son corps et on risque de se blesser. »

Quelle est alors la place de la bière dans le beer yoga québécois? Après les chèvres, s’agit-il d’une nouvelle approche de marketing yogique?

« Par mon travail dans le milieu de la promotion de la bière, je côtoie souvent des gens qui ne savent pas bien consommer, raconte Lima. Ça m’a amenée à me questionner : pourquoi se rendent-ils aussi loin sans écouter les perceptions de leur corps? »

« Le yoga développe une prise de conscience intérieure qui ne se perd jamais », ajoute la biérologue.

Au-delà d’une consommation responsable rendue possible par une conscience plus présente, les asanas tracent le chemin vers une dégustation soignée de la bière. Son odeur, ses arômes, sa couleur, les sensations en bouche : on s’attarde à tout, sans jugement, comme en yoga.

« Idéalement, on souhaiterait que tout le monde garde cette prise de conscience au quotidien et dans toutes ses façons de consommer : ce qu’on boit, mais aussi ce qu’on mange, et même ce qu’on achète », ajoute Sara.

Démocratiser le yoga

« C’est juste du yoga! » assure notre guide pendant la pratique, après que tous les participants eurent perdu pied dans la position de l’arbre. Sara a fait du yoga son métier et son mode de vie, mais elle conserve cette légèreté communicative qui rend la pratique moins intimidante pour les néophytes.

Dans la salle, il est évident que ces derniers sont d’ailleurs bien nombreux. « Nous attirons les amateurs de bière et les amateurs de yoga. C’est un point de rencontre, dit Lima. Il n’est pas rare qu’on voie des couples venir aux séances, et il est facile de deviner qui est d’abord là pour quoi! »

Les raisons qui motivent l’essai du beer yoga ne plairont peut-être pas aux puristes, mais une fois la pratique enclenchée, tout le monde écoute les directives de Sara, malgré le brouhaha ambiant. On imagine bien qu’après les asanas, tout ce même monde se sent « mieux », peut-être moins raide, moins stressé, moins surchargé.

Une fois la brève méditation terminée, les participants convergent tous vers la dégustation, au lieu de rouler leur tapis et de quitter les lieux, la tête dans les nuages et les pieds bien ancrés.

Lima m’avait avertie que le beer yoga était moins « froid » que le yoga. Dans les deux minutes de marche vers le kiosque, j’en sais davantage sur mon voisin de tapis qu’en trois mois de pratique à mon studio habituel. Prendre soin de soi sans écarter les autres est drôlement rafraîchissant… quasiment plus que la bière!

Dehors, l’été s’affirme enfin. La terrasse est bondée. Les deux bières incluses dans la dégustation goûtent le soleil. Tout est en place pour une fin de journée parfaite. Surtout, après la séance de yoga, je me sens mieux disposée pour le remarquer, puis l’apprécier.

Savoure ton yoga : www.facebook.com/Savoure-ton-yoga

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