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Bikepacking © Shutterstock

Bikepacking : Pédaler hors des pistes battues

Cousin du cyclotourisme, le bikepacking séduit les aventuriers avides de kilomètres sauvages. Sortir des sentiers connus, marier autonomie et minimalisme sur roues, laisser sa trace où peu de cyclistes sont allés : ils sont plusieurs à être sous le charme. Autopsie d’un phénomène en vogue.

À constater le glissement étymologique entre backpacking (randonnée en sac à dos) et bikepacking, on comprend facilement que cette dernière activité vise une longue rando, mais où on troque les bottes pour la monture d’acier ou de carbone. La définition du terme, à la traduction française nébuleuse (voire absente), reste un sujet de discorde dans la communauté cycliste : partir en camping, le vélo équipé de sacoches, est-ce du cyclotourisme ou du bikepacking? Délaisser le bitume, mouliner bien chargé en découvrant un sentier de brousse pour vivre l’inconnu serait en quelque sorte la base de l’activité. Mais il y a plus.

Les principales différences résident d’abord dans l’équipement. Les bikepackers privilégient les sacs (de selle, de cadre, de guidon) plutôt que les traditionnelles sacoches. La principale raison : les vélos de montagne et les fatbikes sont plus facilement maniables avec les sacs, question d’équilibre. Et les bikepackers sont manifestement avides de sentiers inconnus, de routes secondaires défoncées, de chemins de traverse oubliés et autres pistes au relief accidenté.

Certains qualifieront de bikepacking un périple où la nécessité de trimballer un filtre à eau et de la nourriture lyophilisée est de la partie, éloignement oblige. D’autres s’en tiennent à la simple nuit sous les étoiles à laquelle on accède grâce à l’exploration sur deux roues. Mais tous semblent s’entendre davantage sur les ressentis de l’activité que sur l’équipement ou la destination : le bikepacking, c’est la redécouverte de soi.


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La liberté, l’inconnu

Après avoir vécu à Montréal pendant 25 ans, Vital Côté a senti le besoin de combler deux vides qui le tourmentaient perpétuellement : un manque d’activité physique conjugué à un puissant désir de retourner près de la nature.

Avec le bikepacking, ce quinquagénaire natif du Saguenay a fait d’une pierre deux coups. Ses désirs ont été complètement assouvis : « Il s’agit pour moi d’une expérience quasi philosophique, formant un tout. C’est l’aventure à vélo, mais en hors-piste, procurant la solitude, le dépassement de soi, dans un environnement sauvage nécessitant l’équipement et les habiletés propres au séjour en forêt. »

Joint alors qu’il s’entraînait en préparation d’un tour cyclotouristique de la Gaspésie, il confie que ses périples en plein cœur de la ZEC Mars-Moulin ou de la réserve faunique des Laurentides sont uniques : « Il y a une dose d’inconnu en bikepacking, absente lorsqu’on mouline sur le macadam, où la signalisation rend le périple organisé. En plus, on est très loin du rythme effréné du réseau routier : on rencontre plutôt des animaux! »

S’il préfère cartes et boussole plutôt que le GPS, Vital Côté avoue qu’il possède une bonne expérience en nature, de même qu’une dose de témérité qu’il attribue à l’adrénaline fournie par ses expéditions : « Plus tu en fais, plus tu veux en faire! » claironne-t-il, avouant être en meilleure forme physique qu’à 20 ans.

Habitué aux longues distances derrière le volant de son poids lourd, Taavi Rutishauser a délaissé cet été l’autoroute au profit de l’île d’Anticosti. Le fatbike bien chargé, il a parcouru en solo l’île peuplée de chevreuils en quelque 10 jours : « Bien que le vélo fasse partie de ma vie depuis toujours, j’en suis encore à mes balbutiements en bikepacking. Mais l’expérience initiatique que j’ai vécue à Anticosti fut une véritable révélation. »

Les 350 kilomètres qu’il a parcourus, entre gravier, sentiers et plages, lui ont conféré d’inoubliables souvenirs, mais surtout une découverte de sa force mentale : « Ce n’est pas toujours facile, la solitude, l’absence de confort, mais au bout du compte, je ressors grandi du périple », assure celui qui a été messager à vélo dans la métropole québécoise. Il assure, tout comme Vital Côté, que la pierre angulaire de la longue randonnée à vélo est un équilibre entre un équipement adéquat et une préparation efficace.

Minimaliste et hyperéquipé ?

Bikepacking à La Tuque QC © Mathieu St-Jean - Unsplash

Les échanges sont fructueux sur la page Facebook Bikepacking.qc : la plateforme, qui compte plus de 850 membres, est une source quasi incontournable d’information pour les habitués comme pour les néophytes. On y échange les trucs, les destinations prisées, les montures et équipements à privilégier. Un constat semble partagé unanimement : il faut être poids plume, et par le fait même optimiser la fonctionnalité de son équipement.

L’ultraléger est à l’honneur, évidemment : traîner nourriture, réchaud, nécessaire de cuisine, tente, sac de couchage et outils fait inévitablement osciller la balance. C’est aussi pourquoi les sacs semblent plus adaptés que les sacoches : le chargement a un impact non négligeable sur l’équilibre du vélo et conséquemment altère la progression du cycliste. Inutile de mentionner que sur ces terrains accidentés, chaque gramme compte… et quelques onces mal placées se font rapidement sentir.

Quant au vélo, élément essentiel s’il en est un, les écoles de pensée sont multiples. Le vélo de montagne, à simple ou double suspension, est évidemment nécessaire pour affronter les aléas des terrains rencontrés. Le fatbike devient peu à peu la nouvelle coqueluche du bikepacking, par sa très grande polyvalence et ses larges pneus capables d’affronter à peu près n’importe quoi.

Taavi Rutishauser en a fait sa bécane d’expédition; Vital Côté l’utilise principalement en hiver, dans les sentiers de VTT et de motoneige. Il convient de bien connaître les reliefs et terrains de son expédition et de faire un choix conséquent. C’est aussi une question de feeling, selon l’utilisateur, les montures réagissant différemment lorsqu’elles sont chargées.


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Les constats de passionnés

Afin de profiter pleinement de l’aventure unique qu’offre le bikepacking, certains incontournables sont à privilégier, aux dires des fanatiques. Une expérience en forêt de plusieurs jours à vélo comporte inévitablement son lot d’épreuves et de difficultés; c’est pourquoi il ne faut pas être audacieux sur le kilométrage parcouru, aux dires de Côté et Rutishauser. C’est aussi un formidable moyen de profiter pleinement de chaque endroit visité, en gardant à l’esprit que peu de cyclistes y ont accédé.

En ce qui a trait au poids, il faut garder en tête que celui-ci ira en s’allégeant lors du périple. Si possible, il est donc recommandé de construire son itinéraire en conséquence : les sections faciles devraient être franchies avec le vélo lourd, et les plus difficiles avec le vélo le moins chargé. Même si le minimalisme doit primer, une certaine dose de confort équivaut à un bon équilibre mental : les deux férus affirment qu’une tente solo restreint considérablement les commodités… et ils s’entendent pour dire qu’une petite gâterie, de type repas chaud ou dodo en gîte, ça recharge étonnamment les batteries!

Aventure peu orthodoxe, le bikepacking offre une échappée originale en terrain gorgé de défis. Qui eût cru que, loin du tarmac, l’appel de la route serait si puissant?


Équipé pour bikepacker

Bien qu’il ne soit pas nécessaire d’être ultraéquipé pour se lancer, quelques accessoires permettent d’apprécier davantage le bikepacking. Voici trois suggestions, testées sur le terrain.

Sac de cadre Panorama Cycles, 255 g, 250 $

Fabriqué au Québec, ce sac à ouverture roulée offre solidité et imperméabilité, en plus d’être muni de sangles qui permettent d’arrimer un élément supplémentaire à la barre supérieure du cadre. Deux poches distinctes à fond blanc permettent de s’y retrouver rapidement.

Sous-vêtement à chamois DeFeet, 100 g, 59 $

Le traditionnel cuissard peut devenir problématique en bikepacking, surtout en tenue multicouche. Ce sous-vêtement s’enfile aisément, en offrant une bonne ventilation et une résistance adéquate aux odeurs.

Lunettes Alpina S-Way VLM+, 30,5 g, 260 $

Ces verres hydrophobes qui réagissent à la lumière se portent de jour comme de nuit, en offrant une protection oculaire surprenante. Résistants aux égratignures et à la buée, et offrant une polyvalence surprenante, ils sont parfaits en montagne.


Pour aller plus loin

Sur deux roues : blogue épluchant tout ce qui touche au vélo, et beaucoup plus. Habillement, nutrition, routes, tout y est! surdeuxroues.org

Bikepacking.com : référence incontournable de tout ce qui touche le vélo hors-pistes. Conseils, récits et évaluations. En anglais seulement. bikepacking.com

Panorama Cycles : Le fabricant montréalais a entrepris de cartographier les circuits de bikepacking québécois. Des récits inspirants sont disponibles sur panoramacycles.com

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