Rechercher dans le site espaces.ca
  • © iStock

Sauver la planète, 1 % à la fois

Le programme 1 % pour la planète est un petit pas pour les entrepreneurs et un grand pas pour l’environnement. Mais le milieu québécois du plein air est-il prêt à montrer l’exemple?

Il ne reste que trois ans pour renverser le scénario catastrophe annoncé par les experts du GIEC en avril dernier : le monde s’est encore fait tirer l’oreille par les scientifiques. Au Québec, le secteur du tourisme commence à peine à se pencher sur l’écoresponsabilité de ses pratiques – les gaz à effet de serre émis par cette industrie sont évalués à 8 % au niveau mondial.

D’où ce Plan d’action pour un tourisme responsable et durable et son enveloppe de 30 millions de dollars, annoncé l’an dernier par le ministère québécois du Tourisme pour aider les entreprises à amorcer leur transition. Une transition qu’a déjà commencé à opérer le milieu du plein air, sensible par nature à son empreinte écologique.


À lire aussi : 4 choses à (ne pas) faire pour réduire son empreinte écologique en randonnée


Pour la planète et pour le Québec


Parc national d'Oka © Hugo L. Casanova, Unsplash

En 2019, Aventure Écotourisme Québec (AEQ) a mis sur pied le Fonds plein air 1 % pour la planète, invitant ses 200 entreprises membres à souscrire au collectif One Percent for the Planet, créé en 2002 par deux entrepreneurs visionnaires : Yvon Chouinard et Craig Mathews, fondateurs respectifs des entreprises Patagonia et Blue Ribbon Flies. Le principe? Investir 1 % de leur chiffre d’affaires au profit de causes environnementales.


À lire aussi : Aventure Écotourisme Québec joint le mouvement 1 % pour la planète


« Notre Fonds plein air 1 % pour la planète a été reconnu par l’organisme, ce qui fait de l’AEQ le mandataire du programme auprès de ses membres, et de ce partenariat un cas unique au monde », dit Stéphane Jeannerot, responsable du développement des entreprises à l’AEQ. Le nombre d’entreprises qui ont adhéré à ce programme est passé de 10, durant l’année pilote, à 13 en 2021, puis à 24 cette année.

« L’an dernier, leur contribution a permis de rassembler 50 000 $, qui ont été attribués par le comité de gestion de l’AEQ à des organismes environnementaux québécois, comme le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) pour l’achat de matériel de pointe, et à SNAP Québec pour financer deux dossiers de protection territoriale et faunique », explique Stéphane Jeannerot.

Une petite partie de ce montant a aussi servi à acheter des crédits carbone certifiés Gold Standard et à financer en partie Les Pages vertes, un répertoire d’entreprises québécoises écoresponsables de tous les secteurs économiques. Ces dons versés à des organismes environnementaux ou de décarbonation sont déductibles d’impôt et doivent soutenir des projets menés au Québec. Cette année, le Fonds plein air prévoit doubler le nombre de contributeurs et rassembler la somme de 100 000 $. Reste que pour l’instant, 24 entreprises engagées sur 200 inscrites à l’AEQ, c’est très peu.

Base volontaire seulement


© Lasclay, Unsplash

Le contexte pandémique des deux dernières années n’a guère favorisé le déploiement de ce programme. « On a vu une grosse incertitude dans l’industrie et cela a certainement freiné plusieurs entrepreneurs », dit Marc-André Galbrand, directeur général de Contact Nature et membre du conseil d’administration de l’AEQ.

Puisque cette dernière souhaite faire preuve de leadership pour la protection de la biodiversité et la lutte contre les changements climatiques, pourquoi ne pas obliger ses entreprises membres à adhérer au Fonds plein air 1 % pour la planète?

« Ça a été beaucoup discuté, mais nous privilégions le volontariat, qui permet d’obtenir plus d’adhésion et de mobilisation chez les entrepreneurs, explique Marc-André Galbrand. Et puis, le Fonds 1 % est une belle initiative, mais il n’est pas la seule. » Certaines entreprises soutiennent déjà des projets à caractère environnemental, et d’autres ont leur propre politique écoresponsable. C’est le cas de Terres d’Aventure Canada, l’une des filiales du groupe français Voyageurs du Monde, dont la Fondation Insolite Bâtisseur réfléchit et réagit à l’empreinte carbone de ses opérations depuis 20 ans.


À lire aussi : L'écotourisme est-il toujours écolo?


Même si Terdav fait dans les séjours à motricité humaine, l’agence exerce un impact sur la production de GES en incitant sa clientèle à voyager. « Depuis le début, notre démarche a consisté à mesurer précisément l’émission de GES liée à notre activité, explique Jad Haddad, directeur général de Terres d’Aventure Canada. Mais aussi, nous réduisons ces émissions autant que possible et absorbons 100 % des émissions carbone en investissant dans des projets de restauration d’écosystèmes forestiers, essentiellement des mangroves. » La raison derrière ce choix : la disparition annuelle de 13 millions d’hectares de forêt, essentiellement au Brésil, en Indonésie, au Niagara et en Birmanie.

Question de traçabilité

Pour Jean-Michel Perron, l’un des fondateurs du tout récent organisme Tourisme durable Québec, le 1 % pour la planète, tout comme les compensations carbone, est une démarche positive, mais ne doit pas se substituer aux 4 R de l’écoresponsabilité : refuser, réduire, réutiliser et recycler.

« Le 1 %, c’est très bien, mais si ça sert uniquement à se donner bonne conscience, ça ne suffit pas, dit Jean-Michel Perron. La vraie question à se poser concerne la traçabilité de ce Fonds. Où va le 1 % du chiffre d’affaires que tu remets? Quelle part de ce montant a un réel impact sur le terrain, et quelle part sert aux frais administratifs? » Tourisme durable Québec vient tout juste de publier un plan stratégique dans lequel sont identifiés cinq axes « pour faire du Québec une destination durable reconnue ».

Le plein air, modèle de leadership?

Même si les entrepreneurs de plein air ont connu de relatives bonnes années durant la pandémie grâce à la vitalité du tourisme intra-Québec, certains voient cette contribution de 1 % de leur chiffre d’affaires comme un engagement financier risqué. Au lieu d’amputer ce montant de leurs bénéfices, Richard Rémy, fondateur de Karavaniers, suggère plutôt de l’additionner au prix de leurs forfaits. « Si on ajoute 1 % au prix d’une sortie de 90 $ en kayak de mer, ça revient seulement à 90 cents! »


© Page Facebook de Karavaniers

L’agence de trekking, qui participe au Fonds plein air 1 % pour la planète depuis 2019, est l’un des plus importants contributeurs avec Authentik Canada. Et même si Richard Rémy est l’un de ceux qui ont permis d’instaurer ce programme au Québec, il avoue avoir pensé, un temps, cesser d’y adhérer.

« Les entreprises membres de l’AEQ n’embarquent pas beaucoup dans ce Fonds parce que ce programme n’est pas imposé. Je ne voudrais pas que l’argent que je donne [15 000 $ en 2021] serve uniquement à convaincre d’autres de le faire », dit-il, insistant sur la force de frappe de l’AEQ : avec un chiffre d’affaires cumulé de 150 millions de dollars, ses entreprises membres pourraient permettre, grâce à ce Fonds, d’investir un montant de 1,5 million de dollars dans des projets de décarbonation et de protection environnementale ciblés.

« L’AEQ pourrait même engager un scientifique qui pourrait évaluer la qualité et la pertinence des projets à financer », ajoute-t-il. Une piste prometteuse et inspirante qui répondrait concrètement à l’urgence annoncée par le GIEC. Au moment d’aller sous presse, les discussions au sein de l’AEQ allaient dans la bonne direction. Comme le dit Yvon Chouinard : « Ce 1 %, c’est le loyer minimal qu’on doit payer pour avoir le droit de jouer sur la planète. »


À lire aussi : Sans trace, mais pas sans idées! 

Commentaires (0)
Participer à la discussion!