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  • Randonnée sur les marches de la cité perdue en Colombie © Shutterstock

Trekking à la découverte de la Cité Perdue de Colombie

Au cœur de la jungle colombienne, la randonnée qui mène à la Ciudad Perdida s'impose de plus en plus comme un incontournable, en Amérique du Sud.

Peu d'endroits sur Terre permettent de voir le turquoise d'une mer tropicale et, dans la même matinée, des neiges éternelles. La Sierra Nevada de Santa Marta en est un : ce massif côtier détaché du reste de la cordillère des Andes, culminant à 5775 m d'altitude, plonge dans la mer des Caraïbes. On peut s’y offrir la randonnée la plus célèbre de Colombie, celle de la Ciudad Perdida. Nul besoin de se mettre les pieds dans la neige, toutefois : cette cité précolombienne du peuple tayrona n'est qu'à 1300 m d'altitude.

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Mais oubliez tout de suite la tente et les pastilles pour purifier l'eau : la balade est fort bien organisée et on peut très bien la faire avec un petit sac à dos. Il faut impérativement passer par une des huit agences accréditées de Santa Marta, qui facturent toutes le même prix, peu importe si vous voulez faire cet aller-retour de 46 km en 4, 5 ou 6 jours – la durée la plus courte est amplement suffisante. Les groupes ne dépassent pas 12 randonneurs, et vous n'entendrez personne se plaindre qu'il manque de quoi que ce soit : des mules transportent des victuailles jusqu'aux campements – où on dort dans des lits propres et où on prépare des repas particulièrement copieux. Souvent, au sommet d'une côte, surprise : des fruits fraîchement coupés sont même là pour rafraîchir le marcheur.

Le chemin est bien entretenu, certaines difficultés ont été aplanies et bien des efforts sont déployés pour le rendre « grand public », notamment par l'aménagement de ponts. Le gros luxe, donc, qui a ses bons ou ses mauvais côtés selon que vous êtes plutôt du genre social ou ermite : le sentier est très couru (jusqu'à 200 personnes se trouvent chaque jour sur ses 23 km), toutes les générations sont représentées parmi les marcheurs et de nouveaux campements sont même en construction. Il est loin le temps où cette randonnée était rendue impossible par la présence de guérilleros dans la montagne : en découvrant la paix, la Colombie s'est aussi ouverte au tourisme de masse.

Toutefois, le parcours présente suffisamment de sections difficiles pour fatiguer jusqu'aux randonneurs aguerris : quelques montées ardues, des cours d'eau à traverser à gué et une chaleur lourde, ce qui peut devenir très compliqué à gérer en saison des pluies (d'avril à novembre). Les journées de marche sont longues et en soirée, les moustiques peuvent aussi devenir un facteur d'épuisement… psychologique! Mais la splendeur de la nature traversée est le meilleur des réconforts : perroquets et gigantesques araignées foisonnent dans cette forêt luxuriante traversée par d'impétueux torrents aux eaux cristallines.

En pays tayrona

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L'aventure commence à 8 heures du matin, dans la vieille ville de Santa Marta. Chaque participant est recueilli à la porte de son hôtel par un 4X4. Il faut près de deux heures pour rejoindre le point de départ du trek, le village d'El Mamey, par une piste défoncée qui grimpe dans la montagne. Là-bas, on fait connaissance avec notre guide Gabo, fier représentant de l'ethnie kogi – une des quatre qui descendent directement des Tayronas, le groupe précolombien de la région. Il est accompagné d'un traducteur et d'un cuisinier. Homme de l'ombre, c'est ce dernier qui a le plus de travail : dès qu'il a fini de faire la vaisselle, il repart avant le groupe afin que le repas soit prêt lorsque nous arrivons à l'arrêt suivant.

Le premier après-midi de marche se fait sous un soleil de plomb, sur un chemin à pic que les motos des villageois parviennent à gravir on ne sait comment. Les vues imprenables sur les montagnes alentour sont nombreuses, et des commerces de fortune ont investi ces belvédères : boissons fraîches, oranges pressées, grains de cacao… Le sentier est une véritable aubaine économique pour la région. Le premier campement, où on peut se rafraîchir en plongeant dans une piscine naturelle, a même donné naissance à un petit village, de part et d'autre d'une rivière franchie par un pont de singe.

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C'est le deuxième jour qu'on s'enfonce plus profondément dans la jungle. On croise de plus en plus d'Autochtones, issus des ethnies kogi et wiwa, tout de blanc vêtus. Nous sommes sur leur territoire, et ils permettent aux visiteurs de n'emprunter que ce sentier, malgré des négociations menées par les acteurs du secteur touristique pour le transformer en une boucle. Selon Gabo, nous sommes pour eux des « petits frères » matérialistes alors qu'eux, « grands frères », se sont vu confier le rôle de protéger la forêt.

L'innocence de l'enfance est une valeur sacrée chez les descendants des Tayronas. Ainsi, les jeunes ignorent tout de la conception jusqu'à l'âge de 18 ans, lorsque le chef spirituel, le mamo, les rencontre un à un pour leur expliquer les choses de la vie – à commencer par la sexualité. Avant cela, leurs parents jouent le jeu en vivant dans des maisons séparées et en se présentant comme de simples amis. Le jeune homme nouvellement initié reçoit un poporo, curieux récipient dans lequel la coca est mélangée avec des coquillage broyés. Il y trempe un bâton pour consommer la coca puis dessiner sur le goulot, sur lequel une impressionnante accumulation de calcaire se forme avec le temps. La femme se consacre au tissage, grâce à la fibre du maguey, variété locale d'agave. On peut observer cette vie au village de Wiwa, à mi-parcours, également très appréciable pour sa magnifique et puissante cascade.

Des escaliers et des plates-formes perdus dans la jungle

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Depuis que des touristes ont été pris en otage par la guérilla de l'ELN en 2003, seuls des militaires dorment dans la Ciudad Perdida. La deuxième étape (environ 8 heures de marche) se conclut donc au campement El Paraiso, situé tout près du site historique. On peut y constater la popularité de la randonnée : une cinquantaine de voyageurs y roupillent.

Le troisième jour, Gabo nous fait lever très tôt (à 4 h 30) car il veut que nous soyons les premiers à quitter le campement. Après avoir traversé une rivière à l'aide d'une corde commence le moment fort de l'expédition : le fameux escalier de la Ciudad Perdida, une construction digne des aventures de Tintin. Pas moins de 1200 marches de pierre fendent la jungle et l'aube, semblant nous emmener vers le ciel. Certains membres du groupe souffrent, mais personne ne regrettera l'effort : nous voici à l'entrée de la fameuse cité perdue, un impressionnant complexe de plateformes dont 216 ont été mises à jour. Elles ont été construites entre les années 1200 et 1600, puis abandonnées lors de la conquête espagnole, mais recouvrent elles-mêmes d'autres plateformes, les plus vieilles datant de l'an 650. Des maisons bâties par-dessus abritaient autour de 2000 personnes à l’apogée de la cité.

Aujourd'hui ne restent dans la Ciudad Perdida que les deux habitations du mamo et de sa femme. Il s'agit d'un lieu sacré pour les Kogis et les Wiwas, qui le nomment Teyuna. Gabo nous impose un rituel avant d'y pénétrer : il faut entrer en file indienne dans un cercle de pierres, donner une feuille de coca en offrande et se libérer des mauvaises pensées… puis on passe d'une plateforme à l'autre vers le sommet. Quel bonheur d'être les premiers arrivés et de profiter de la quiétude et de la majesté des lieux, dont les vieilles pierres dégagent cette étrange force propre aux constructions qui ont défié le temps.

À vrai dire, il y a peu de choses à voir dans la Ciudad Perdida, si ce n'est la beauté du site et des montagnes environnantes. On n'y reste donc guère plus de deux heures : déjà, il faut redescendre l'escalier dont la difficulté est maintenant due au vertige que ses marches glissantes peuvent provoquer. Un repas au campement El Paraiso, et déjà il faut entreprendre le chemin du retour.

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On dort au village de Wiwa, et l'on finit la descente le lendemain : l'arrivée à El Mamey se fait aux alentours de midi. Dans le 4X4 qui nous ramène à Santa Marta, on n'admire déjà plus du tout le paysage, mais le corps souffre à chaque cahot sur la piste défoncée : il s'est passé beaucoup de choses, en quatre jours.


Où?

Le départ se fait de Santa Marta, station balnéaire festive de la mer des Caraïbes, dans le nord de la Colombie. Son aéroport la connecte aux principales villes du pays. Les vols intérieurs sont bon marché (autour de 50 $ pour Bogota ou Medellín) et de nombreux touristes les préfèrent au bus, qui met 15 à 20 heures pour franchir les mêmes distances. Santa Marta est à 4 heures de bus de Cartagena, ville coloniale la plus visitée, sur la côte colombienne.

Quand?

Pas de souci d'agenda : il y a des départs tous les jours de l'année! On recommande tout de même la saison sèche, de décembre à mars.

Avec qui?

Difficile de faire un choix entre les agences, qui font toutes la même description de la randonnée sur leur site web. On a choisi Baquianos, l’une des plus vieilles (elle existe depuis 1977), surtout parce qu'elle dispose de quelques guides indigènes. Ceci dit, des Autochtones ont fondé leur propre agence, Wiwa Tours, dont les profits sont reversés dans les communautés. La plus grosse agence, Expotur, dispose aussi d'une solide réputation.

Combien?

950 000 pesos colombiens par personne, soit 400 $.

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