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  • Crédit: Jason Hamel

Ultimate frisbee

Apparu au début des années 1980, le Ultimate frisbee a révolutionné le sport tel qu’on le connaît : mixte, sans contact et… sans arbitre! Il ne s’agit pas d’un sport facile et reposant pour autant.

La première chose qui impressionne en regardant des joueurs qui s’échauffent en vue d’un match de Ultimate frisbee, c’est de constater avec quelle habileté ils lancent le disque. Un petit coup de poignet vif et le disque s’envole, ensuite il fait un mouvement courbe plus ou moins prononcé selon l’angle du lancer et la force des vents, avant d’être facilement saisi d’une seule main par un autre joueur. L’échange se poursuit ainsi, chacun pratiquant différents types de lancers en vue du match qui se prépare. La précision avec laquelle certains lancent le frisbee est tout simplement déconcertante.

Patrick Huot, un intervenant social et joueur depuis huit ans, profite de ce moment pour m’initier aux principes de base du Ultimate : « C’est un sport qui est composé d’éléments issus de trois autres sports : la vision globale du jeu et l’endurance physique du soccer, les stratégies et l’utilisation du terrain du football, les passes et le pied pivot du basketball. Surtout, c’est un jeu qui demande de jouer de façon intelligente. Sauter haut et courir vite sont des atouts, mais jouer avec finesse peut faire une différence encore plus marquante. »

L’été, le Ultimate frisbee se joue à l’extérieur sur une surface gazonnée. L’équipement du joueur consiste en une paire de chaussures à crampons en plastique de soccer ou de football, ce qui en fait un sport peu dispendieux. Les dimensions du terrain sont identiques à celles d’un terrain de football (64 m de long), mais celui-ci est de moitié moins large (37 m de large), avec deux zones de buts de 18 mètres aux extrémités. Au début du match, chaque équipe doit aligner sept joueurs qui vont se placer sur la ligne de leur zone de but. L’équipe qui débute en défensive attend le signal des joueurs de l’équipe adverse pour procéder à la mise au jeu – qui consiste à envoyer le disque le plus loin possible en direction de l’autre équipe, en prenant soin de ne pas le faire sortir des limites du terrain.

 

Lorsqu’un joueur attrape le disque, il doit s’immobiliser et établir un pied pivot avant de lancer le disque à un coéquipier. Le disque peut être lancé n’importe où, mais il doit être attrapé par un joueur à l’intérieur des limites du terrain. Si le disque se dirige hors de la zone, un joueur peut sauter et tenter de le rediriger avant que son pied ne se pose au sol, ce qui provoque des jeux de voltige impressionnants! Il y a un revirement lorsque l’équipe en offensive échappe le disque ou l’intercepte. L’autre équipe reprend immédiatement le jeu en offensive. Un point est marqué lorsqu’un joueur attrape le disque dans la zone de but de l’équipe adverse. Le match s’arrête alors une minute, le temps de procéder à des changements, et reprend par une mise au jeu par l’équipe qui vient de marquer. Le gagnant est proclamé lorsqu’une des deux équipes atteint un total de 15 points, ou lorsqu’il n’y a plus suffisamment de lumière pour jouer.

Crédit: Philippe McLeanLorsqu’un joueur attrape le disque, un adversaire vient se positionner près de lui et compte dix secondes. Pendant ce temps, les autres joueurs en offensive tentent de se démarquer et de bien se positionner pour recevoir la passe. Ici, tout est une question de mouvement et de vitesse. L’endurance doit être bien développée, car le rythme du jeu est rapide. De plus, à mesure que le talent et l’expérience des joueurs en présence augmentent, la vitesse du jeu s’accroît aussi. Si le disque est toujours dans les mains du lanceur au bout des dix secondes, il y a un revirement et l’autre équipe prend possession du disque.

Le Ultimate est un jeu sans contact et, surtout, sans arbitre. Si un incident survient, les deux joueurs impliqués vont s’entendre sur ce qui doit être fait pour la poursuite du jeu. La règle veut que chaque joueur soit tenu de connaître les règlements du Ultimate. Comme me l’explique Pierre-Yves McSween, comptable agréé et ex-candidat au Parti vert, ce n’est pas aussi compliqué que cela peut le paraître : « C’est certain que parfois les esprits s’échauffent, mais c’est très souvent le fair-play qui va l’emporter sur tout le reste. C’est un sport de participation, pas de compétition. »

Sur les sept joueurs qui se retrouvent sur le terrain, trois doivent, de façon obligatoire, être des filles. Si une fille peut prendre la place d’un garçon, l’inverse n’est pas permis. Selon Sonia Scalise, scientifique en produits alimentaires, il s’agit là d’un des grands avantages de ce sport : « Le fait que ce soit un sport mixte vient équilibrer les différentes forces en présence. D'un côté, les filles viennent calmer l’ardeur des garçons, tandis que les garçons, à cause de leur style de jeu plus agressif, incitent les filles à se dépasser et à jouer de façon plus intense. »

Gabriel St-Jean-Timmins, étudiant en sociologie, renchérit en affirmant que la présence des filles apporte une certaine stabilité : « Les filles forcent les garçons à jouer de façon plus intelligente et surtout, elles empêchent les concours de testostérone que les garçons seraient tentés de faire ». Il est interrompu dans ses explications par un propos amical lancé par un joueur de l’équipe adverse qui, visiblement, le connaît très bien : « C’est un très bon ami, on a souvent joué ensemble. Quand on joue l’un contre l’autre, c’est un superbe défi. Il sait comment je joue, tout comme moi je sais comment il joue. Dans ce genre de partie, chacun doit se dépasser tout en conservant son esprit de jeu. Il n’y a qu’au Ultimate qu’il est possible de trouver ce type de saine compétition. »

Pied pivot

Le pied pivot est un mouvement qui consiste à garder un pied en contact avec le sol, tandis que l’autre peut bouger librement. Ce principe est calqué sur celui du basketball et permet de déplacer le corps sur 360 degrés.

Crédit: Philippe McLeanLe plus important au Ultimate, c’est l’esprit sportif : tous les joueurs doivent s’y plier. L’Association de Ultimate de Montréal (AUM), l’organisme qui chapeaute les événements reliés au Ultimate dans la métropole depuis 1993, demande à chaque capitaine d’évaluer l’esprit de jeu de l’équipe adverse à la fin de tous les matchs. Il s’agit, pour chaque joueur, de respecter autant son coéquipier que son adversaire. Et l’AUM est intraitable avec les équipes déviantes et peut même suspendre des joueurs si les avertissements et les rencontres ne changent rien. Pour Debbie Lynch-White, étudiante en interprétation théâtrale au cégep de Saint-Hyacinthe et capitaine d’une équipe, le comportement d’un joueur est primordial : « Lorsque vient le temps de choisir les membres de mon équipe, je vais toujours privilégier ceux qui possèdent le meilleur esprit de jeu à ceux qui sont techniquement meilleurs. Des habiletés techniques, ça se développe avec la "pratique", ce qui n’est pas forcément le cas pour l’esprit de jeu. »

Durant le match, Jean-Lévy Champagne, directeur général de l’AUM, m’explique que l’enjeu principal de l’association n’est pas forcément d’attirer de nouveaux joueurs (des équipes ont été refusées à l’été 2007, faute de place), mais bien de faire connaître ce sport auprès du grand public et de dépasser les frontières des grandes villes pour le développer en région. « Le Ultimate frisbee est un sport d’équipe qui se pratique sans arbitre, ce qui lui permet de véhiculer de belles valeurs. Bien entendu, certains pensent qu’il faudrait un arbitre, mais cela viendrait changer l’essence même de ce sport. En fait, le véritable défi de l’AUM, c’est de gérer la croissance sans dénaturer le sport », dit-il. Selon lui, le jeu est mû par les mêmes idéologies que celles qui sont mises de l’avant aux olympiques : le plaisir du dépassement. Si plusieurs souhaitent amener le sport à ce niveau, il ne faut toutefois pas brûler les étapes – dont celle qui consiste actuellement à faire reconnaître l’AUM par la Ville de Montréal et le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport.

Patrick Huot m’explique qu’il entraîne souvent des jeunes âgés de 10 à 15 ans. Selon lui, ce sport est bénéfique : « Pour jouer, il faut tout d’abord avoir un bon esprit de coopération. Avec le temps, à mesure que les jeunes comprennent et intègrent les règlements et l’esprit du jeu, ils développent aussi un sentiment de confiance en soi qui a des impacts sur de nombreux aspects de leur vie. »

Il venait à peine de prononcer ces mots que des cris et des applaudissements annoncèrent la fin du match. En regardant autour de moi, je constate que quelques joueurs ont les dents serrées, le regard fixé au sol. Visiblement, le pointage – même serré – ne plaît pas à tous. La tradition veut qu’après un match, chaque équipe propose un petit jeu. Rapidement, les deux équipes se retrouvent au milieu du terrain. Quelqu’un propose un tournoi accéléré de « roche-papier-ciseau ». Les joueurs s’exécutent, se mélangent, sourient, rient. Quant au second jeu, proposé par un joueur de l’autre équipe, il serait trop difficile de le décrire en quelques lignes. Disons simplement qu’il s’agissait d’un jeu dont le principe consistait plus à provoquer l’hilarité générale qu’autre chose. Mais l’effet est immédiat : les joueurs rient, s’échangent des claques dans le dos, et se félicitent mutuellement. À ce moment, tous, sans exception, ont les yeux illuminés et le sourire radieux. Une seule question, une dernière, retentit alors dans mon esprit : demain, à quel endroit aura lieu le match?

L’Association de Ultimate de Montréal (AUM)

• 166 équipes

• 2231 joueurs

• 43 % sont des femmes

Liens

• Au Canada : canadianultimate.com

• Au Québec : fqultimate.blogspot.com/

• À Montréal : montrealultimate.ca

• À Québec : ultimatequebec.ca

• À Sherbrooke : sherbrookeultimate.org

Pour en apprendre plus: Ultimate P.Q. Le documentairese veut un DVD d'introduction au sport, à ses règlements et au b-a ba du Ultimate. Il démontre aussi que le fleurdelisé est bien représenté aux compétitions, tant sur la scène nati
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