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Source: EC3D

Vêtements de compression : performances sans coutures

La recherche théorique en performance sportive frôle parfois la science-fiction. C’est le cas des vêtements de compression qu’on dirait tout droit sortis de l’atelier d’Edna Mode. On dit qu’ils facilitent les mouvements, améliorent les performances et même qu’ils accélèrent la récupération. Mais tiennent-ils leurs promesses? Rien n’est moins sûr. Petite enquête sur de super vêtements aux super pouvoirs.

13 avril 2003. Marathon de Londres. La coureuse britannique Paula Radcliffe s’apprête à franchir la ligne d’arrivée en 2 h 15 : 25 et à ainsi établir un record du monde qui, encore aujourd’hui, reste à battre. Dans ses pieds, deux longs bas bruns inélégants qui lui remontent jusqu’aux genoux. Leur particularité : ils lui compriment les jambes.

Douze ans après cet exploit, la popularité des bas, mais aussi des manchons, pantalons, chandails et autres accessoires de compression n’est plus à faire. Alex Harvey et ses coéquipiers de Ski de fond Canada en portent, tout comme les sœurs Dufour-Lapointe et le boxeur québécois Jean-Pascal. Même les motocyclistes optent pour ces secondes peaux!

« Peu importe leur discipline et leur niveau de pratique, tous les sportifs bénéficient de ce type de produit qui est vraiment passe-partout! », s’exclame Carine Villeneuve, vice-présidente de QSD, une compagnie québécoise qui confectionne des vêtements compressifs sans coutures depuis 2005. Spécialisée à l’origine dans les produits à usage médical et orthopédique, la compagnie s’est lancée dans le domaine sportif il y a environ quatre ans. Depuis, sa ligne haute performance, EC3D, a été adoptée par de nombreux athlètes en plus d’être distribuée dans les magasins Sports Experts et Hockey Experts de la province.

« Nos vêtements de compression de grade médical facilitent les mouvements, réduisent le nombre de microdéchirures musculaires et accélèrent le retour du sang vers le cœur, explique-t-elle. Cela se traduit en une meilleure récupération ainsi qu’en de meilleures performances sportives. Les essayer, c’est les adopter! »

Un certain scepticisme

Comme c’est souvent le cas lorsqu’il est question de nouveautés techniques, les athlètes amateurs ont fait leurs les vêtements de compression. David Tardif-Fournier, gérant au Coureur nordique à Québec, témoigne : « Ça fait au moins deux à trois ans qu’on les voit massivement sur le marché. Les gens nous en parlent de plus en plus. Certains arrivent même à la boutique avec des prescriptions! »

Mais le scepticisme vis-à-vis de ces accessoires est semble-t-il, assez répandu. « Il y a des gens qui y croient alors que d’autres les refusent catégoriquement, constate-t-il. Personnellement, je pense que c’est un bon atout au coffre à outils d’un sportif, mais je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un essentiel ».

Cette conclusion est également celle à laquelle aboutit la recherche sur le sujet. Car, si de nombreuses études démontrent que ce type de vêtements optimise bel et bien les performances sportives ou la récupération, l’ampleur de ces améliorations est pour le moins modeste.

Par exemple, une analyse de l’ensemble des études publiées sur le sujet jusqu’à ce jour conclut que le port de vêtements de compression 24, 48 ou 72 heures après un exercice physique ne réduit que très peu les courbatures, les dommages musculaires et la perte de puissance associée à ces phénomènes. Une revue scientifique publiée en 2013 arrive aux mêmes conclusions en ce qui a trait à l'évolution des performances lors de courtes accélérations, d’épreuves chronométrées et de tests d’évaluation de la condition physique.

Des effets subjectifs

D’après Blaise Dubois, président fondateur de la Clinique du Coureur et physiothérapeute spécialisé dans la prévention et le traitement des blessures en course à pied, la manière dont sont mesurés les effets des vêtements de compression dans les études teinte considérablement leurs résultats. « Quand on demande aux participants d’évaluer subjectivement leur fatigue ou leur degré de confort, on constate de bonnes différences. Par contre, quand on la mesure avec des paramètres physiologiques objectifs, on n’observe que peu ou pas de changements », critique-t-il.

Cela lui fait dire qu’en regard de la « qualité méthodologique douteuse » de la littérature scientifique actuelle, il est impossible de se prononcer sur les bénéfices et vertus de ces produits. « L’expérimentation individuelle est nécessaire, souligne-t-il. Autrement dit, si tu as 70 $ à dépenser, essaye-le. Si tu sens que ça marche, tant mieux, sinon tant pis ».

Vous êtes tout de même tenté par l’expérience? Sachez qu’afin de ne pas interférer avec les processus naturels d’adaptation de l’organisme, l’utilisation des vêtements de compression gagne à être personnalisée « Je me méfie de ceux qui les portent en tout temps, arguant qu’ils sont quasi miraculeux. On ne devrait jamais être dépendant de quelque procédé d’amélioration des performances ou de protection que ce soit, aussi efficace soit-il », met en garde Blaise Dubois.

C’est pourquoi le physiothérapeute recommande de ne les utiliser qu’avec circonspection, comme lors de certains entraînements, dans le cadre de compétitions importantes ou chez des sportifs aux prises avec certains types récurrents de blessures. Ils peuvent également être intéressants lors de longs voyages en avion où la position assise prolongée est synonyme de jambes lourdes, voire de problèmes de santé graves comme l’embolie.

« Je sais que c’est toujours plus attrayant de parler de matériel que de planification de l’entraînement ou d’utilisation raisonnée d’un outil, concède le professionnel de la santé. C’est peut-être d’ailleurs ce qui explique pourquoi il y a un engouement pour les vêtements de compression : ce sont de beaux objets colorés présentés à l’aide de graphiques à l’allure scientifique. Autrement dit, leur succès est probablement lié au marketing très fort qui les entoure ».

Lors de l'achat...

Vous devriez idéalement rechercher un vêtement de compression dont le nombre de millimètres de mercure (mmHg), l’unité de mesure pour calculer la pression sanguine, est suffisant pour obtenir des résultats. Ce dernier devrait être 15 à 20 mmHg pour un produit de performance et de 20 à 30 mmHg pour un autre de récupération.

Or, cette donnée n’est que très rarement indiquée sur les emballages, explique David Tardif-Fournier. Qui plus est, il est impossible de savoir si la compression est plus élevée aux extrémités qu’au centre des tissus, comme elle devrait logiquement l’être. « Un vêtement dont la compression est renversée pourrait théoriquement avoir des effets inverses à ceux recherchés par les sportifs », note le gérant.

Il en coûte de 60 $ à 120 $ pour un vêtement de compression.

Commentaires (1)
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GmaFanfan - 20/05/2015 22:12
Excellent article : ils sont rares les écrits qui font référence à des méta-analyses et des revues scientifiques. J'avais aussi trouvé très intéressant votre article sur les processus de récupération de l'organisme.

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