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  • Aventure au Népal © Shutterstock

4 initiatives concrètes pour un tourisme d’aventure plus durable

La participation d’Espaces à la Grande Méharée, organisée au Maroc par l’agence Karavaniers en novembre dernier, a permis de constater les mesures nécessaires pour qu’une expédition de 150 voyageurs ne laisse (presque) aucune trace dans le désert. Des guides internationaux, présents lors du voyage, nous ont également parlé d’initiatives mises en place dans leur pays pour rendre le tourisme d’aventure plus durable.

Maroc : des mesures strictes pour ne laisser aucune trace dans le désert

© Frédérique Sauvée

« À partir des années 1970, le Maroc a connu un boom pour le tourisme du désert, se souvient Khalifa, guide en chef pour l’agence locale Terre Nomade, qui travaille avec Karavaniers. À l’époque, personne n’avait conscience de l’environnement et beaucoup de déchets ont été enfouis dans le sable du Sahara. Aujourd’hui, avec le vent et l’érosion des dunes, on peut retrouver de vieilles boites de conserve rouillées de l'époque, mais quasiment pas de déchets laissés par les touristes actuels. » Il faut dire que le pays tient à la protection de son principal attrait naturel, tout comme les agences locales de guides.

Et comme on a pu le constater lors de la Grande Méharée, c’est toute une logistique que de gérer des groupes dans le désert, au milieu de nulle part. Les besoins en eau des 150 voyageurs ont été comblés par des puits creusés jusqu’aux nappes phréatiques sous les dunes. Une politique de zéro déchet assez stricte a été imposée aux voyageurs (tout détritus non organique devait être rapporté au Québec) comme aux cuisiniers (le nombre de boites de conserve a été compté avant et après l’excursion et devait être équivalent, sous peine d’amende). Et enfin, une partie du prix du séjour payé par les voyageurs a été remise en compensation à des organismes locaux pour agir contre la désertification et pour l’éducation des enfants à l’environnement.

« En bout de ligne, entre 8 et 9 litres d’eau ont été utilisés par personne et par jour (eau à boire, vaisselle et repas) contre une moyenne de 350 litres au Québec » a calculé Richard Rémy, fondateur de Karavaniers et organisateur du voyage. Les toilettes ont été enterrées, le papier brûlé et les déchets organiques ont nourri les insectes et petits animaux du désert. Une expédition qui a permis de ne laisser presqu’aucune trace, hormis celles des pas des randonneurs sur le sable du désert.


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Népal : des expéditions pour nettoyer les sommets

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Dans un article de Gabriel Filipi paru en août dernier sur espaces.ca, l’alpiniste québécois nous parlait de son dégoût pour le dépotoir en altitude qu’est devenu le sommet de l’Everest. Malgré l’obligation par le gouvernement du Népal de rapporter tous les déchets générés lors d’une ascension, « certains aiment bien contourner les règles, pour ne pas dire les bafouer » constate-t-il.

Aux grands maux, les grands moyens : en janvier dernier, la Chine a annoncé vouloir réduire du tiers le nombre d’alpinistes sur l’Everest dans le cadre d’une campagne de nettoyage du plus haut sommet du monde. Elle a installé des stations pour trier et recycler les détritus abandonnés sur la montagne (boîtes de conserve, sacs de plastique, tentes, bonbonnes d’oxygène, etc.). Du côté népalais, les organisateurs d’expéditions ont fourni des sacs à ordure aux alpinistes qui sont partis à l’assaut de l’Everest ce printemps. Les déchets récoltés ont été ramenés au camp de base par hélicoptère.

Un organisme québécois a également lancé le projet d’une expédition de nettoyage sur l’Ama Dablam, une autre montagne de l’Himalaya qui reçoit moins d’attention que l’Everest. « Un adage dit que l'important, ce n'est pas de se rendre au sommet mais de revenir au camp de base, relate Dominic Asselin, l’instigateur de l’organisme à but non-lucratif, High Altitude Mountain Cleaners. Moi, je pense que de nos jours, l'adage devrait se terminer par "revenir au camp de base avec tes poubelles" ».


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Kilimandjaro : choisir son agence pour mieux considérer le travail des porteurs

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Pas moins de 25 000 voyageurs internationaux entreprennent chaque année l’ascension du Kilimandjaro, la montagne la plus haute et la plus emblématique d’Afrique. Pour être autorisés à grimper et être guidés jusqu’au sommet, ces voyageurs doivent faire leur choix parmi près de 200 agences accréditées.

Parmi celles-ci, certaines proposent d’atteindre le sommet (5 895 mètres) en 10 jours, d’autres en 8, d’autres encore en moins de 6 jours, envers et contre toutes les recommandations d’acclimatation à la haute altitude. Cette course à l’ascension rapide et rentable met en danger le touriste mais également les guides et les porteurs locaux, encore très souvent sous-équipés et mal nourris.

C’est pour cette raison, et plusieurs autres, que des associations comme KPAP (Kilimandjaro Porters Assistance Project) ont mis en place des certifications pour améliorer les conditions de travail des équipes locales. Pour répondre aux critères, les agences doivent respecter un salaire minimum pour leurs guides, porteurs et cuisiniers, un poids maximum de 20 kg transporté par porteur, de l’équipement d’ascension adapté et un droit à la formation, entre autres.

« Un gros effort a également été réalisé pour protéger la montagne depuis 4 ans », explique Ramso Eugen, un ancien porteur tanzanien devenu guide sur le Kili. « À l’entrée du parc national, on doit peser tous les sac à dos d’équipement. Si de retour après l’ascension, il manque des kilos, ça veut dire que des déchets ont été laissés sur la montagne et les agences doivent alors payer une amende. »


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Équateur : limiter les touristes pour mieux protéger les Galápagos

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Afin d’éviter la « dérive » du Machu Pichu, l’Équateur entend bien encadrer de manière plus stricte le développement du tourisme sur son territoire. Ce petit pays de volcans et de forêt amazonienne a accueilli 1,6 million de visiteurs en 2017, soit 14 % de plus en un an, dont 245 000 aux îles Galápagos seulement.

Cet archipel du Pacifique, inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco pour sa biodiversité exceptionnelle, fait déjà l’objet d’un encadrement sévère. Depuis 1959, 97 % de la surface émergée des îles sont protégées et les activités humaines sont cantonnées aux 3 % restants. Par ailleurs, les nouveaux établissements hôteliers doivent s’inscrire dans une logique d’écodurabilité, l'aéroport de l'île Baltra, principal point d'entrée aux Galapagos, est alimenté à l'énergie solaire et éolienne et les sacs en plastique sont interdits sur l’archipel.

Mais le ministère du tourisme souhaite aller plus loin encore et imposera bientôt un droit d’admission limitant le nombre de visiteurs par jour. Une manière de désengorger l’archipel et d’inciter les voyageurs à explorer le reste du pays. « Nous avons l’océan, bien sûr, mais aussi de hauts volcans dans les Andes et la forêt amazonienne à moins de six heures de route de la capitale, Quito » explique le guide équatorien Ivan Suarez, de l’agence d’aventures All About Ecuador. D’ailleurs, le gouvernement travaille depuis plusieurs années sur le projet « Turismo para todos » (le tourisme pour tous), un programme de formation destiné aux microentreprises du secteur touristique pour les aider à développer leurs opérations de façon durable, et ce, partout au pays.


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