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L'entrainement vu par la science © Shutterstock

L’orgasme (masculin) nuit-il à la performance (sportive) ?

L’abstinence sexuelle avant une performance sportive est une pratique qui nous vient d’aussi loin que de la Grèce et la Rome antique. Mais qu’en dit aujourd'hui la science ?






Petits préliminaires

Désolé Mesdames, cet article ne s’intéresse qu’à l’orgasme du (véritable) sexe faible, celui dont on dit depuis des millénaires qu’il nuit à la performance sportive. Je vous encourage néanmoins à poursuivre la lecture : vous y trouverez des arguments à servir à votre homme lorsqu’il vous tournera le dos, prétextant qu’il doit garder ses forces pour une compétition importante le lendemain…

Quant aux effets de l’orgasme féminin sur la performance sportive, la communauté scientifique s’est très peu penchée sur la question. Il faut croire que les femmes n’ont simplement jamais eu l’idée de mettre en cause cet aspect de leur intimité pour expliquer des contre-performances et ainsi se déresponsabiliser!


Les athlètes de l’époque antique étaient reconnus pour leur infaillible maîtrise de soi et leur grande discipline. On dit que certains allaient même jusqu’à se soumettre à l’infibulation masculine, une mutilation génitale visant à complètement enrayer toute possibilité de rapports sexuels.

Si on a aujourd’hui lâché du lest quant à cette rigueur spartiate, il n’en demeure pas moins que l’abstinence sexuelle est toujours considérée par plusieurs comme l’un des gages de l’optimisation de la performance sportive. Une conviction qui repose en partie sur le précepte que la frustration sexuelle augmenterait l’agressivité, ce mode du comportement qui contribuerait grandement au désir de vaincre.

Mais qu’en dit la science?

Lorsque mis sous microscope, la performance de l’endurance aérobie et de la force musculaire, le rythme cardiaque et la pression artérielle, ainsi que les niveaux de certaines composantes biochimiques (testostérone, cortisol, glucose…) ne présentent aucune différence significative à la suite d’un orgasme. La conclusion scientifique est donc claire : étreindre sa conjointe jusqu’aux vertiges de l’extase ultime n’aurait aucun effet négatif sur la performance athlétique le lendemain.

Le mot clé ici est « lendemain ».

Bien qu’en moyenne, la dépense énergétique lors de l’acte amoureux ne soit que d’environ 25 à 50 calories, soit l’équivalent de monter deux étages par les escaliers — on n’épuise donc pas ses réserves énergétiques à batifoler! —, les études indiquent que l’homme s’étant départi de son fluide séminal a besoin d’une certaine période de repos et de régénération afin de se retrouver au sommet de sa forme physique. Certaines études parlent d’une période minimale de récupération de 2 heures, tandis que la plupart s’entendent sur des chiffres plus conservateurs, allant de 10 à 12 heures.

Il est toutefois de mise de mentionner que plusieurs de ces études furent réalisées en laboratoire, généralement sur des ergocycles, tapis roulants ou exerciseurs. Certains argueront donc que ces environnements sont bien différents des réalités de compétition sur le terrain, ou des sports d’équipe ou de combat. On peut donc concéder qu’il subsiste ici une légère ambiguïté… sur laquelle les apôtres de l’abstinence s’accrochent comme à une bouée de sauvetage.

L'entrainement vu par la science © Shutterstock

« Women weaken legs »

Il n’y a pas que Mickey, l’entraîneur de Rocky Balboa, qui croit que « les femmes affaiblissent les jambes ». Mohamed Ali, sans doute le plus célèbre des abstinents, disait se priver de sexe jusqu’à six semaines avant tout combat important.

Bien qu’il n’y ait aucune évidence scientifique qui en corrobore la validité, on observe que plusieurs athlètes de sport de combat se soumettent à la frustration sexuelle en pensant (entre autres) augmenter leur agressivité. En revanche, plusieurs autres athlètes (surtout de sport d’endurance) parlent des bienfaits que leur procure une vie sexuelle équilibrée, même la veille d’une épreuve importante. Sur le plan psychologique, ses effets relaxants contribueraient à diminuer le stress précompétition et à améliorer la concentration. Les observations scientifiques sont d’ailleurs formelles : la satisfaction sexuelle est directement liée à une meilleure qualité de vie, tandis qu’une abstinence prolongée augmente les risques de dépression.

Chez toi ou chez moi?

Si les opinions et les hypothèses abondent sur le sujet chez les athlètes et les entraîneurs, la science nous démontre qu’il s’agit davantage de dogmes (fondés sur des expériences personnelles ou de simples croyances transmises de génération en génération) qui sont aujourd’hui dépassés.

Casey Stengel, le légendaire directeur général des Yankees de New York dans les années 50, résume bien le tout : « Ce n’est pas le sexe qui amoche nos gars, c’est le fait qu’ils passent leurs nuits à courir la galipote! » Même les organisateurs des Jeux olympiques ont emboîté le pas : ils distribuent, depuis déjà plusieurs années, des montagnes de condoms durant les compétitions. À Rio, l’été dernier, on parlait de 450 000 petits sachets — soit une moyenne de 42 condoms par athlète —, pour 15 jours de « jeux »!

Si on est loin de l’ascétisme des sportifs du berceau de l’olympisme, cette effervescence sexuelle qui semble animer les coulisses des villages olympiques n’empêche pas les records d’être continuellement battus. Il faut seulement s’assurer de succomber aux plaisirs de l’amour tôt dans la soirée, pour ensuite aller passer une bonne nuit et bénéficier d’un sommeil véritablement réparateur…


Source principale
Sexual Activity Before Sports Competition: A Systematic Review, 2016 : 
ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27445838

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