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  • Le Massif de Charlevoix © Jean-Sébastien Chartier-Plante

Ski hors-piste : retour aux sources au Massif

Après avoir fréquenté le Massif de Charlevoix à ses débuts, il y a belle lurette, notre rédac’chef est retourné l'explorer en mode hors-piste. Comme dans le bon vieux temps.


Rappel COVID-19

  • Les déplacements interrégionaux sont toujours déconseillés.
  • Un couvre-feu est en vigueur de 20 h à 5 h au Québec (21 h 30 pour les régions en zones orange).
  • Depuis le 8 février, les activités de plein air en petit groupe sont permises, mais limitées à quatre personnes en zones rouges et à huit en zones orange.

J’aurais bien aimé que quelqu’un filme la scène, car elle valait son pesant d’or blanc.

Après plusieurs minutes à découper de belles tranches de neige folle avec les carres acérées de mes skis, j’arrive bientôt devant une masse neigeuse dont le relief m’interpelle. Sur l’écran blanc de ma caboche, je projette déjà le film des événements à venir : moi, exalté, arrivant à toute vitesse et créant une éclatante dispersion de flocons au moment où mes jambes, puis mon corps, entrent en collision avec le monticule neigeux, que je pulvérise. J’en ressors victorieux et couronné de blanc, laissant s’égrener dans mon sillage une belle traînée de poudre tel un Candide Thovex des bois.


© Jean-Sébastien Chartier-Plante

Seulement voilà : le petit congère est tellement épais qu’il ingère, puis digère mes deux skis, dès qu’ils tentent de lui fendre les flancs. Non seulement mes planches aux spatules effilées se font avaler par ce grand blanc, mais voilà qu’elles se fichent dans la masse ferme comme deux flèches dans une pomme. Mes fixations arrière lâchent et libèrent mes talons, et j’exécute un superbe vol plané sans salto arrière inversé avant d’atterrir sur un grand coussin de neige, devant Fiston et son pote, hilares.

Il faut dire qu’il est bien ample et volumineux, ce coussin neigeux, car en ce week-end de mars, le Massif a été gratifié d’un bon 80 cm de cristaux frais en moins de deux jours. L’épaisseur est à son comble dans le secteur du mont à Liguori, où nous nous trouvons, puisqu’il est intact : contrairement au reste de la station, aucune dameuse n’est passée par ici – et aucune n’y passera.

La veille, il nous aura fallu sept heures de route pour rallier le Massif depuis Montréal. Sept heures à rouler à 50 km/h sur une autoroute 40 enfouie sous un dense tapis blanc, à suivre les chasse-neige dans les montées charlevoisiennes, à passer à deux doigts de prendre le décor dans la grande côte, à remonter de peine et de misère le chemin menant au condo. Mais le lendemain, au réveil, un pactole ondoyant de flocons souples s’étalait sous nos prunelles.

Le mont à Liguori © Jean-Sébastien Chartier-Plante

Dès l’ouverture des remontées, Fiston, son pote et moi étions prêts à déflorer la Misaine, explorer l’Archipel et déguster l’Anguille, avant d’ouvrir l’Écoutille, entreprendre la Fénomène et sauter le Mur. Une fois nos gambettes bien réchauffées, nos rotules bien huilées et nos prunelles bien gonflées par l’éblouissant décor environnant, nous étions mûrs pour le mont à Liguori.

Inauguré un peu avant 2010, ce vaste domaine hors-piste est situé dans le secteur est du Massif, entre les pistes damées et la piste de luge. Dans ce secteur non-patrouillé et peu fréquenté, les descentes se suivent et ne se ressemblent pas : la forêt est tissée plus ou moins serrée, la déclivité varie au gré des zones et les repères sont difficiles à retenir. C’est bien tant mieux : l’impression d’inconnu et d’inaltéré plane, du moins un temps, avant que les fanas de glisse hors-piste prenne d’assaut l’un des trois sommets du secteur.


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S’il est possible de les rallier en peaux d’ascension grâce à l’un des trois sentiers totalisant 15 km de grimpette, il est tout aussi envisageable de gagner le secteur depuis le sommet, skis à l’épaule et sueur au râble. Peu importe la piste choisie, le secteur du mont à Liguori boucle la boucle de cette station, qui a d’abord vu le jour, on tend à l’oublier, en mode hors-piste.

Une station née dans la neige folle


© Jean-Sébastien Chartier-Plante

Je me rappelle encore de l’ère des autobus, dans les années 80. À l’époque, le Massif était une montagne vierge et sauvage, sillonnée par quelques pistes tracées sommairement pour permettre à tous les mangeurs de poudre du Québec de s’en mettre plein la bouille.

Aucune remontée mécanique ne grimpait alors sur le dos des pentes, et tous les skieurs devaient emprunter une navette – nom fallacieux décrivant ce qui était un vieil autobus scolaire – pour regagner le sommet. Au mieux, en descendant rapidement, on pouvait s’offrir cinq descentes par jour, pas plus.

Pour ajouter au charme de l’expérience, les sorties s’effectuaient avec un guide afin de ne pas trop s’écarter des pistes battues, ou plutôt de ce qui en tenait lieu, car aucune dameuse n’aplanissait les pentes. Et comme des tombereaux de neige s’entassaient déjà sur les pistes très tôt en saison, le Massif devenait alors un pactole de poudreuse, surtout quand une bordée fraîche venait de tomber du ciel.


© Jean-Sébastien Chartier-Plante

En ces temps-là, le surf des neiges était plancha non grata dans les centres de ski québécois, sauf au Massif. Pour moi et les premiers adeptes québécois qui pratiquions ce sport tout neuf, c’était le nirvana. Non seulement pouvait-on dévaler des pentes bourrées de poudre pendant 45 minutes sans remonter, mais encore cette montagne nous acceptait comme nous étions, à savoir de drôles d’hurluberlus qui se prenaient pour des surfeurs mais qui préféraient les lames de neige aux rouleaux d’écume.

La montagne sur la mer

Aujourd’hui, le Massif est encore fréquenté par toutes sortes d’amants de la glisse qui, malgré leurs différences, ont ceci de particulier : ils arborent tous le même regard éberlué. Qu’ils aient les pieds fixés sur une ou deux planches ou qu’ils passent leur temps à s’agenouiller dans les pentes en y laissant leurs télémarques, tous partagent le même enchantement, celui de se retrouver ici, quelque part entre ciel et mer, en se demandant sans cesse s’ils ne sont pas en train de faire dodeliner leurs skis sur la ouate des nuages.

Car dans l’Est de l’Amérique du Nord, aucun autre centre de ski ne peut se targuer de bénéficier d’un site aussi privilégié. Cette « montagne sur mer », comme on se plaît à l’appeler, se dresse de toute sa superbe devant le fleuve Saint-Laurent, plus majestueux que jamais dans cette bellissime région qu’est Charlevoix. L’endroit est tellement spectaculaire que, parfois, on se demande si la pratique du sport n’est pas superflue, le simple fait de contempler les panoramas étant, en soi, pleinement satisfaisant.


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Et puis, aucun autre domaine skiable n’affiche un aussi fort dénivelé (770 m), à l’Est des Rocheuses. Pas surprenant que si la candidature de Québec avait été retenue pour les Jeux Olympiques de 2002, c’est ici qu’auraient eu lieu les compétitions de ski.

Si on trouve bon nombre de pistes familiales – dont une qui déroule lentement son long tapis blanc sur 3,8 kilomètres – plus de la moitié des 53 pentes sont marquées d'un diamant noir (de calibre très difficile) ou d’un double diamant (conditions extrêmes), comme c'est le cas de la sacro-sainte 42, une véritable perle sinueuse et bosselée à souhait, de la Sous-Bois, discrète mais efficace, et de La Charlevoix, seule piste homologuée « Descente coupe du monde femme » de l’Est du pays.

Mais voilà que le Massif en arrive à une période charnière de son évolution. Près de 20 ans après que le co-fondateur et ex-président du Cirque du Soleil, Daniel Gauthier, s’en soit porté acquéreur, la station inaugurera en 2021 un Club Med, le premier voué au ski en Amérique du Nord.

Certains s’en réjouissent, d’autres en pâtissent, et plusieurs pestent de voir s’élever en un lieu si grandiose une construction si morose qu’on l’a même comparée à un hôpital, tant elle donne des haut-le-cœur à certains.

Au fond, peut-être est-ce parce qu’au Massif, le ski, c’est vraiment malade?


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À savoir


© Jean-Sébastien Chartier-Plante

  • Pour accéder au secteur du mont à Liguori, il faut soit se procurer un billet journalier, soit payer l’accès aux sentiers d’ascension (25 $).
  • On doit aussi faire partie d’un groupe d’au moins trois skieurs/planchistes, sécurité oblige : si quelqu’un se blesse, l’un reste avec le blessé et l’autre part chercher les secours.
  • Il est désormais possible de s’offrir les services d’un guide pour explorer le secteur, et même s’inscrire à un cours d’initiation en ski hors-piste.
  • Une centaine d’unités d’hébergement sont disponibles sur place, dont plusieurs de type ski aux pieds (ski in/ski out). C’est le cas des vastes condos flambants neufs des Caches de la Grande pointe, tout équipés avec cuisine, foyer au gaz, télé, lessiveuse/sécheuse et grands lits ultraconfortables. Ils sont situés à 30 secondes à pied de la remontée B, juste à côté du Chalet de la base. lescaches.ca

Info : lemassif.com


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